La restauration de l’ordre urbain à Libreville entre dans une nouvelle phase depuis le 15 juillet 2026, avec un premier déploiement le lendemain dans le 6e arrondissement de la capitale gabonaise. Mais derrière l’ambition affichée par le maire Eugène M’ba de rendre la ville plus propre et plus fluide se pose une question que l’histoire récente de Libreville invite à prendre au sérieux : cette nouvelle tentative réussira-t-elle là où plusieurs précédentes ont échoué ?
Une opération de grande ampleur, sur cinq mois
Baptisée « Restauration de l’ordre urbain » (ROU), la campagne est prévue pour s’étendre sur cinq mois dans les six arrondissements de la capitale, avec pour objectif de débarrasser la ville des épaves de véhicules et de mettre fin à l’occupation anarchique des espaces publics. Un ultimatum de trois jours avait été accordé aux commerçants et occupants avant le lancement effectif de la phase opérationnelle, incluant déguerpissements et démolitions de constructions irrégulières.
Le talon d’Achille des précédentes tentatives
Le problème, c’est que Libreville a déjà connu ce scénario. Une opération similaire lancée en janvier 2024 s’était heurtée à une résistance tenace : à peine déguerpis, les commerçants étaient revenus en masse sur les trottoirs de certains marchés, recréant les mêmes embouteillages et la même occupation anarchique qu’auparavant. Une tentative ultérieure, début 2025, avait connu le même sort, la mairie reconnaissant elle-même que l’opération n’avait pas produit de résultats probants, en partie à cause du retour systématique des vendeurs sur les trottoirs.
Cette fois, un volet relogement mieux préparé ?
Consciente de cet écueil, la municipalité affiche une méthode différente pour cette nouvelle édition. Une délégation municipale s’est rendue sur le site du PK12, retenu pour reloger une partie des commerçants concernés par les réaménagements, dans l’idée de démontrer que l’opération ne se limite pas à un simple déguerpissement. Le maire Eugène M’ba a lui-même présenté cette démarche comme une vision durable de modernisation de la capitale, et non comme une simple opération répressive.
Des acteurs de la société civile restent sceptiques
Reste que cette promesse ne suffit pas à rassurer tout le monde. Le Syndicat des débrouillards du Gabon et l’ONG Solidarité pour le Développement du Gabon ont publiquement réclamé des garanties concrètes, rappelant l’absence de marchés modernes et accessibles pour accueillir les milliers d’acteurs du secteur informel concernés. Pour ces occupants, dont beaucoup tirent leur unique revenu de ces espaces, la libération des trottoirs ne pourra avoir d’effet durable que si elle s’accompagne de solutions de relocalisation réellement opérationnelles, et non simplement annoncées.
L’enjeu réel : la constance de l’action publique
Au-delà de l’aspect matériel, c’est peut-être la capacité de la mairie à tenir la distance qui déterminera le succès de cette nouvelle campagne. Les précédentes tentatives ont montré qu’un déploiement ponctuel, même spectaculaire, ne suffit pas si la surveillance ne se poursuit pas dans la durée. La réussite de cette édition 2026 dépendra donc autant du volet répressif que de la constance du suivi municipal sur le terrain, dans une ville où l’informalité économique reste, pour des milliers de familles, une question de survie autant que d’organisation urbaine.
Marie Celine AKANDA
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