À l’issue du remaniement ministériel annoncé le dimanche 11 octobre 2026 à Libreville, Camélia Ntoutoume Leclercq figure au rang des principales absentes du nouveau gouvernement formé sous la présidence de son excellence Clotaire Oligui Nguema. Remplacée à la tête de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique par Jacqueline Ilogue épouse Bignoumba, précédemment chargée du Travail, la ministre d’État sortante paie le prix d’un passage très contesté devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale deux jours plus tôt.
Lors de cette audition relative à la loi de règlement 2025, les parlementaires ont pointé du doigt un faible taux d’engagement budgétaire d’à peine 17,68 %, représentant seulement 45,2 milliards de FCFA dépensés sur une enveloppe globale attribuée de 255 milliards de FCFA. Malgré ses explications fondées sur des pesanteurs administratives et des contraintes de trésorerie, l’exécutif a tranché en opérant un changement de cap immédiat à la tête de ce secteur prioritaire.
Ce départ met fin à un parcours ministériel d’une durée continuous de quatre ans et sept mois, caractérisé par une capacité d’adaptation notable au fil des mutations politiques du Gabon. Introduite au gouvernement en juillet 2020 en qualité de ministre déléguée avant d’accéder au portefeuille de plein exercice en mars 2022 sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, elle avait réussi à maintenir son ancrage après les événements d’août 2023. Reconduite sous la transition du CTRI au sein de l’équipe conduite par Raymond Ndong Sima, puis promue au rang de ministre d’État en mai 2025 après sa victoire au premier tour des élections législatives dans le 1er arrondissement de Ntoum, sa reconduction en janvier 2026 témoignait de son assise au sein des instances dirigeantes de l’État.
Son passage prolongé aux affaires laisse un bilan contrasté, fait de réformes d’envergure et de tensions récurrentes. Parmi les réalisations marquantes figurent l’intégration administrative de près de 10 000 enseignants, la réinstauration des bourses d’études pour le secondaire assortie d’un budget de 12 milliards de FCFA, ainsi que des mesures d’insertion pour les élèves en situation de handicap et l’introduction d’outils numériques dans certains établissements. En revanche, la persistance du déficit de salles de classe, la vétusté des équipements dans les filières techniques et les difficultés de gestion financière ont entretenu un climat de scepticisme au sein de la communauté éducative et de l’opinion publique.
Le transfert de charges vers Jacqueline Ilogue épouse Bignoumba fixe désormais de nouvelles priorités pour la conduite des politiques publiques d’enseignement. Néanmoins, s’appuyant sur son mandat de députée à Ntoum et sur l’expérience accumulée au sommet de l’administration, Camélia Ntoutoume Leclercq conserve une assise politique qui laisse supposer que son retrait de l’exécutif ne marque pas nécessairement un point final à sa carrière dans les hautes sphères de l’État.
Dorina MBA
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