Coupures d’électricité, difficultés d’approvisionnement en eau, infrastructures vieillissantes et fragilité financière de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) : derrière les perturbations qui touchent régulièrement les ménages, c’est tout le modèle de gestion des services essentiels qui est interrogé. Alors que le Gabon veut attirer davantage d’investissements et accélérer sa transformation économique, peut-il réellement réussir sans régler durablement la question de l’eau et de l’électricité ?

Un problème qui dépasse les simples coupures
À première vue, la question est quotidienne : avoir de l’eau au robinet et de l’électricité à la maison. Mais derrière ces deux services se joue une problématique beaucoup plus large : celle de la capacité du Gabon à soutenir son développement. Une économie qui veut attirer des entreprises, développer des industries, transformer localement son bois, son manganèse ou demain son fer de Belinga a besoin d’une énergie disponible, prévisible et compétitive. Elle a également besoin d’un accès fiable à l’eau. Or, la Banque mondiale constate encore des fragilités importantes dans le secteur. Un document de projet publié en janvier 2026 relève notamment que les déficits financiers et les performances opérationnelles insuffisantes de la SEEG contribuent aux interruptions fréquentes dans la fourniture d’eau et d’électricité.
La SEEG face à un problème financier structurel
Le problème n’est donc pas uniquement technique. Selon la Banque mondiale, la SEEG enregistrait une perte nette combinée de 21,6 millions de dollars en 2022 pour ses activités eau et électricité. Plusieurs facteurs sont avancés : sous-investissement chronique, gel des tarifs depuis 2018, performances opérationnelles insuffisantes, coûts de personnel élevés et difficultés de recouvrement. Les impayés constituent également une difficulté majeure. Le document indique que les créances accumulées représentaient alors plus d’une année de chiffre d’affaires, avec une part importante liée aux factures dues par l’État et les particuliers. Autrement dit, même avant de parler de nouvelles infrastructures, le secteur doit retrouver un équilibre financier permettant de financer l’entretien, le renouvellement des équipements et l’extension des réseaux.
Investir davantage, mais avec quel modèle ?
Le Gabon a engagé plusieurs pistes de réforme. La séparation des activités liées à l’eau et à l’électricité fait notamment partie des orientations annoncées. Le gouvernement a également prévu un Fonds national pour l’énergie et l’eau destiné à contribuer au financement de l’accès universel et à la modernisation des infrastructures. La Banque mondiale accompagne par ailleurs un projet consacré à l’accès aux services de base et à l’amélioration des performances. Il prévoit des interventions dans l’eau, l’assainissement et l’électricité, mais également un renforcement des institutions et de la régulation. Le défi sera donc de passer d’une logique de réaction aux coupures à une véritable politique d’investissement et de maintenance.
L’eau et l’électricité sont aussi un enjeu industriel
C’est ici que la question devient économique. Le Gabon ambitionne de développer davantage la transformation locale. Mais une usine ne peut fonctionner correctement avec une alimentation électrique instable. Un hôtel ne peut pas fonctionner normalement sans eau. Une entreprise industrielle ne peut pas intégrer durablement le coût des interruptions dans son modèle économique. La Banque mondiale souligne d’ailleurs que les insuffisances du secteur énergétique constituent un frein à l’investissement privé. Elle recommande notamment de réduire les pertes techniques et commerciales, d’améliorer l’efficacité opérationnelle et de faire évoluer progressivement le modèle tarifaire afin de réduire les risques pour les investisseurs. Le sujet dépasse donc largement la SEEG. Il concerne la compétitivité du pays.
Le véritable défi : sortir du cycle des urgences
Le Gabon dispose pourtant d’un avantage considérable : ses ressources naturelles lui donnent des capacités de financement et son potentiel hydroélectrique reste important. Mais la richesse en ressources ne garantit pas automatiquement la qualité des services publics. Le véritable enjeu est désormais de construire un modèle dans lequel l’investissement dans les réseaux accompagne la croissance démographique, l’industrialisation et l’urbanisation. Car chaque coupure n’est pas seulement un désagrément pour un ménage. Elle peut également représenter une perte pour une entreprise, un surcoût pour un commerçant, une interruption de production ou une raison supplémentaire pour un investisseur de considérer le Gabon comme un marché à risque.
Le Gabon ne pourra pas parler durablement d’industrialisation, de transformation locale et d’attractivité des investissements sans résoudre la question de ses services essentiels. La réforme de l’eau et de l’électricité ne doit donc pas être pensée uniquement comme une réforme de la SEEG. Elle doit être considérée comme une réforme de compétitivité nationale. Le véritable indicateur de réussite ne sera pas seulement le nombre de nouvelles centrales ou de kilomètres de réseaux construits. Ce sera la capacité du pays à garantir, dans la durée, un service fiable aux ménages comme aux entreprises. Parce qu’avant de produire davantage, encore faut-il pouvoir fonctionner correctement.
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Rebecca FUNDI


