Le Forum National de l’Épargne pour le Développement « FONED » a officiellement ouvert ses travaux ce mercredi 2 septembre 2026 à Libreville pour une première édition historique. Organisé par la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon, on notait la présence du Vice-Président de la République, du Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie Chère. Ce premier rendez-vous inédit a aussi réuni institutions financières, régulateurs, secteur privé, partenaires au développement et diaspora gabonaise autour d’une question aussi simple qu’ambitieuse : comment faire de l’épargne nationale un levier concret du développement du Gabon ?
Une question économique et politique à la fois
C’est le Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, Thierry Minko, parrain officiel de cette première édition, qui a donné le ton le plus politique de la matinée. Dans son discours d’ouverture, il a tenu à lever immédiatement une ambiguïté : le financement endogène dont il est question dans ce forum ne signifie pas le repli sur soi. Il ne s’agit pas de choisir entre les capitaux nationaux et les capitaux internationaux. Il s’agit de mieux mobiliser les ressources gabonaises pour cofinancer les priorités du pays, renforcer sa capacité d’initiative, et accroître son attractivité auprès des investisseurs extérieurs.
Puis explicitement, l’épargne nationale ne remplace pas les capitaux internationaux. Elle permet de mieux les attirer et d’en démultiplier l’impact. Une formule qui résume toute la logique du FONED, et qui dessine une vision de souveraineté économique ouverte plutôt que repliée.
27 000 milliards à financer : l’urgence de les mobiliser
Le contexte qui a rendu ce forum nécessaire est celui du Plan national de croissance et de développement 2026-2030, qui porte des ambitions majeures en matière d’infrastructures, d’énergie, de logement, d’industrialisation, de diversification économique et de développement territorial. Une enveloppe globale de près de 27 000 milliards de FCFA d’investissements à mobiliser sur cinq ans, dans un pays dont la dette publique dépasse 80 % du PIB et dont les recettes pétrolières s’érodent structurellement.
Face à ce défi, le Vice-Président de la République a posé la question avec une clarté remarquable dans son allocution d’ouverture : un pays qui sait mieux mobiliser son épargne se donne une capacité supplémentaire à choisir ses priorités, à investir dans son avenir et à renforcer sa souveraineté économique. Le Gabon de demain devra être financé davantage par les Gabonaises et les Gabonais eux-mêmes.
Des ressources existent , le défi est de les mobiliser
C’est peut-être l’enseignement le plus important de cette matinée d’ouverture. Marius Nkori, Administrateur Directeur Général de la CDC Gabon, a rappelé dans son discours un paradoxe que les économistes africains connaissent bien mais que peu de forums osent nommer aussi directement : le Gabon parle souvent d’un déficit de financement du développement, mais ce constat coexiste avec une autre réalité, celle selon laquelle des ressources financières importantes existent déjà dans l’économie gabonaise.
Dépôts bancaires, ressources des assurances, fonds de pension, épargne des ménages, ressources institutionnelles, transferts et avoirs de la diaspora : ces ressources sont là. Le problème n’est donc pas seulement de créer davantage d’épargne. Il est de mieux la mobiliser, mieux la sécuriser, l’inscrire dans le temps long, et surtout mieux la transformer en investissement productif. Autrement dit, construire un pont plus solide entre l’épargne et le développement.
OKIRA 241 : faire de chaque Gabonais un acteur du développement
L’une des annonces les plus concrètes de cette matinée porte le nom d’OKIRA 241. Cette initiative, présentée par l’ADG de la CDC, est destinée à explorer de nouvelles possibilités de mobilisation de l’épargne des Gabonais, résidents comme membres de la diaspora, au service de projets de développement national. L’ambition affichée est simple : permettre à chaque Gabonais qui le souhaite de pouvoir devenir, à son échelle, un acteur du financement du développement national. Un concept qui rappelle les obligations assimilables du Trésor popularisées dans certains pays africains, mais dont les contours précis seront dévoilés au fil des travaux de ce forum.
La diaspora, acteur stratégique à mieux équiper
La deuxième journée du FONED sera entièrement consacrée à la diaspora gabonaise, dont le potentiel d’investissement est considéré comme largement sous-exploité. Les transferts des Gabonais de l’étranger vers le pays représentent un flux régulier et résilient, mais massivement orienté vers des dépenses de consommation familiale plutôt que vers des investissements productifs. C’est pour mieux comprendre les attentes, les contraintes et les exigences de confiance et de transparence de cette diaspora que l’étude DIASDEV a été commandée, et dont les résultats seront restitués lors de cette deuxième journée.
La confiance, condition sine qua non
Dans les trois discours d’ouverture, un mot est revenu avec une insistance frappante : la confiance. Confiance dans les institutions. Confiance dans les instruments proposés. Confiance dans la transparence de leur gestion. Confiance dans la sécurité des ressources mobilisées. Sans confiance, il n’y a pas d’épargne longue. Sans épargne longue, il est difficile de financer durablement le développement. C’est sur ce fondement que se repose toute l’architecture du FONED, et c’est sur ce critère que ce forum sera jugé, bien au-delà des discours d’ouverture.
Un forum de solutions, pas un colloque de plus
La formule de Marius Nkori, ADG de la CDC, mérite d’être retenue : nous ne voulons pas que le FONED soit un colloque de plus. Nous voulons en faire un forum de solutions. Passer du diagnostic aux instruments, et des instruments aux investissements. Le ministre Minko a été tout aussi direct : le mérite du FONED se mesurera moins au nombre de diagnostics posés qu’à la capacité collective à faire émerger, après ces deux journées, des instruments et des décisions concrètes.
Mais au-delà de sa dimension technique et financière, est une question de responsabilité collective : quelle part du Gabon de demain voulons-nous financer nous-mêmes ?
Marie Celine AKANDA
Suivez-nous sur facebook
Retrouvez tous nos articles ici


