Pilier de l’économie gabonaise, le secteur du bois continue de résister malgré un environnement de plus en plus contraignant. Portée par une demande soutenue en okoumé et en bilinga, la filière forestière maintient son activité, mais les difficultés logistiques, les coupures d’électricité et le renforcement de la pression fiscale fragilisent les entreprises.

Bois au Gabon : quand la croissance du marché ne suffit plus à soulager les entreprises
Le secteur forestier demeure l’un des piliers de l’économie gabonaise. Au cours de la première quinzaine du mois de mai, l’activité est restée globalement stable grâce à une demande soutenue sur le marché local, notamment pour l’okoumé et le bilinga, deux essences largement utilisées dans les secteurs de la construction et du logement. Cette dynamique commerciale pourrait laisser penser que la filière se porte bien. Pourtant, derrière les chiffres relativement encourageants des ventes, les opérateurs forestiers doivent composer avec une accumulation de contraintes qui réduisent considérablement leurs marges de manœuvre.
Dans la Zone économique spéciale (ZES) de Nkok, les grumes d’okoumé destinées au déroulage se négocient autour de 85 000 FCFA le mètre cube, tandis que les meilleures qualités atteignent près de 90 000 FCFA. Le bois scié connaît également une progression de ses prix sur le marché local, avec des tarifs oscillant désormais entre 140 000 et 150 000 FCFA le mètre cube. À l’international, les exportateurs enregistrent également un retour progressif des acheteurs chinois sur le marché de l’okoumé. Une évolution encourageante pour une filière fortement dépendante des débouchés extérieurs.
Des routes qui freinent la compétitivité
Cependant, les difficultés logistiques continuent de peser lourdement sur les entreprises. Malgré les travaux engagés sur plusieurs axes routiers stratégiques, notamment entre Okondja, Makokou, Lastoursville et la Lopé, les fortes pluies compliquent régulièrement le transport du bois vers le port d’Owendo. Pour les exploitants forestiers, chaque retard de livraison engendre des coûts supplémentaires : immobilisation des camions, ralentissement des chaînes de production et allongement des délais d’exportation. À cela s’ajoutent les coupures récurrentes d’électricité qui perturbent le fonctionnement des unités de transformation, particulièrement dans les zones industrielles.

Une pression fiscale qui inquiète les opérateurs
Au-delà des contraintes logistiques, c’est surtout la pression fiscale qui préoccupe actuellement les acteurs du secteur. La Forestry Task Force a récemment renforcé ses contrôles en ciblant plusieurs dizaines d’entreprises présentant des arriérés fiscaux. Dans le même temps, la taxe foncière arrivée à échéance en mars dernier continue d’alourdir les charges financières des exploitants. Les entreprises doivent également absorber les effets des nouvelles taxes à l’exportation introduites en début d’année. Pour de nombreuses sociétés, ces prélèvements interviennent dans un contexte déjà marqué par une baisse de rentabilité. Résultat : plusieurs opérateurs sollicitent aujourd’hui des plans d’échelonnement de paiement afin d’éviter des difficultés de trésorerie plus importantes.
La véritable question : où se situe le bénéfice pour l’économie nationale ?
Si les prix du bois progressent et que les marchés restent actifs, la question centrale demeure celle de la redistribution de la valeur créée. Le secteur forestier représente une source importante de recettes fiscales, d’emplois directs et indirects ainsi que de devises pour le pays. Toutefois, lorsque les entreprises consacrent une part croissante de leurs revenus au règlement des taxes, aux coûts logistiques ou à la gestion des retards de production, leur capacité à investir se réduit. Moins d’investissements signifie potentiellement moins d’emplois, moins de modernisation des équipements et une contribution économique plus limitée sur le long terme.
Pour plusieurs observateurs du secteur, l’enjeu consiste désormais à trouver un équilibre entre les objectifs de mobilisation des recettes publiques et la préservation de la compétitivité des entreprises forestières.Le bois demeure l’une des principales richesses économiques du Gabon. La stabilité actuelle du marché montre que la demande existe encore, aussi bien sur le plan national qu’international. Néanmoins, la combinaison des contraintes logistiques, énergétiques et fiscales pourrait progressivement fragiliser cette dynamique si aucune réponse durable n’est apportée. L’avenir de la filière dépendra ainsi de sa capacité à maintenir sa compétitivité tout en continuant à créer de la valeur pour l’économie nationale, les collectivités locales et les milliers de travailleurs qui dépendent directement ou indirectement de l’exploitation forestière.
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MABITI ONASIA


