Affaire Uranium :une vaste enquête internationale publiée par Lighthouse Reports, en partenariat avec le Financial Times, Le Monde et plusieurs chercheurs universitaires, affirme que près de 2 000 tonnes d’uranium naturel auraient quitté clandestinement la République démocratique du Congo à destination de la Chine entre 2000 et 2024. Une révélation qui secoue les milieux diplomatiques et miniers, alors que Kinshasa ne déclare officiellement aucune production d’uranium depuis plusieurs décennies.
Une enquête aux conclusions explosives
L’enquête, rendue publique le 30 juillet, s’appuie sur des analyses scientifiques, des documents internes, des données commerciales et des témoignages recueillis durant plusieurs mois. Les auteurs estiment que l’uranium aurait transité de manière non déclarée au sein de cargaisons d’hydroxyde de cobalt exportées vers la Chine, échappant ainsi aux mécanismes internationaux de surveillance.
Selon les enquêteurs, ces exportations représenteraient l’équivalent d’environ 2 000 tonnes d’uranium naturel, voire davantage selon certaines estimations, dont une faible partie seulement aurait été déclarée auprès des organismes internationaux compétents.
La mine de Shinkolobwe de nouveau au centre des interrogations
Cette affaire ravive le souvenir de Shinkolobwe, l’une des mines d’uranium les plus célèbres au monde. Située dans l’ancienne province du Katanga, cette mine a fourni l’uranium utilisé dans le cadre du Projet Manhattan, qui a conduit à la fabrication de la première bombe atomique américaine durant la Seconde Guerre mondiale.
Bien que le site soit officiellement fermé depuis plusieurs décennies pour l’exploitation de l’uranium, il demeure riche en cobalt, cuivre et autres minerais stratégiques. Plusieurs rapports ont déjà évoqué par le passé des activités minières artisanales et des risques de trafics autour de cette région.
Pourquoi la Chine est-elle citée ?
La Chine est aujourd’hui le principal acheteur mondial de cobalt congolais, un minerai indispensable à la fabrication des batteries destinées aux véhicules électriques et aux appareils électroniques.
L’enquête avance que l’uranium ne serait pas exporté sous forme de minerai pur, mais qu’il se retrouverait mélangé à certaines cargaisons d’hydroxyde de cobalt issues de plusieurs sites miniers congolais avant leur expédition vers des raffineries chinoises. Cette hypothèse expliquerait pourquoi ces quantités d’uranium n’apparaîtraient pas dans les statistiques officielles des exportations minières.

Les entreprises mises en cause contestent les conclusions
Le groupe minier chinois CMOC, propriétaire de la mine de Tenke Fungurume, a rejeté les conclusions de l’enquête. L’entreprise affirme que l’ensemble de sa production respecte les normes congolaises ainsi que les exigences internationales concernant la teneur en uranium du cobalt commercialisé.
Selon CMOC, aucun lot exporté n’aurait dépassé les seuils réglementaires autorisés et aucun client n’aurait signalé d’anomalie liée à la radioactivité des cargaisons.
Une question qui dépasse le simple cadre économique
Si les conclusions de cette enquête venaient à être confirmées par des investigations officielles, leurs implications seraient considérables. L’uranium est une matière stratégique utilisée dans l’industrie nucléaire civile, mais également susceptible d’être employée dans certains programmes militaires lorsqu’il est enrichi.
Le commerce international de cette ressource est donc soumis à des règles particulièrement strictes ainsi qu’au contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Toute exportation non déclarée pourrait soulever des questions de sécurité internationale.
Kinshasa face à un défi de transparence
Au-delà de l’aspect géopolitique, cette enquête remet sur le devant de la scène la gouvernance des ressources minières congolaises. De nombreuses organisations de la société civile réclament depuis plusieurs années un meilleur contrôle des filières d’exportation, une plus grande transparence des contrats miniers et un renforcement des mécanismes de traçabilité.
La République démocratique du Congo possède certaines des plus importantes réserves mondiales de minerais stratégiques. Pour de nombreux observateurs, la crédibilité du secteur minier dépend désormais de la capacité des autorités à faire toute la lumière sur ces nouvelles révélations.
Une affaire qui pourrait avoir des répercussions internationales
Les conclusions de cette enquête sont déjà largement relayées par plusieurs médias internationaux et alimentent un débat croissant sur la sécurité des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques.
Si aucune autorité judiciaire ou internationale n’a encore confirmé officiellement les faits avancés par les enquêteurs, ces révélations pourraient conduire à l’ouverture de nouvelles investigations et à un renforcement des contrôles sur les exportations minières en provenance de la République démocratique du Congo. Une affaire qui pourrait bien marquer un tournant dans la gouvernance des ressources naturelles africaines.
Marie Celine AKANDA
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