Après seize années de présence au Gabon, la filiale du groupe Newrest s’est évanouie en quelques jours, laissant 604 employés sans salaires, sans explications et sans perspective, dans ce qui s’apparente à l’une des crises sociales les plus brutales du début de l’année 2026.

Pendant plus d’une décennie et demie, Newrest Gabon a été un acteur discret mais central de la restauration collective et des services associés dans le pays. Présente sur plusieurs sites stratégiques, l’entreprise employait des centaines de Gabonais et faisait vivre autant de familles. Une stabilité apparente qui s’est brutalement effondrée au début de l’année 2026.
En janvier, la nouvelle tombe : la licence d’exploitation de Newrest Gabon est retirée. Officiellement, l’entreprise devait enclencher les procédures de fin d’activité, établir les documents administratifs nécessaires et régler les droits de ses salariés. Des réunions auraient eu lieu, des procès-verbaux auraient été signés, laissant croire à une issue encadrée et conforme au droit du travail.
Mais sur le terrain, les semaines passent, et rien ne vient.
Dans la nuit du 28 janvier 2026, le choc est total. Les principaux responsables de Newrest Gabon auraient quitté le territoire gabonais sans préavis. Le lendemain, les employés découvrent des bureaux désertés, sans explication, sans communiqué officiel, sans interlocuteur. Le silence devient assourdissant. À partir de cet instant, toute possibilité de dialogue disparaît.
Le bilan humain est lourd : 604 employés se retrouvent sans salaire, dont plus de 200 en contrat à durée indéterminée. Du jour au lendemain, ces travailleurs perdent non seulement leur emploi, mais aussi toute visibilité sur leur avenir.

Derrière les chiffres, la réalité est brutale :
- des familles privées de leur seule source de revenus ;
- des loyers qui ne peuvent plus être payés ;
- des enfants contraints de quitter l’école faute de frais de scolarité ;
- des soins médicaux reportés ou abandonnés, faute de moyens.
Pour beaucoup, la situation est devenue une urgence sociale.
Sur les réseaux sociaux et dans les témoignages recueillis, un même sentiment revient : l’abandon. Les employés dénoncent une gestion qu’ils jugent irresponsable et une absence totale de considération pour les conséquences humaines de ce départ précipité.
À ce jour, aucune communication officielle claire n’a été faite par la direction internationale du groupe Newrest concernant le sort des salariés gabonais, ni sur les mécanismes de compensation envisagés.
Cette crise soulève de nombreuses questions :
Comment une entreprise opérant depuis 16 ans peut-elle quitter le pays sans solder la situation de ses employés ?
Quel rôle doivent jouer les autorités pour garantir la protection des travailleurs ?
Une enquête sera-t-elle ouverte pour établir les responsabilités ?
Dans un contexte économique déjà fragile, l’affaire Newrest Gabon devient un symbole des dérives possibles lorsque les mécanismes de contrôle et de protection sociale font défaut.
Aujourd’hui, les anciens employés n’attendent pas des promesses, mais des actes concrets : le paiement des salaires dus, le respect des droits acquis et une reconnaissance du préjudice subi. Tant que ces réponses ne viendront pas, l’affaire restera une plaie ouverte pour des centaines de familles gabonaises.
Mabiti Onasia.
