Le FMI presse l’État Gabonais de moderniser la Sogara pour réduire la dépendance au carburant importé

ONASIA MABITI

Moderniser la Sogara est devenu un impératif que le Fonds monétaire international  »FMI » ne cesse de rappeler à l’État gabonais, alors que le pays reste structurellement dépendant des importations de carburants malgré son statut de producteur de pétrole. À l’approche des discussions autour d’un programme d’appui financier, la question de la raffinerie unique du Gabon revient régulièrement sur la table des bailleurs internationaux.

Une dépendance paradoxale aux importations de carburant

Le Gabon produit environ 200 000 barils de pétrole par jour et figure parmi les membres de l’OPEP, mais sa seule raffinerie, la Société gabonaise de raffinage (Sogara), basée à Port-Gentil depuis 1967, ne couvre qu’environ 28 % de la demande nationale en carburants. Conséquence directe : près de 72 % des besoins du pays doivent être importés, à des prix indexés sur le Brent, ce qui expose l’économie gabonaise aux fluctuations des cours mondiaux et pèse lourdement sur la balance commerciale comme sur les finances publiques via les mécanismes de subvention.

Le FMI, un partenaire qui insiste sur la transparence de la Sogara

Le Gabon a officiellement demandé un programme du FMI en mars 2026, dans un contexte de dette publique élevée, estimée par Fitch à plus de 81 % du PIB en 2025. Dans ce cadre, la Sogara figure parmi les entreprises publiques stratégiques dont les comptes doivent être audités pour davantage de transparence, aux côtés de la Gabon Oil Company, de la Caisse des dépôts et consignations et du fonds souverain FGIS. Le Fonds s’était déjà engagé, lors de précédents cycles de discussions, à pousser Libreville vers une recapitalisation de la raffinerie par des investisseurs privés et une réduction progressive des subventions publiques à son fonctionnement.

SOGARA

Plusieurs chantiers de modernisation déjà engagés

Face à cette pression, l’État gabonais n’est pas resté inactif. En avril 2026, le groupe français Technip Energies a signé deux contrats d’ingénierie d’avant-projet détaillée avec la Sogara : le premier vise à « dégoulotter » les unités existantes avec une nouvelle unité d’adoucissement du kérosène et quatre capacités de stockage supplémentaires, tandis que le second porte sur la construction d’un complexe d’hydrocraquage modulaire, destiné à produire des carburants aux normes environnementales les plus strictes du continent. Par ailleurs, un partenariat a été noué avec le groupe chinois CABC pour tripler la capacité nationale de raffinage d’ici 2030, avec un objectif de réhabilitation de l’unité de Port-Gentil dès 2027. Un accord distinct avec le chinois CRBC vise également la construction d’une seconde raffinerie, censée créer plus de 20 000 emplois pendant sa phase de mise en œuvre.

Un enjeu de souveraineté énergétique autant que budgétaire

Pour les autorités gabonaises, moderniser la Sogara ne relève pas seulement d’une logique industrielle : c’est un enjeu de souveraineté énergétique. Réduire la facture d’importation de produits raffinés permettrait de limiter l’exposition du budget national aux chocs pétroliers et d’alléger le poids des subventions, qui représentaient encore près de 110 milliards de FCFA par an avant la réforme partielle engagée en 2026. Reste que les précédents de la raffinerie avec pertes financières récurrentes, capacité sous-exploitée, projets d’expansion plusieurs fois annoncés puis retardés, invitent à la prudence quant au calendrier réel de cette transformation, que les bailleurs internationaux comme le FMI continueront très certainement de surveiller de près.

 

Marie Celine AKANDA

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