Journée mondiale des éléphants 2026 : au Gabon, cohabiter avec le pachyderme est devenu un vrai défi

Marie Celine AKANDA

La Journée mondiale des éléphants, célébrée chaque 12 août, met à l’honneur une espèce essentielle à l’équilibre de nombreux écosystèmes d’Afrique et d’Asie. Pour l’année 2026, le thème retenu est « Bringing the world together to help elephants »  soit « Rassembler le monde pour aider les éléphants ». Une ambition universelle qui résonne différemment au Gabon, premier pays d’Afrique centrale pour sa population d’éléphants de forêt, et où la cohabitation entre humains et pachydermes est devenue un enjeu concret, quotidien et parfois douloureux.

Le Gabon, sanctuaire mondial de l’éléphant de forêt

Le Gabon abrite près de 95 000 éléphants de forêt, soit environ 60 à 65 % de la population mondiale de cette sous-espèce. Une richesse écologique exceptionnelle, protégée par une politique de conservation volontariste, notamment l’interdiction du commerce d’ivoire et la création d’un réseau de treize parcs nationaux couvrant 11 % du territoire. Pour parvenir à sauver le plus grand mammifère terrestre, il faut protéger son habitat naturel, mettre un terme au braconnage et aux trafics associés, soutenir les communautés concernées par les conflits entre l’homme et l’éléphant, et faire cesser la demande d’ivoire. Le Gabon a largement engagé cette voie , mais malgré le succès même de sa politique de conservation crée aujourd’hui une nouvelle problématique.

Un succès qui génère de nouvelles tensionspachyderme

Paradoxe du succès : la croissance des populations d’éléphants au Gabon entraîne une expansion croissante de leurs territoires, qui empiètent désormais sur les zones agricoles et les périphéries des villages. Les agriculteurs de plusieurs provinces comme  Ogooué-Ivindo, Woleu-Ntem, Ngounié eux témoignent régulièrement de plantations dévastées, de cultures de manioc, de bananiers et de cacaoyers détruites en quelques heures par des groupes de pachydermes. Des maisons ont également été endommagées lors d’incursions nocturnes dans des zones habitées. Des victimes humaines ont parfois été recensées lors de confrontations directes avec des animaux affolés ou blessés.

Une cohabitation à réinventer

Face à cette réalité, plusieurs pistes sont explorées au Gabon et dans les pays confrontés aux mêmes défis. La première est la mise en place de « corridors écologiques » permettant aux éléphants de se déplacer sans traverser les zones agricoles. La deuxième consiste en l’utilisation de répulsifs naturels, notamment à base de piments forts dont les éléphants ont horreur, placés en bordure des champs. La troisième est le développement de ruches comme barrières naturelles là les éléphants fuient instinctivement le bourdonnement des abeilles. Enfin, des systèmes d’alerte communautaire, permettant aux agriculteurs d’être prévenus à temps de l’arrivée d’un troupeau, sont progressivement déployés avec le soutien des parcs nationaux.

Un équilibre fragile à préserver

Au cours des 50 dernières années, l’aire de répartition des éléphants a diminué de plus de 50 % à l’échelle mondiale. Il ne reste que 400 000 éléphants d’Afrique. Dans ce contexte, le Gabon représente un modèle de conservation rare et précieux. Mais ce modèle ne sera durable que si les populations riveraines des parcs et des forêts y trouvent leur compte , Bien entendue en étant protégées des dégâts, indemnisées équitablement, et associées à la gestion des territoires qu’elles partagent, bon gré mal gré, avec les plus grands mammifères terrestres du monde.

Marie Celine AKANDA

Suivez-nous sur facebook

Retrouvez tous nos articles ici

Ne manquez plus
l'essentiel de l'actualité

Recevez chaque jour les dernières informations, analyses et tendances directement dans votre boîte mail.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Share This Article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *