Longtemps mesurée à l’aune des volumes de minerai exportés, la performance du secteur minier est désormais évaluée à sa capacité à créer davantage de valeur sur le territoire national. À travers sa politique de contenu local (« local content »), Comilog met en avant une intégration croissante des entreprises gabonaises dans sa chaîne d’approvisionnement. Une évolution qui soulève une question centrale : le contenu local peut-il devenir un véritable moteur de diversification économique pour le Gabon ?

Le contenu local, un changement de modèle économique
Le concept de contenu local ne consiste plus uniquement à exploiter les ressources naturelles. Il vise à faire en sorte qu’une part croissante des richesses générées par l’activité minière profite directement aux entreprises nationales, aux travailleurs gabonais, aux territoires et aux communautés locales. Dans cette logique, Comilog indique travailler avec 780 fournisseurs et prestataires, dont 74 % sont des entreprises de droit gabonais. L’entreprise précise également que 37 % de ses achats sont réalisés localement, soit près de 56,8 milliards de FCFA injectés chaque année dans l’économie nationale, tout en soutenant plus de 3 000 emplois directs chez ses sous-traitants.
Au-delà des chiffres, la montée en compétence des PME
Le véritable enjeu du contenu local dépasse les statistiques d’achats. Pour les autorités comme pour les opérateurs miniers, il s’agit désormais de permettre aux PME gabonaises de développer des compétences techniques, d’accéder aux marchés industriels et de devenir progressivement des partenaires capables de répondre aux exigences du secteur minier. Cette montée en compétence pourrait également bénéficier à d’autres secteurs de l’économie, notamment les infrastructures, la logistique, les services industriels ou encore les nouvelles technologies.
Transformer la richesse minière sur le territoire
Le Gabon poursuit depuis plusieurs années une stratégie visant à accroître la transformation locale de ses ressources naturelles. Dans cette dynamique, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé en 2025 l’interdiction progressive de l’exportation du manganèse brut à partir de 2029, afin d’encourager davantage de transformation industrielle sur le territoire national. Le développement du contenu local apparaît ainsi comme un complément indispensable à cette politique industrielle.
Un levier pour diversifier l’économie
Dans un contexte marqué par la volonté de réduire la dépendance aux matières premières, le secteur minier est appelé à devenir un catalyseur du développement économique. L’intégration des entreprises locales dans les chaînes de valeur peut favoriser la création d’emplois qualifiés, renforcer le tissu industriel national et stimuler l’entrepreneuriat. Le groupe Eramet souligne d’ailleurs avoir renforcé sa contribution à l’économie gabonaise en 2025 à travers ses filiales Comilog et Setrag, notamment par les achats locaux, la sous-traitance, les recettes fiscales et l’emploi.
Le défi de la durabilité
Si les résultats annoncés témoignent d’une progression, plusieurs défis demeurent. Le contenu local ne pourra produire tous ses effets que si les entreprises gabonaises disposent d’un accès facilité au financement, à la formation, aux technologies et aux marchés. La pérennité de cette politique dépendra également de la capacité à renforcer les compétences locales afin que les entreprises nationales puissent intervenir sur des activités à plus forte valeur ajoutée.
Le contenu local s’impose progressivement comme l’un des principaux indicateurs de la transformation économique du secteur minier gabonais. Les chiffres avancés par Comilog traduisent une volonté d’accroître la participation des entreprises nationales à la création de richesse. Mais le véritable succès de cette stratégie se mesurera moins au volume des achats locaux qu’à la capacité du Gabon à bâtir un tissu industriel compétitif, créateur d’emplois qualifiés et capable d’accompagner durablement la diversification de son économie.
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Rebecca FUNDI


