La BEAC injecte 400 milliards FCFA pour soutenir les banques de la CEMAC. Une opération qui révèle les tensions autour de la liquidité en Afrique centrale.

Dans les coulisses du système financier d’Afrique centrale, la bataille pour la liquidité continue de se jouer loin des regards du grand public. Cette semaine, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) a remis 400 milliards de FCFA sur la table afin de soutenir les banques de la sous-région. Une opération qui, derrière son apparente routine, révèle les fragilités persistantes du marché monétaire de la CEMAC.
L’institution monétaire a intégralement servi son appel d’offres du 16 juin 2026. Les établissements bancaires ont sollicité plus de 417 milliards de FCFA pour une enveloppe limitée à 400 milliards, signe que les besoins de financement demeurent élevés dans plusieurs pays de la communauté.
Cette sursouscription n’est pas anodine. Dans le langage des marchés, elle traduit une réalité simple : l’argent reste recherché et certaines banques éprouvent toujours des difficultés à se refinancer dans des conditions confortables. Comme le dit un proverbe bien connu en Afrique centrale : « Lorsque plusieurs pêcheurs tirent sur le même filet, c’est que le poisson se fait rare. »
Plus révélateur encore, la BEAC a choisi de maintenir son principal taux directeur à 4,75 %, confirmant ainsi sa volonté de poursuivre une politique monétaire prudente malgré les attentes d’une partie des acteurs économiques. Le taux de la facilité de prêt marginal reste fixé à 6,25 %, tandis que la rémunération des dépôts demeure à 0 %.
Ce statu quo envoie un message clair aux marchés : la banque centrale ne souhaite pas assouplir davantage les conditions monétaires. Son objectif demeure la stabilité financière et la maîtrise des équilibres macroéconomiques dans une région encore confrontée aux incertitudes de l’économie mondiale.
Pourtant, les chiffres montrent que les tensions n’ont pas disparu. Le taux pratiqué entre banques sur le marché interbancaire à sept jours atteint près de 6,5 %, un niveau largement supérieur au taux directeur de la BEAC. Cet écart traduit une méfiance persistante et une circulation imparfaite de la liquidité entre les établissements financiers. Certaines banques disposent d’importantes réserves tandis que d’autres continuent de dépendre fortement du refinancement de la banque centrale.
Autrement dit, l’argent existe dans le système, mais il ne circule pas avec suffisamment de fluidité. Une situation qui limite l’efficacité de la transmission de la politique monétaire vers l’économie réelle.
Derrière ces opérations techniques se cache une question essentielle pour les entreprises et les ménages : le coût du crédit. Depuis le durcissement de la politique monétaire engagé par la BEAC, les conditions de financement se sont progressivement resserrées dans plusieurs pays de la CEMAC. Les banques prêtent avec davantage de prudence et les taux appliqués aux emprunteurs demeurent élevés.
L’injection de 400 milliards de FCFA apparaît ainsi comme un exercice d’équilibre. D’un côté, la banque centrale fournit aux établissements les ressources nécessaires pour soutenir l’activité économique. De l’autre, elle refuse d’envoyer un signal de relâchement susceptible de raviver les tensions inflationnistes ou de fragiliser les réserves de change régionales.
La réalité est que la CEMAC se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. La croissance économique reste attendue en 2026, mais le financement de cette croissance dépendra largement de la capacité du système bancaire à retrouver un fonctionnement plus fluide. Car, comme le rappelle un adage africain, « la rivière peut être pleine, mais si l’eau n’arrive pas jusqu’au village, la soif demeure ».
L’opération menée par la BEAC démontre que la banque centrale conserve les moyens d’accompagner le secteur financier. Elle montre également que la normalisation complète du marché monétaire régional reste encore un chantier ouvert. Les prochains mois permettront de mesurer si cette stratégie de soutien prudent suffira à desserrer l’étau qui continue de peser sur le crédit et l’investissement dans la sous-région.
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REVE NGOULALY


