Face aux tensions liées à l’immigration clandestine, l’Afrique du Sud appelle l’Union africaine à ouvrir un débat continental sur les causes profondes des migrations, alors que les manifestations anti-immigration se multiplient.

L’Afrique du Sud refuse de voir la crise migratoire réduite à un problème national. Confronté à une montée des tensions autour de l’immigration irrégulière, le gouvernement de Pretoria plaide désormais pour une approche continentale, estimant que les mouvements migratoires qui traversent l’Afrique nécessitent une réponse collective des États membres de l’Union africaine.
Cette position intervient dans un contexte marqué par des manifestations anti-immigration qui se multiplient dans plusieurs villes sud-africaines. Les rassemblements, organisés par des mouvements opposés à la présence de migrants en situation irrégulière, réclament l’accélération des expulsions, un contrôle renforcé des frontières et une application plus stricte des lois sur l’immigration. Plusieurs migrants affirment avoir été victimes d’agressions lors de ces mobilisations, alimentant les inquiétudes sur la dégradation du climat social.
Alors que le Ghana avait proposé d’inscrire les tensions migratoires en Afrique du Sud à l’ordre du jour de la prochaine réunion de coordination de l’Union africaine prévue en octobre, cette initiative n’a finalement pas été retenue. Pretoria s’y est opposée, estimant qu’une telle démarche ferait de l’Afrique du Sud un cas isolé alors que le phénomène migratoire concerne l’ensemble du continent.
Le ministre sud-africain des Relations internationales, Ronald Lamola, a défendu cette position lors d’une conférence de presse à Pretoria. Selon lui, l’Afrique du Sud figure parmi les principales destinations des migrants africains, ce qui explique pourquoi le pays est aujourd’hui particulièrement exposé aux tensions liées aux déplacements de populations. Pour Pretoria, il est indispensable d’engager une réflexion commune sur les facteurs économiques, politiques et sécuritaires qui poussent des milliers d’Africains à quitter leur pays.
Cette question devrait occuper une place importante lors du prochain sommet de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui se tiendra à Durban. Les dirigeants de plusieurs pays de la région, notamment du Malawi, du Mozambique et du Zimbabwe, sont attendus à cette rencontre. Ces États ont récemment organisé le retour d’une partie de leurs ressortissants vivant en Afrique du Sud.
Le gouvernement sud-africain souhaite également élargir les discussions aux autres régions du continent afin d’examiner les causes profondes des migrations irrégulières. Ronald Lamola évoque notamment les « facteurs d’attraction et de répulsion » qui favorisent les départs, faisant référence aussi bien aux difficultés économiques qu’aux crises sécuritaires ou politiques. Cette réflexion intervient quelques jours après le drame survenu à la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, où une traversée massive de migrants a causé plus de 80 morts, rappelant l’ampleur des défis migratoires auxquels l’Afrique est confrontée.
Sur le terrain, les autorités sud-africaines poursuivent leurs opérations de contrôle. Selon les chiffres du gouvernement, près de 68 000 personnes ont été rapatriées entre juin et juillet. Ces retours concernent à la fois des migrants expulsés pour séjour irrégulier et des ressortissants ayant regagné volontairement leur pays d’origine. La majorité provenait du Malawi, du Zimbabwe et du Mozambique.
Dans le même temps, l’Agence nationale de gestion des frontières a revu l’organisation de son principal centre de rétention de Musina, près du poste-frontière de Beitbridge avec le Zimbabwe. Sa capacité d’accueil a été fortement réduite, passant de 20 000 à 1 500 places, dans le cadre d’une réorganisation du dispositif de gestion des migrants.
En appelant à un débat continental, Pretoria cherche désormais à déplacer le centre de gravité des discussions. Pour les autorités sud-africaines, la crise migratoire ne peut être résolue par les seules expulsions ou le renforcement des frontières. Elle exige une coopération politique plus large entre les États africains afin de traiter les causes profondes des migrations et d’éviter que les tensions observées en Afrique du Sud ne se reproduisent ailleurs sur le continent.
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Reve NGOUL-ALY


