30 MW déjà en service, des batteries pour stocker l’énergie et près de 100 milliards de FCFA investis : derrière la nouvelle centrale solaire d’Ayémé, le Gabon joue bien plus qu’une carte écologique. Il joue la stabilité de son réseau électrique, la compétitivité de ses entreprises et, surtout, une partie de son avenir économique.Pari énergétique, pari social, pari économique.
Avec Ayémé, le Gabon change de braquet. La centrale solaire installée près de Libreville ne se contente pas d’ajouter des mégawatts au réseau national. Elle porte une promesse : produire autrement pour consommer mieux, sécuriser davantage et, à terme, réduire la dépendance aux centrales thermiques.
Mais une question s’impose : les Gabonais verront-ils cette transition dans leur quotidien ?
Car derrière les chiffres impressionnants (30 MW opérationnels et un investissement proche de 100 milliards de FCFA ) se trouve une attente beaucoup plus simple : avoir du courant quand il le faut.
L’ÉLECTRICITÉ N’EST PAS UN LUXE : C’EST LE NERF DE LA VIE ÉCONOMIQUE
Pour un ménage, une coupure d’électricité peut signifier des aliments perdus, une journée perturbée ou un appareil endommagé.
Pour un commerçant, c’est parfois une journée de chiffre d’affaires en moins.
Pour une petite entreprise, c’est une machine à l’arrêt, une commande retardée ou un client perdu.
Pour un hôpital, une école ou un service public, les conséquences peuvent être encore plus lourdes.
Voilà pourquoi Ayémé doit être regardée d’abord comme une infrastructure sociale.
La réussite du projet ne se mesurera donc pas uniquement à la quantité d’électricité produite. Elle se mesurera au nombre de foyers mieux alimentés, d’entreprises moins pénalisées et d’activités économiques capables de fonctionner sans interruption.
Le véritable indicateur de performance sera dans les prises électriques des ménages, pas seulement sur les compteurs de la centrale.
100 MILLIARDS DE FCFA : IL FAUT MAINTENANT UN RETOUR SUR INVESTISSEMENT POUR LE PAYS
Près de 100 milliards de FCFA : la somme donne la mesure de l’ambition.
Mais elle pose également une exigence.
Chaque franc investi doit produire un effet économique visible.
La production solaire peut contribuer à réduire la pression exercée par les installations thermiques et à limiter, à terme, certains coûts liés aux combustibles.
Pour l’économie gabonaise, l’enjeu est majeur.
Une énergie plus disponible et plus prévisible peut permettre aux entreprises de mieux planifier leur production, d’investir dans leurs équipements et d’améliorer leur productivité.
Et lorsque l’électricité devient plus fiable, c’est tout un écosystème qui peut se développer : transformation agroalimentaire, froid commercial, numérique, services, artisanat, industrie légère.
L’énergie n’est pas simplement une charge budgétaire. Elle peut devenir un capital productif.
LE VRAI COMBAT : SORTIR DE LA LOGIQUE DU GROUPE ÉLECTROGÈNE
Pendant des années, les groupes électrogènes ont constitué une solution de secours pour de nombreux acteurs économiques confrontés aux défaillances du réseau.
Mais cette solution a un prix.
Carburant, entretien, réparations, bruit, pollution : faire tourner une économie au générateur coûte cher.
Le développement du solaire offre au Gabon l’occasion de changer cette équation.
Produire davantage d’électricité renouvelable, c’est aussi tenter de réduire le coût caché des interruptions de courant.
Et c’est précisément là que la centrale d’Ayémé peut prendre une dimension stratégique.
LES BATTERIES : LE DÉTAIL QUI CHANGE TOUT
Le soleil ne brille pas à la demande.
C’est l’un des principaux défis du photovoltaïque.
Le stockage par batteries apporte une réponse en permettant de conserver une partie de l’électricité produite et de la restituer lorsque la production solaire diminue.
Cette technologie donne donc davantage de flexibilité au système.
On ne cherche plus seulement à produire de l’électricité verte. L’on cherche à apprendre à la gérer.
Et cette compétence sera déterminante si le pays veut augmenter significativement la place des renouvelables dans son mix énergétique.
JEUNES GABONAIS : QUI VA EMPLOYER LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE ?
Voici probablement l’un des enjeux les plus politiques du projet.
La transition énergétique ne doit pas seulement importer des équipements et produire des mégawatts.
Elle doit aussi produire des compétences et des emplois locaux.
Techniciens photovoltaïques, ingénieurs électriques, spécialistes du stockage, informaticiens, experts de la maintenance : le développement de ces métiers peut ouvrir de nouvelles perspectives à la jeunesse gabonaise.
Mais encore faut-il anticiper.
Si les équipements sont importés, que les compétences sont importées et que la maintenance est importée, le Gabon ne possédera qu’une centrale solaire.
S’il forme ses jeunes, développe ses entreprises et crée une véritable filière nationale, il possédera alors une industrie de l’énergie renouvelable.
La différence est fondamentale.
LIBREVILLE ATTEND DES RÉSULTATS, PAS DES PROMESSES
La capitale gabonaise concentre une grande partie de l’activité économique du pays.
Son alimentation électrique est donc un enjeu national.
Ayémé arrive avec une promesse forte : contribuer à sécuriser l’approvisionnement de Libreville.
Mais la population jugera le projet sur des résultats très concrets :
Les coupures vont-elles réellement diminuer ?
Les entreprises vont-elles pouvoir travailler dans de meilleures conditions ?
Le coût de l’électricité sera-t-il mieux maîtrisé ?
Les investissements privés seront-ils encouragés ?
C’est à ces questions que devra répondre la politique énergétique gabonaise.
LE SOLEIL NE SUFFIRA PAS. IL FAUT UNE VISION.
Ayémé est une avancée. Mais une centrale, aussi importante soit-elle, ne peut résoudre à elle seule les fragilités d’un système électrique.
Il faudra moderniser les réseaux, améliorer la distribution, renforcer le stockage, développer d’autres capacités de production et accompagner la croissance de la demande.
Surtout, il faudra veiller à ce que la transition énergétique bénéficie à l’ensemble de la société.
Une énergie verte qui reste chère, instable ou inaccessible aux ménages ne serait qu’une victoire technique.
Le véritable succès serait tout autre : une électricité plus fiable, des entreprises plus compétitives, des emplois nouveaux, une facture énergétique mieux maîtrisée et une dépendance réduite aux combustibles fossiles.
AYÉMÉ, PLUS QU’UNE CENTRALE : UN TEST POUR LE GABON
Le Gabon dispose désormais d’une nouvelle carte.
À lui de la jouer intelligemment.
30 MW aujourd’hui peuvent devenir bien plus qu’une capacité supplémentaire demain : ils peuvent constituer le premier maillon d’une nouvelle stratégie industrielle et sociale.
Le défi est immense, mais l’opportunité l’est tout autant.
Car au fond, la question n’est pas seulement de savoir si le Gabon peut produire de l’électricité avec le soleil.La vraie question est :
PEUT-IL TRANSFORMER CETTE ÉLECTRICITÉ EN CROISSANCE, EN EMPLOIS ET EN MEILLEURE QUALITÉ DE VIE ?
C’est là que se jouera le véritable succès d’Ayémé.
Jovalie PENDI ONDO
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