Déguerpissements à Akanda : quand le développement avance sans les populations

ONASIA MABITI

Des familles vivent depuis plusieurs semaines dans la terreur, face au déguerpissements à Akanda dans les quartiers d’Okala, Delta et Ciciba. Des agents de l’État sont venus marquer leurs maisons de dates de démolition, pour d’autres fixés au 28 juin 2026 parfois sans un mot d’explication, parfois escortés de militaires. Ces habitants ne refusent pas le progrès. Ils réclament simplement leur dignité. Et ils ont décidé d’interpeller directement le président Oligui Nguema avant qu’il ne soit trop tard

Déguerpissements

Des marques sur les murs, la peur dans les cœurs

L’apparition soudaine d’agents de l’ANUTTC, escortés par des forces militaires, pour inscrire des dates de démolition sur les façades des habitations ,certaines fixées au 28 mai 2026, d’autres au 28 juin 2026 a instauré un climat de terreur dans les quartiers d’Okala, Delta et Ciciba. Pas de réunion préalable. Pas de document officiel. Pas d’explication. Juste des chiffres peints sur des murs, et des familles livrées à elles-mêmes face à l’inconnu.

Ils ne refusent pas le projet, ils refusent d’être invisibles

Le ton du Collectif est clair et mesuré. Les habitants d’Okala, Delta et Ciciba, réunis en Collectif, ont interpellé le 5 juin le président Brice Clotaire Oligui Nguema face aux déguerpissements annoncés dans leurs quartiers. Tout en reconnaissant la nécessité de l’élargissement routier, ils dénoncent les conditions de sa mise en œuvre et réclament une approche concertée, respectueuse des procédures et des populations concernées. Ce n’est pas un refus du développement. C’est un refus de l’humiliation.

« C’est la ville qui est venue me trouver dans mon village »

Gabriel Obiang Otogho, chef de quartier Okala-Ciciba, résume avec une phrase qui dit tout : « Un village, ça a une histoire. C’est un village presque centenaire. C’est la ville qui est venue me trouver dans mon village. » Derrière cette déclaration simple, une réalité que les chiffres ne disent pas : des familles enracinées depuis des générations, des maisons construites à la sueur du front, une mémoire collective que l’on ne peut pas effacer d’un coup de pinceau sur une façade.

Des procédures bafouées, des autorités court-circuitées

Ce que le Collectif fustige avec virulence, c’est le non-respect flagrant des procédures administratives et légales. Aucune campagne de sensibilisation n’a été menée, et les autorités de proximité, la mairie d’arrondissement et les chefs de quartier, ont été purement et simplement court-circuitées. Dans un État qui se réclame de la refondation et de la bonne gouvernance, cette méthode tranche douloureusement avec le discours officiel.

Akanda, le nouveau front d’une vague qui s’étend

Le cas d’Okala-Delta n’est pas isolé. Après Libreville et Owendo, la commune d’Akanda est désormais également ciblée par ces opérations de déguerpissement dans le Grand Libreville, suscitant désarroi et colère. Des opérations menées dans le flou total, sans communication officielle ni mesures d’accompagnement. Une vague qui avance quartier par quartier, laissant derrière elle des familles désemparées et des questions sans réponse.

Les promesses du passé qui pèsent sur le présent

Et pendant que de nouvelles familles reçoivent leurs marques de démolition, d’autres attendent toujours. Un an après les opérations de déguerpissement menées dans plusieurs quartiers du 2ème arrondissement de Libreville, le Collectif des familles déguerpies et non relogées a organisé une conférence de presse pour interpeller les autorités sur le sort de centaines de familles qui affirment n’avoir toujours pas bénéficié d’un relogement. La question se pose donc avec une acuité brûlante : si l’État ne relogeait pas ceux d’hier, que fera-t-il de ceux d’aujourd’hui ? Dans quel société vit-on?

Un appel à l’humanité du président

Ces habitants ne sont pas des ennemis du progrès. Ils sont ses premières victimes. Derrière ces déguerpissements en série se cache un enjeu crucial : celui de la cohérence de la politique urbaine dans le Grand Libreville. Si l’assainissement du cadre de vie est une priorité affichée par le gouvernement de transition, sa mise en œuvre semble se faire au mépris des droits sociaux et de la mémoire collective. À l’heure où le chef de l’État prône une gouvernance fondée sur l’écoute et la justice, les populations d’Okala, Delta et Ciciba lui tendent un miroir. Ce qu’il y verra dépendra de la réponse qu’il leur donnera.

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Marie Céline AKANDA

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