Deux Gabonais, Hendrick Mbina et Patrice Moussavou Mouloungui alias Ibrahim, ont été placés en détention provisoire à la prison centrale de Port-Gentil le 28 août 2026. Ils répondent d’une affaire liée à la saisie de 127 conditionnements de chanvre indien à Ndougou, dans la province de l’Ogooué-Maritime, lors d’une opération menée dans la nuit du 23 août.
Les faits : une perquisition qui révèle un stock conséquent
Les enquêteurs ont interpellé les deux suspects lors d’une opération nocturne à Ndougou. La perquisition a permis de mettre la main sur 127 conditionnements de chanvre indien, ainsi que plusieurs morceaux de papier susceptibles d’avoir servi à la préparation de la drogue pour la commercialisation. Deux versions s’affrontent depuis lors : Hendrick Mbina reconnaît avoir détenu du cannabis, mais affirme qu’il était destiné à sa consommation personnelle, expliquant l’utiliser durant ses travaux agricoles dans les plantations. Son coaccusé Patrice Moussavou Mouloungui rejette pour sa part les accusations, affirmant que le produit appartenait à son frère.
Un marché souterrain aux chiffres vertigineux
Cette affaire est loin d’être isolée. Elle s’inscrit dans une série d’opérations antidrogue menées dans l’Ogooué-Maritime ces dernières semaines. Le 13 août, une opération conjointe de l’OCAD, la DGR, la DGDI et la DGSI avait déjà permis la saisie record de 1,3 tonne de cannabis évaluée à près de 800 millions de FCFA, avec l’arrestation de 8 suspects de nationalités gabonaise, nigériane, béninoise et togolaise. La marchandise, transportée depuis le Nigeria par pirogue dans 65 sacs, illustrait l’existence de filières transfrontalières organisées.
Pourquoi ce commerce attire-t-il autant ?
La réponse est économique avant d’être morale. Au Gabon, une botte de chanvre indien se négocie selon les sources entre 5 000 et 15 000 FCFA à la revente dans les quartiers populaires. Un convoyeur recruté pour une seule livraison peut toucher entre 50 000 et 600 000 FCFA selon les cas, soit parfois plusieurs fois le salaire minimum légal. Pour des individus sans emploi stable, sans qualification reconnue et sans perspective économique immédiate, cette rémunération représente une tentation réelle dans un marché du travail gabonais où le taux de chômage des jeunes dépasse 30 %.
Le cas de la jeune femme interpellée le 20 août dans le secteur de Masuku, qui espérait tirer une marge de seulement 30 000 FCFA d’une livraison de deux bottes de chanvre indien, illustre cette réalité : ce ne sont pas toujours des trafiquants professionnels qui alimentent ces réseaux, mais aussi des personnes ordinaires tentées par un gain rapide dans un contexte de précarité.
Une lutte antidrogue qui doit s’accompagner d’une réponse sociale
Les saisies et les arrestations sont nécessaires. Mais elles ne peuvent constituer la seule réponse à un phénomène dont les racines sont profondément économiques et sociales. Tant que le chômage, le manque de formation et l’absence de perspectives continueront de pousser des jeunes vers l’économie informelle et souterraine, de nouveaux acteurs viendront combler les vides laissés par chaque réseau démantelé. La vraie question que pose cette affaire de Ndougou est donc celle-ci : en dehors des barreaux, que propose l’État à ceux qui n’ont rien d’autre à vendre que leur prise de risque ?
Marie Celine AKANDA
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