CNT : le pari de l’État gabonais pour réinventer le transport public

Lauraine

La Compagnie nationale de transport (CNT) est née de la fusion entre Sogatra et Trans’Urb. Quels changements pour les usagers et quels défis attendent le nouveau géant du transport public au Gabon ?

 

CNT

Le Gabon ouvre une nouvelle page de son histoire des transports publics. Avec la création de la Compagnie nationale de transport (CNT), née de la fusion de la Société gabonaise de transport (Sogatra) et de Trans’Urb, les autorités affichent une ambition claire : bâtir un opérateur public plus performant, financièrement viable et capable de répondre aux nouveaux défis de la mobilité et de la logistique. Derrière cette réforme présentée comme structurante se dessinent toutefois de nombreuses interrogations sur sa capacité à résoudre les difficultés qui fragilisent le secteur depuis plusieurs années.

La naissance de la CNT résulte d’un processus de fusion-absorption simplifiée. Dans un premier temps, la Sogatra a été intégrée à Trans’Urb. Dans un second temps, cette dernière a abandonné son identité juridique et commerciale pour adopter la dénomination de Compagnie nationale de transport. Au-delà d’un simple changement de nom, cette transformation traduit la volonté de l’État de regrouper les moyens humains, matériels et financiers des deux entreprises publiques au sein d’une structure unique.

La signature officielle de l’acte de fusion, en présence du ministre d’État chargé des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, marque l’entrée en activité de cette nouvelle entreprise publique. Cette réforme s’inscrit dans la vision portée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui plaide pour la modernisation des entreprises publiques et une meilleure efficacité des services destinés aux populations.

Mais la CNT ne se limitera pas au transport urbain et interurbain des voyageurs, activité historique de la Sogatra et de Trans’Urb. Son périmètre d’intervention est désormais élargi au transport d’hydrocarbures, au fret de marchandises ainsi qu’aux services de transport VIP. L’objectif est de diversifier les sources de revenus de l’entreprise afin de renforcer son équilibre financier tout en faisant émerger un opérateur public capable de répondre à plusieurs segments stratégiques de l’économie gabonaise.

Pour les pouvoirs publics, cette restructuration doit également permettre une meilleure gouvernance, une rationalisation des dépenses publiques et une optimisation des ressources disponibles. En réunissant les deux sociétés sous une même administration, l’État espère mettre fin aux doublons, améliorer la gestion opérationnelle et offrir un service plus fiable aux usagers.

Reste que cette réforme suscite aussi des réserves. Une partie des anciens salariés de la Sogatra et de Trans’Urb accueille la création de la CNT avec prudence. Beaucoup estiment que le changement d’identité institutionnelle ne suffira pas, à lui seul, à faire disparaître les difficultés accumulées au fil des années. Les retards de paiement des salaires, les mouvements sociaux à répétition, les difficultés de trésorerie, la vétusté du parc automobile ou encore les interruptions de service ont durablement marqué le fonctionnement des deux anciennes entreprises.

Pour plusieurs observateurs, le véritable défi dépasse désormais la fusion administrative. Il réside dans la capacité de la nouvelle compagnie à restaurer la confiance des usagers, à moderniser progressivement sa flotte, à améliorer la qualité du service et à instaurer une gestion durable. La réussite de la CNT sera donc jugée moins sur son appellation que sur les résultats concrets qu’elle produira dans les prochains mois.

Dans un contexte où les besoins de mobilité augmentent avec l’expansion des villes et le développement des activités économiques, la création de la Compagnie nationale de transport apparaît comme un test majeur pour la politique de modernisation des entreprises publiques engagée par les autorités gabonaises. Si les ambitions affichées sont élevées, elles devront désormais se traduire par des améliorations visibles pour les usagers, condition indispensable pour transformer cette réforme institutionnelle en véritable succès pour le transport public au Gabon.

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Reve NGOUL-ALY

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