Les perceptions des Gabonais sur les puissances étrangères ont radicalement changé. Selon les résultats de la dernière enquête d’Afrobarometer publiés ce mois d’août 2026, 78 % des Gabonais jugent désormais négativement l’influence de la France sur leur pays, un chiffre saisissant qui traduit une rupture profonde dans l’opinion publique gabonaise vis-à-vis de l’ancien partenaire historique.
Un rejet massif de la France, une adhésion croissante à la Chine
78 % des Gabonais jugent désormais négativement l’influence de la France, contre seulement 20 % d’avis favorables. À l’inverse, la Chine recueille 61 % d’opinions positives, devant l’Union africaine à 60 %, les États-Unis à 47 % et la Russie à 43 %. Un classement qui recompose entièrement la carte des préférences diplomatiques dans l’opinion gabonaise.
Un tournant historique dans les relations franco-gabonaises
Ces chiffres interviennent dans un contexte particulier : celui d’un Gabon en pleine redéfinition de ses alliances stratégiques depuis le 30 août 2023, et d’une visite d’État du président Oligui Nguema à Paris fin juillet 2026, où il avait été accueilli avec les honneurs de la Garde républicaine française. Cette visite avait pour ambition de « réaffirmer » les liens historiques entre les deux capitales, dans un contexte de refroidissement diplomatique post-coup d’État. Mais les données d’Afrobarometer semblent indiquer que cette diplomatie de façade ne suffit pas à inverser une tendance lourde de l’opinion publique.
La Chine, première puissance étrangère dans le cœur des Gabonais
Avec 61 % d’opinions positives, la Chine s’affirme désormais comme la puissance étrangère la mieux perçue par les Gabonais, devant l’Union africaine elle-même. Cette adhésion n’est pas fortuite : elle s’explique par des années d’investissements chinois visibles — routes, bâtiments publics, infrastructures sanitaires — qui ont créé une image de partenaire concret et non condescendant, tranchant avec la perception d’une France jugée trop interventionniste et trop attachée à ses intérêts historiques.
Un signal que les autorités gabonaises ne peuvent ignorer
Ces données d’Afrobarometer, collectées auprès d’un échantillon représentatif de la population gabonaise, ne constituent pas une simple curiosité statistique. Elles envoient un message politique clair aux autorités de Libreville : si la diplomatie officielle cherche à ménager les partenariats occidentaux, l’opinion publique, elle, a déjà choisi son camp. Un déséquilibre que le gouvernement gabonais devra tôt ou tard prendre en compte dans la définition de sa politique étrangère, sous peine d’un décalage croissant entre les orientations officielles et les aspirations des populations.
La France face à un défi continental de perception
Le Gabon n’est pas un cas isolé. Ce rejet massif de l’influence française s’inscrit dans une tendance plus large observée à travers l’Afrique francophone, de la Côte d’Ivoire au Sénégal en passant par le Cameroun, où la présence française est de plus en plus questionnée dans le débat public. Paris tente de répondre à ce défi par une refonte de sa politique africaine annoncée en 2023, mais les résultats restent encore insuffisants pour inverser une dynamique d’opinion qui s’est construite sur plusieurs décennies.
Marie Celine AKANDA
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