Cinquième République : un changement de régime sans changement de pratiques ?

Lauraine

Annoncée comme une ère de rupture politique et sociale, la Cinquième République gabonaise suscite déjà des interrogations. Alors que les attentes populaires restent élevées, certaines voix de la société civile dénoncent une continuité des pratiques héritées du passé. La récente sortie de Marcel Libama relance ainsi le débat sur la réalité du changement promis et sur la capacité du nouveau régime à transformer en profondeur la gouvernance du pays.

Depuis l’avènement de la Cinquième République, les attentes des Gabonais sont fortes. Après des années de gouvernance contestée, la promesse d’une rupture politique, institutionnelle et sociale a nourri beaucoup d’espoirs. Pourtant, certaines voix de la société civile commencent à exprimer leurs doutes.

Parmi elles, Marcel Libama, figure connue des mouvements sociaux, a récemment déclaré : « J’ai l’impression que le début de la Cinquième République ressemble à la fin du régime d’Ali Bongo. » Une affirmation lourde de sens, qui interroge la nature réelle du changement en cours.

Une rupture annoncée, mais difficilement perceptible.

La Cinquième République se voulait un nouveau départ, fondé sur la refondation des institutions, une gouvernance plus inclusive et une meilleure écoute des revendications sociales. Toutefois, pour certains acteurs sociaux, les méthodes employées face aux crises actuelles rappellent celles du passé : lenteur des réponses, dialogue jugé insuffisant, sentiment de distance entre les autorités et les citoyens.

Les récentes tensions sociales, notamment dans le secteur de l’éducation, ont ravivé ces critiques. Elles alimentent l’idée que, malgré le changement de régime, certaines pratiques administratives et politiques demeurent inchangées.

La sortie de Marcel Libama ne s’inscrit pas dans un isolement. Elle reflète un malaise plus large au sein d’une partie de la société civile, qui attend des actes concrets à la hauteur du discours de rupture. Pour ces acteurs, le changement ne peut se limiter à de nouvelles institutions ou à un nouveau cadre constitutionnel ; il doit se traduire par une transformation réelle de la manière de gouverner.

Cette comparaison avec la fin du régime Ali Bongo pose une question centrale : la Cinquième République parviendra-t-elle à incarner un véritable changement de pratiques, ou risque-t-elle de décevoir une population en quête de justice sociale et de gouvernance renouvelée ?

Si les autorités insistent sur les réformes engagées, les critiques actuelles montrent que la bataille de la crédibilité se joue désormais sur le terrain social et dans la capacité du pouvoir à instaurer un dialogue durable avec les forces vives de la nation.

Au-delà de la polémique, la déclaration de Marcel Libama a le mérite de relancer le débat public. Elle invite à une réflexion collective sur le sens réel de la Cinquième République et sur les efforts à fournir pour éviter que l’histoire récente ne se répète.

REBECCA FUNDI

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