Le secteur informel occupe une place considérable dans l’économie gabonaise. Les résultats du Recensement général des entreprises (RGE) 2023, réalisé par la Direction générale de la statistique, permettent notamment de mieux mesurer le poids de ces activités et le profil des personnes qui les exercent.

Ces données alimentent depuis plusieurs mois les discussions sur l’accès des Gabonais à l’entrepreneuriat et sur l’organisation du petit commerce dans le pays.
L’informel représente une grande partie du tissu économique
Le RGE 2023 ne s’est pas limité à l’étude des entreprises formelles. L’opération a porté sur les entreprises et institutions sans but lucratif disposant d’un établissement fixe. La collecte a été menée pendant six mois, avec une première phase à Libreville, Owendo et Akanda, puis une seconde couvrant les neuf provinces du Gabon.
Les données diffusées autour du recensement indiquent que 62,9 % des unités économiques recensées relevaient du secteur informel. Ce chiffre illustre l’importance des activités exercées en dehors du cadre formel dans le fonctionnement quotidien de l’économie nationale.
Il faut toutefois distinguer deux notions : le nombre d’unités économiques recensées et celui des opérateurs économiques. Le chiffre de 200 000, souvent repris dans les articles de presse, correspond à des opérateurs économiques informels et ne doit pas automatiquement être assimilé au nombre d’entreprises juridiquement détenues par des personnes étrangères.
Environ 160 000 opérateurs étrangers selon les chiffres rapportés
La donnée qui suscite le plus de réactions concerne la nationalité des opérateurs.
Les chiffres publiés par plusieurs médias gabonais à partir du RGE font état d’environ 160 000 étrangers sur près de 200 000 opérateurs économiques informels, contre environ 40 000 Gabonais.
Si cette répartition est retenue, les étrangers représenteraient environ 80 % des opérateurs recensés dans cet ensemble.
Cette statistique doit néanmoins être présentée avec précision. Elle décrit la répartition des opérateurs économiques selon leur nationalité, telle qu’elle est rapportée à partir du recensement. Elle ne permet pas, à elle seule, de déterminer les montants investis, les bénéfices réalisés, le nombre d’emplois créés ou la contribution fiscale de chaque catégorie.
Pourquoi cette présence étrangère est-elle importante ?
Le commerce de proximité et les petites activités constituent une porte d’entrée vers l’activité économique pour une partie de la population. Leur fonctionnement dépend notamment de l’accès au financement, aux fournisseurs, aux locaux commerciaux et aux réseaux de distribution.
La forte présence d’opérateurs étrangers dans cet espace pose donc une question économique : quels sont les obstacles qui empêchent davantage de Gabonais de créer et de développer leurs propres activités ?
La réponse ne peut pas être réduite à la seule question de la nationalité. Elle renvoie également au coût de création d’une activité, à l’accès au crédit, aux compétences entrepreneuriales, aux circuits d’approvisionnement et aux conditions des ressources financières adaptées. Or, les petites entreprises et les activités individuelles rencontrent souvent davantage de difficultés lorsqu’elles ne disposent pas de garantie.
Le financement, un enjeu central pour les entrepreneurs
Pour développer une activité, un entrepreneur doit pouvoir accéder à des ressources financières adaptées. Or, les petites entreprises et les activités individuelles rencontrent souvent davantage de difficultés lorsqu’elles ne disposent pas de garanties ou d’un historique financier suffisant.
Dans ce contexte, faciliter l’accès au financement peut constituer un levier pour permettre à davantage de Gabonais de se lancer dans le commerce, les services, l’artisanat ou d’autres secteurs à faible barrière à l’entrée.
La question de l’accompagnement est également importante : formation en gestion, comptabilité simplifiée, accès aux marchés et accompagnement administratif peuvent aider une petite activité à passer progressivement vers le secteur formel.
Formaliser sans étouffer les petites activités
La formalisation constitue un autre enjeu majeur.
Pour les pouvoirs publics, intégrer davantage d’activités dans l’économie formelle peut améliorer la connaissance du tissu entrepreneurial et élargir progressivement l’assiette fiscale. Pour les entrepreneurs, la formalisation peut également faciliter l’accès à certains mécanismes de financement et à des dispositifs d’accompagnement.
Mais cette transition doit tenir compte de la réalité des petites activités. Des procédures trop complexes ou des charges disproportionnées peuvent constituer un frein supplémentaire pour des entrepreneurs disposant de moyens limités.
L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre simplification administrative, accompagnement des entrepreneurs et respect des obligations légales.
Un débat qui dépasse la seule question des étrangers
Les chiffres du RGE relancent un débat sur la place des nationaux dans l’économie gabonaise. Mais ils doivent être analysés dans leur contexte.
La présence importante d’opérateurs étrangers n’explique pas, à elle seule, les difficultés rencontrées par les entrepreneurs gabonais. Pour comprendre cette situation, il faudrait également examiner les conditions d’accès aux marchés, au crédit, aux formations, aux infrastructures et aux réseaux commerciaux.
Autrement dit, la question centrale est aussi celle de l’environnement entrepreneurial au Gabon.
Le véritable défi : créer davantage d’opportunités pour les nationaux
Le constat statistique peut servir de point de départ à une réflexion plus large sur la politique économique.
Si une part importante des activités de proximité est exercée par des opérateurs étrangers, les autorités peuvent chercher à mieux comprendre les raisons de cette situation et les obstacles rencontrés par les entrepreneurs gabonais.
Cela passe notamment par :
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un meilleur accès au financement ;
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la formation à la gestion et à l’entrepreneuriat ;
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la simplification des démarches administratives ;
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l’accompagnement des petites entreprises ;
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l’amélioration de l’accès aux marchés ;
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la transition progressive des activités informelles vers le secteur formel.
Une statistique à interpréter avec prudence
Le RGE 2023 fournit une photographie importante du tissu économique gabonais. L’INSTAT précise que le recensement a notamment pour objectif de disposer d’informations actualisées sur les entreprises et de constituer un répertoire national des entreprises.
Les chiffres de nationalité largement repris dans la presse méritent cependant d’être replacés dans leur contexte méthodologique. Dire que « 80 % des entreprises informelles sont détenues par des étrangers » simplifie la donnée : les sources disponibles parlent plutôt d’environ 160 000 opérateurs étrangers sur près de 200 000 opérateurs informels.
Cette nuance est importante pour éviter de tirer de la statistique des conclusions qui ne sont pas directement établies par le recensement.
Conclusion
Les données issues du RGE 2023 mettent en évidence deux réalités : le poids considérable de l’économie informelle dans le tissu productif gabonais et la forte présence d’opérateurs étrangers parmi les acteurs recensés dans ce secteur.
Au-delà de la polémique sur les chiffres, le principal enjeu économique reste celui de la création d’un environnement permettant aux entrepreneurs gabonais d’accéder plus facilement au financement, à la formation et aux marchés.
La question n’est donc pas seulement de savoir qui travaille dans l’informel, mais aussi de comprendre pourquoi certaines catégories d’entrepreneurs y sont davantage présentes et comment favoriser le développement durable des entreprises locales.
Dorina MBA
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