Gabon : Le récit d’un pays « à l’arrêt » que les faits contredisent

Lauraine

Alors que le récit d’un Gabon plongé dans l’obscurité et l’improvisation s’impose dans le débat public, les faits disponibles racontent une réalité moins spectaculaire, mais plus exacte. Délestages, pénuries d’eau et tensions sociales existent, mais ils s’inscrivent dans un contexte de chantiers énergétiques et hydrauliques bien réels, en cours de mise en œuvre. Entre caricature de l’effondrement et réalité d’une transition sous contrainte, le pays est loin du néant annoncé.

Le tableau est désormais bien rodé : un Gabon plongé dans le noir, assoiffé, paralysé, gouverné à vue. Une nation à bout de souffle où l’État aurait perdu toute capacité d’action. Le récit est percutant. Il est surtout excessif.

Oui, Libreville connaît des délestages. Le fait est réel. Mais parler d’un « black-out structurel » relève davantage de la formule politique que du diagnostic énergétique sérieux.

En 2026, le Gabon dispose toujours d’un parc de production électrique majoritairement hydraulique, l’un des plus importants d’Afrique centrale. Les barrages de Tchimbélé, Grand Poubara et Kinguélé Aval constituent l’ossature du système national. Kinguélé Aval, mis en service récemment, a renforcé la capacité du réseau interconnecté du Grand Libreville et réduit la dépendance aux groupes thermiques anciens et coûteux. Sans ces infrastructures, les coupures observées aujourd’hui seraient non pas intermittentes, mais permanentes.

barage de tchimbele

À cette base s’ajoute une solution transitoire bien réelle : les centrales électriques flottantes de Karpowership, effectivement présentes au Gabon et mises en service à partir de 2025. Contrairement aux rumeurs persistantes, ces unités produisent de l’électricité, même si leur montée en puissance reste progressive en raison de contraintes techniques de raccordement, reconnues par l’opérateur et par la SEEG. Leur rôle n’a jamais été de remplacer l’hydroélectricité gabonaise, mais de sécuriser les pics de consommation, notamment en période d’étiage.

Sur l’eau potable, le même raccourci domine le débat. Les pénuries existent, personne ne les nie. Mais affirmer que l’État serait resté inactif est factuellement faux. Le PIAEPAL, lancé avec des partenaires techniques et financiers, est un programme réel, financé et partiellement exécuté. Extensions de réseau, réhabilitations d’ouvrages et travaux de pompage ont bien été réalisés, même si l’ensemble du projet n’a pas encore produit tous les effets attendus. Le problème est moins l’absence de politique que le retard accumulé face à l’expansion rapide de Libreville.

Enfin, les tensions sociales, notamment dans l’éducation, traduisent une crise de méthode et de dialogue, non une faillite de l’État. Les mesures annoncées sont budgétées et inscrites dans la loi de finances. Le désaccord porte sur leur mise en œuvre, pas sur leur existence.

Le Gabon de 2026 n’est ni un modèle achevé, ni un État effondré. Il est un pays sous tension, engagé dans des chantiers lourds qui exigent du temps et de la constance. La vraie caricature consiste à confondre transition difficile et naufrage annoncé.

Le pays ne s’éteint pas. Il avance lentement, imparfaitement ce qui est beaucoup moins spectaculaire, mais infiniment plus proche de la réalité.

la Redaction M+

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