Grèves en milieu scolaire : faut-il blâmer les enseignants ou interroger les choix de l’État ?

ONASIA MABITI

Lorsque l’école s’arrête, la société cherche des coupables immédiats ; pourtant, derrière la grève des enseignants se cache une crise bien plus profonde de la responsabilité de l’État.

À chaque mouvement de grève dans le milieu scolaire, le débat public se crispe. Les mêmes reproches refont surface, les mêmes coupables sont désignés : les enseignants. On leur reproche d’abandonner les élèves, de perturber l’année scolaire, de fragiliser l’avenir des enfants, notamment ceux issus de milieux défavorisés.

Mais cette lecture, bien que répandue, reste superficielle. Elle évite une question pourtant centrale : comment un État peut-il permettre que son système éducatif devienne un champ de lutte permanent ? Lorsque l’éducation vacille, ce n’est pas seulement une année scolaire qui est menacée, c’est l’avenir même de la nation.

L’éducation : un pilier, pas une variable d’ajustement

L’éducation n’est pas un secteur parmi d’autres. Elle est le socle sur lequel repose toute société. Aucun pays ne peut prétendre à la stabilité, à l’émergence ou à la félicité collective en négligeant l’école.

Construire des routes, des ponts ou des bâtiments administratifs est nécessaire. Mais ces infrastructures n’ont de sens que si elles sont portées par des citoyens formés, conscients, capables de les entretenir, de les améliorer et de les faire vivre. Sacrifier l’éducation, même temporairement, revient à compromettre tout projet de développement à long terme.

Une question mérite d’être posée sans détour : à quel moment l’éducation est-elle devenue un terrain de revendications répétées ?
Si les enseignants en arrivent à la grève, ce n’est ni par confort ni par plaisir. C’est souvent l’ultime recours face à l’absence d’écoute, à la précarité persistante et au manque de moyens.

La grève n’est pas la cause première du malaise scolaire. Elle en est le symptôme. Un symptôme d’un système qui tolère l’essoufflement de ceux à qui il confie la formation de la jeunesse.

Opposer les enseignants aux élèves est une erreur fondamentale. Les deux sont victimes d’un même déséquilibre. Défendre les enseignants, c’est défendre la qualité de l’éducation. Garantir leur dignité, c’est garantir un enseignement durable, équitable et performant.

La réussite des élèves ne peut pas reposer sur l’épuisement permanent de ceux qui les forment.

La question essentielle n’est donc pas de savoir s’il faut blâmer les enseignants lorsqu’ils font grève. La vraie question est de comprendre pourquoi un État laisse son système éducatif atteindre ce niveau de fragilité.

Car lorsque le socle est fragilisé, tout le reste finit par s’effondrer.
Et aucun projet de société ne peut se bâtir durablement sur une école affaiblie.

Mabiti Onasia

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