SONOCO au Gabon : le pari de la souveraineté alimentaire face aux importations massives de poulets

Line MINDZE

Reçu mardi 9 juin par le président de la République, le groupe panafricain SONOCO a présenté un ambitieux projet de développement de la filière avicole au Gabon. Derrière cette annonce, c’est toute la stratégie gouvernementale de souveraineté alimentaire qui se joue. Le pays peut-il réellement produire suffisamment de poulets pour réduire sa dépendance aux importations dès 2027 ?

 

Un marché largement dépendant des importations

Depuis plusieurs années, la consommation de viande de volaille progresse au Gabon sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation. Pour répondre à cette demande, le pays continue de recourir massivement aux importations, principalement en provenance d’Europe, du Brésil et d’autres marchés internationaux. Cette dépendance expose le marché gabonais aux fluctuations des prix mondiaux, aux perturbations logistiques et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Les crises successives observées depuis la pandémie de Covid-19 ont mis en évidence la vulnérabilité de nombreux pays africains dépendants des importations alimentaires.

L’objectif affiché : produire localement

souveraineté alimentaire

Le gouvernement gabonais a fait de la souveraineté alimentaire l’un des axes majeurs de sa politique économique. Dans cette perspective, les autorités ont multiplié les annonces en faveur du développement des filières agricoles et agro-industrielles, notamment dans l’aviculture. L’arrivée d’un acteur comme SONOCO pourrait accélérer cette dynamique en apportant des capacités de production, un savoir-faire industriel et des investissements structurants. Selon les premières indications communiquées par le groupe, le projet ambitionne d’atteindre à terme une production de plusieurs millions de poulets par an et de générer de nombreux emplois directs et indirects.

15 millions de poulets par an : le pari du guinéen SONOCO pour le Gabon

L’ambition affichée par le groupe panafricain SONOCO est à la mesure des défis alimentaires du Gabon. Présenté au président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema le 9 juin dernier, le projet prévoit la mise en place d’une filière avicole intégrée capable de produire jusqu’à 15 millions de poulets de chair par an. Pour atteindre cet objectif, l’entreprise entend déployer l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur : fabrication d’aliments pour volailles, couvoirs, fermes d’élevage, infrastructures d’abattage et unités de transformation. Au-delà des volumes annoncés, le projet vise à répondre à une problématique stratégique : la forte dépendance du Gabon aux importations de produits avicoles. Dans un contexte marqué par la hausse des coûts alimentaires et les perturbations régulières des chaînes d’approvisionnement mondiales, les autorités cherchent à renforcer la production locale afin d’améliorer la sécurité alimentaire du pays. Si les capacités annoncées sont effectivement atteintes, SONOCO pourrait devenir l’un des principaux acteurs de l’industrie avicole en Afrique centrale et contribuer significativement à l’objectif gouvernemental de réduction des importations de volaille à l’horizon 2027. Reste désormais à connaître les détails du projet, notamment le montant des investissements, le calendrier de déploiement, les sites d’implantation et les retombées attendues en matière d’emplois et de création de valeur pour l’économie gabonaise.

Des retombées économiques attendues

Si le projet se concrétise, ses effets pourraient dépasser le seul secteur avicole. Le développement d’une filière intégrée favoriserait l’émergence d’activités connexes dans la production de maïs, de soja, dans la logistique, le transport, la distribution ou encore la transformation agroalimentaire. Pour le Gabon, l’enjeu est également budgétaire. Réduire les importations alimentaires permettrait de limiter les sorties de devises et de renforcer la création de valeur sur le territoire national. Cette stratégie répond à une préoccupation croissante de nombreux États africains confrontés à la hausse de leurs factures alimentaires.

Des défis à relever

La réussite d’un tel projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs. La disponibilité du foncier, l’accès à l’énergie, la qualité des infrastructures logistiques, le financement des producteurs locaux et la sécurisation des approvisionnements en matières premières constituent autant de défis à surmonter. La question du coût final pour les consommateurs sera également déterminante. Produire localement ne garantit pas automatiquement des prix plus compétitifs si les coûts de production restent élevés. Enfin, les observateurs attendent davantage de précisions sur le montant exact des investissements annoncés, le calendrier de réalisation ainsi que les engagements pris par les différentes parties.

Une étape importante dans la diversification économique

À travers ce projet, le Gabon cherche à démontrer que la diversification économique peut désormais se traduire par des investissements concrets dans les secteurs productifs. Après les ambitions affichées dans les mines, le numérique ou la transformation du bois, l’agro-industrie apparaît de plus en plus comme un levier stratégique pour renforcer la résilience économique du pays. L’investissement annoncé par SONOCO constitue ainsi un test grandeur nature pour la politique de souveraineté alimentaire portée par les autorités gabonaises.

Line MINDZE

Journaliste 

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