Pourquoi Oligui Nguema se rend-il en Chine ? Industrialisation, emplois, infrastructures et investissements : les retombées attendues pour les Gabonais.

Derrière la portée historique et diplomatique de sa visite à Shanghai, le déplacement du président de la République en Chine pose une question essentielle : comment transformer un partenariat international en opportunités économiques et sociales pour les Gabonais ? Entre industrialisation, transformation locale des matières premières, infrastructures et création d’emplois, Libreville cherche à tirer les enseignements du modèle chinois pour accélérer sa propre transformation économique.
Le président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est rendu ce mercredi 4 novembre 2026 au Mémorial du Premier Congrès national du Parti communiste chinois, à Shanghai. Un lieu hautement symbolique où s’est tenu, en juillet 1921, le premier congrès du Parti communiste chinois, considéré comme un événement fondateur de l’histoire politique contemporaine de la Chine.
Au-delà de la dimension historique de cette visite, le déplacement du chef de l’État revêt un intérêt particulier pour le Gabon. Il intervient dans un contexte où les autorités gabonaises affichent leur ambition de transformer structurellement l’économie nationale, en passant progressivement d’un modèle largement fondé sur l’exploitation et l’exportation des matières premières à une économie davantage tournée vers la production, la transformation locale et la création de valeur ajoutée.
Pour comprendre l’intérêt de cette démarche, il faut regarder ce que représente aujourd’hui la Chine. En quelques décennies, le pays asiatique s’est imposé comme une puissance industrielle et technologique mondiale. Son développement repose notamment sur la planification économique, les investissements dans les infrastructures, la modernisation de son appareil productif, la formation de sa main-d’œuvre et le développement de ses capacités industrielles.
C’est précisément sur ces leviers que le Gabon entend progresser. Depuis le 30 août 2023, la transformation économique figure parmi les grandes orientations affichées par les autorités de la Transition, puis de la nouvelle République. Dans cette perspective, l’expérience chinoise constitue une source d’enseignements, mais également une opportunité de coopération technique, industrielle et financière.
Du manganèse brut à la richesse produite localement
L’un des enjeux majeurs pour le Gabon demeure la transformation de ses ressources naturelles. Le manganèse, le bois et les autres matières premières représentent des richesses considérables, mais leur exploitation ne garantit pas automatiquement des retombées économiques suffisantes pour les populations.
L’ambition consiste désormais à développer davantage d’activités industrielles sur le territoire national. La sollicitation de l’expertise chinoise pour accompagner la transformation locale du manganèse, évoquée lors des échanges entre le président gabonais et le maire de Shanghai, Zhu Zhongming, le 3 novembre, illustre cette orientation.
Concrètement, développer des unités de transformation au Gabon pourrait permettre de créer de nouveaux emplois, de renforcer les compétences des travailleurs nationaux, de développer la sous-traitance locale et de générer davantage de recettes fiscales. Pour les jeunes Gabonais, cela pourrait se traduire par de nouvelles perspectives professionnelles dans les métiers de l’industrie, de la maintenance, de l’ingénierie et de la logistique.
Des infrastructures qui doivent améliorer la vie quotidienne
L’intérêt de ce déplacement concerne également les infrastructures. L’expérience chinoise en matière de construction, de transport, d’aménagement urbain et de développement industriel peut contribuer à accompagner les ambitions gabonaises dans ces domaines.
Routes, logements, équipements collectifs, infrastructures énergétiques et installations industrielles constituent autant de leviers susceptibles d’améliorer les conditions de vie et de soutenir l’activité économique.
Des projets évoqués dans le cadre de la coopération sino-gabonaise, comme la construction de 500 logements dans la zone dite des Neuf Provinces et l’implantation envisagée d’une cimenterie, illustrent les possibilités de ce partenariat. Leur concrétisation pourrait contribuer à renforcer l’offre de logements, à développer la production nationale de matériaux de construction et à soutenir l’emploi.
Pour les ménages, l’enjeu est donc très concret : disposer de logements accessibles, bénéficier de meilleures infrastructures et voir se développer des activités économiques capables de créer des revenus durables.
Attirer les investissements pour créer des emplois
Autre dimension importante : l’attractivité économique. La Chine représente un partenaire commercial majeur pour le Gabon. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 3,94 milliards de dollars en 2025, selon les chiffres communiqués par la Présidence de la République.
Mais au-delà du volume des échanges, le véritable enjeu est désormais de mieux orienter les investissements vers les secteurs productifs. L’objectif n’est pas uniquement de faciliter l’importation de marchandises chinoises, mais aussi d’attirer des entreprises capables de produire au Gabon, d’y installer des unités industrielles et d’y former des travailleurs.
La participation du Gabon, pour la première fois avec un pavillon national, à la 9e Exposition internationale d’importation de Chine, organisée à Shanghai du 5 au 10 novembre, s’inscrit également dans cette logique. Elle offre une vitrine aux produits et au potentiel économique gabonais, tout en permettant de rechercher de nouveaux débouchés commerciaux et des partenaires d’affaires.
L’agriculture, la pêche, l’intelligence artificielle et l’écotourisme figurent également parmi les secteurs identifiés pour approfondir la coopération entre les deux parties. Autant de domaines dans lesquels le Gabon pourrait diversifier son économie et réduire progressivement sa dépendance aux activités extractives.
Un voyage qui devra se mesurer à ses résultats
Pour autant, l’intérêt d’une telle visite présidentielle ne saurait être évalué uniquement à travers les rencontres diplomatiques, les cérémonies officielles ou les déclarations d’intention. Pour les Gabonais, la véritable mesure de son succès résidera dans les réalisations qui en découleront.
Les investissements annoncés devront se concrétiser. Les projets industriels devront effectivement sortir de terre. Les entreprises installées devront contribuer à l’emploi local et au transfert de compétences. Les partenariats devront également garantir une place aux entreprises gabonaises dans les chaînes de production et de sous-traitance.
C’est à cette condition que la coopération sino-gabonaise pourra dépasser le cadre des relations diplomatiques pour devenir un véritable instrument de développement économique et social.
En se rendant en Chine, Brice Clotaire Oligui Nguema ne cherche donc pas uniquement à découvrir l’histoire et le parcours d’un pays devenu une puissance mondiale. Il s’agit aussi de rechercher des leviers susceptibles d’accompagner les ambitions économiques du Gabon. Car, au bout du compte, ce qui importe pour le citoyen n’est pas seulement de savoir avec quels pays son président entretient des relations privilégiées, mais ce que ces relations peuvent apporter à son quotidien : un emploi, un logement, de meilleures infrastructures, des produits locaux plus compétitifs et davantage d’opportunités pour la jeunesse.
La réussite de ce déplacement se jugera ainsi à sa capacité à transformer les relations entre Libreville et Pékin en investissements concrets, en richesses produites au Gabon et en progrès perceptibles pour les populations.
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Reve Ngoul-aly


