LIBREVILLE, le 16 juin 2026 La ministre de la Planification, Louise Pierrette Mvono, a présenté le 11 juin devant les députés le premier Programme d’Investissement Public (PIP) de la Ve République. Doté d’une enveloppe de 1 202 milliards de FCFA sur trois ans, dont 1 169 milliards au titre du budget général, ce document est présenté par le gouvernement comme une rupture, fondée sur davantage de rigueur, de cohérence et d’efficacité dans la programmation des investissements publics. Son financement, en revanche, soulève des interrogations.

Ce nouveau programme intervient en effet dans un contexte particulier. Le budget rectificatif 2026 a récemment supprimé 968,1 milliards de FCFA de dépenses d’investissement par rapport à la loi de finances initiale, au motif que plusieurs projets avaient été inscrits sans étude de faisabilité préalable. Autrement dit, l’État avait programmé des montants qu’il n’était pas en mesure d’exécuter. Le PIP présenté par la ministre Mvono repose donc sur des bases assainies sur le plan de la programmation, mais les modalités de son financement demeurent, elles, plus incertaines.
Selon le Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, les recettes budgétaires nettes sont fixées à 2 928,2 milliards de FCFA, dont 1 046,5 milliards seulement sont fléchés vers l’investissement sur ressources propres. Le reste du financement du PIP dépendra donc de ressources extérieures : partenaires techniques et financiers, titres publics et emprunts. Or le pays emprunte déjà davantage que prévu initialement, les ressources de trésorerie et de financement progressant de 65,5 milliards de FCFA dans le PLFR via l’émission de titres publics supplémentaires, tandis que les charges financières de la dette augmentent quant à elles de 67,7 milliards de FCFA dans ce même budget rectificatif.

Face aux députés, la ministre a appelé à la confiance sur le cadre retenu, sans toutefois préciser à quel taux l’État entend emprunter ni quels bailleurs ont déjà confirmé leur participation au financement du programme. Une zone d’ombre qui pèse d’autant plus que la note souveraine du Gabon reste maintenue à CCC- par l’agence Fitch, ce qui rend chaque emprunt supplémentaire plus coûteux que pour un pays voisin mieux noté.
Le PIP 2026-2028 pourrait constituer un levier important pour la transformation du pays, à condition que son financement soit sécurisé avant le lancement des projets, et non après, comme cela avait été le cas pour les 968 milliards de FCFA finalement déprogrammés.
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Par KOYA


