Le retrait du Tchad de la Cour pénale internationale est désormais officiel. Le lundi 27 juillet 2026, N’Djamena a notifié au Secrétariat général des Nations unies sa décision souveraine de se retirer du Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI, devenant ainsi le quatrième pays africain à franchir ce cap, après le Burundi en 2017, puis le Mali et le Burkina Faso en 2024.
Une décision justifiée par une « sélectivité » jugée persistante
Dans son communiqué, le ministère tchadien des Affaires étrangères dénonce une justice internationale qu’il juge sélective et inefficace, quasiment conçue pour cibler l’Afrique plutôt que pour la servir. Le gouvernement s’appuie sur des statistiques précises publiées par la CPI au 11 mai 2026 : sur les treize enquêtes ouvertes par la Cour depuis sa création, neuf concernent des États africains, contre seulement quatre ouvertes dans d’autres régions du monde. N’Djamena relève également que la Cour ne compte que sept personnes actuellement détenues, dont six poursuivies dans des affaires africaines, une proportion jugée disproportionnée pour un tribunal qui compte 125 États parties, dont 33 africains.
Une pression diplomatique américaine assumée
Fait notable, cette rupture intervient quelques jours après un entretien téléphonique entre le sous-secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines et le gouvernement tchadien. Selon le résumé de cet échange, la partie américaine aurait exprimé ses réserves sur le fonctionnement de la Cour et invité N’Djamena à reconsidérer son adhésion au Statut de Rome. Washington n’a jamais ratifié le Statut de Rome et entretient une relation historiquement tendue avec l’institution basée à La Haye.
Un contexte régional marqué par la crise soudanaise

Ce retrait survient à un moment diplomatique sensible pour le Tchad, régulièrement accusé par des organisations internationales de soutenir le général Mohamed Hamdane Daglo, dit Hemedti, chef des Forces de soutien rapide (FSR) engagées dans le conflit soudanais. Une ONG soudanaise avait d’ailleurs saisi la CPI en décembre 2025 contre de hauts responsables tchadiens, dont le président Mahamat Idriss Déby, pour leur rôle présumé dans l’acheminement de matériel militaire vers le Soudan. Ce retrait intervient également quelques semaines après la visite au Tchad de la procureure adjointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan.
Une entrée en vigueur différée, mais des conséquences immédiates
Conformément à l’article 127 du Statut de Rome, ce retrait ne prendra effet que dans un an, soit le 27 juillet 2027. D’ici là, le Tchad reste juridiquement lié par ses obligations, et la Cour conserve sa compétence pour les crimes présumés commis sur le territoire tchadien avant cette date. Sur le plan diplomatique, cette décision risque toutefois de tendre les relations avec l’Union européenne et plusieurs ONG finançant des projets de justice et de droits humains au Tchad. En interne, le gouvernement gagne en marge de manœuvre face aux enquêtes internationales visant ses forces de défense et de sécurité, mais perd un levier de coopération judiciaire contre les groupes armés transfrontaliers qui sévissent au Sahel.
Un isolement croissant de la région face à La Haye
Avec ce nouveau départ, l’Afrique de l’Ouest et du Centre s’éloigne un peu plus de la juridiction de La Haye, dans la continuité du rapprochement stratégique déjà engagé par le Mali, le Burkina Faso et le Niger avec la Russie, au détriment de leurs partenariats occidentaux traditionnels.
Marie Celine AKANDA
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