Le Mali franchit une étape inédite dans sa lutte antiterroriste : depuis le jeudi 4 juin dernier, le gouvernement offre des récompenses allant de 500 millions à 2 milliards de FCFA pour toute information permettant de localiser ou d’arrêter les principaux chefs jihadistes et indépendantistes qui ont mis le pays à feu et à sang le 25 avril dernier.
Rappel : le 25 avril 2026, le jour où le Mali a tremblé
Tout commence dans la nuit du 25 avril 2026. Des attaques ultra-coordonnées du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM) et des rebelles touaregs du Front de Libération de l’Azawad (FLA) frappent simultanément Bamako, Kati, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. C’est l’offensive la plus dévastatrice de toute l’histoire du conflit malien. Le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, est tué. La junte est ébranlée dans ses fondements mêmes. Un choc même à l’internationale.
Le jeudi 4 juin 2026 : Bamako sort l’arme des récompenses
Dix jours après avoir placé plusieurs personnalités sous sanctions financières, le gouvernement malien franchit une nouvelle étape. Dans un communiqué officiel signé par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le général Daoud Aly Mohammedine, les autorités annoncent le 4 juin 2026 un dispositif de primes financières inédit visant les figures les plus recherchées du pays.
Qui est visé et pour combien ?
Le détail des récompenses est précis et hiérarchisé. La prime la plus élevée, 2 milliards de FCFA, est fixée pour Iyad Ag Ghali, chef historique du JNIM, coalition jihadiste affiliée à Al-Qaïda. Deux primes de 1,5 milliard de FCFA chacune visent Amadou Kouffa, numéro deux du JNIM et chef de la redoutable Katiba Macina, ainsi que Abdoulaye Mamoudou Bakaye Diallo, dit Jouleybib de Nampala. Du côté du FLA, Alghabass Ag Intalla est ciblé pour 1 milliard de FCFA. Plusieurs autres responsables : Bilal Ag Achérif, Sedane Ag Hita et Abderrahmane Al-Batna Al-Jazairi font chacun l’objet de primes de 500 millions de FCFA.

Une stratégie pour briser les réseaux de l’intérieur
En ciblant les populations locales comme sources de renseignement, Bamako adopte une stratégie éprouvée dans la lutte antiterroriste mondiale. L’objectif est double : briser la logistique des groupes armés en tarissant leurs réseaux de complicités, et isoler les chefs jihadistes de leurs bases de soutien communautaire. Cette approche ne remplace pas l’action militaire, mais vient la compléter dans une guerre où le renseignement humain est souvent décisif.
Une mesure qui suscite aussi des questions
Si la stratégie est compréhensible, elle soulève des interrogations sur le terrain. Dans un contexte de tensions intercommunautaires déjà extrêmes, l’appât du gain pourrait aussi alimenter des dénonciations abusives et fragiliser davantage le tissu social des régions concernées. La société civile malienne appelle à la vigilance.
Marie Céline AKANDA
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