Budget 2027 de l’Assemblée nationale : 31 milliards de FCFA pour quel retour sur investissement citoyen ?

Dorina MBA
Assemblée nationale du Gabon - Budget 2027 et masse salariale

Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2027 au Gabon, l’Assemblée nationale prévoit un budget global de 31,03 milliards de FCFA en hausse de 43,8 %, marqué par l’envolée de sa masse salariale à 9,20 milliards de FCFA et de ses dépenses de fonctionnement, tandis que les investissements restent bloqués à 2 milliards de FCFA, suscitant ainsi des interrogations sur la redevabilité de l’institution parlementaire.

 

L’examen détaillé du projet de loi de finances pour l’exercice 2027 met en évidence une réallocation spectaculaire des ressources publiques en faveur du fonctionnement interne de la chambre basse du Parlement. Alors que le budget global de l’institution s’accroît de 9,46 milliards de FCFA pour atteindre la barre des 31,03 milliards de FCFA, l’analyse des différents postes comptables montre que l’essentiel de cette rallonge est capté par la masse salariale et les dépenses opérationnelles. La masse salariale enregistre en effet un bond de 47,4 %, grimpant de 6,25 milliards de FCFA à 9,20 milliards de FCFA en l’espace d’une seule année. Parallèlement, l’enveloppe réservée à l’achat de biens et de services connaît une progression encore plus soutenue de 55,7 %, passant de 11,01 milliards à 17,15 milliards de FCFA, représentant ainsi plus de la moitié des ressources totales attribuées à l’Assemblée nationale. Combinées, ces dépenses de personnel et de fonctionnement administratif s’élèvent à 26,35 milliards de FCFA, soit près de 85 % du budget global alloué pour 2027.

 

À l’opposé de cette envolée budgétaire consacrée aux charges récurrentes et aux frais de gestion, les crédits affectés aux investissements demeurent figés à 2 milliards de FCFA, sans la moindre revalorisation par rapport à l’exercice 2026. Cette stagnation des dépenses de capital interpelle alors que les pouvoirs publics s’engagent dans la mise en place des structures de la Ve République et que l’urgence réside dans l’optimisation des outils de travail institutionnels. En absorbant à elle seule près du tiers de l’augmentation budgétaire totale de l’institution, la masse salariale soulève la question de l’équilibre financier au sein de la fonction publique parlementaire. Même si le document officiel mentionne un effectif global de 629 personnes, ce qui équivaut théoriquement à une moyenne comptable annuelle de 14,63 millions de FCFA par agent, l’absence de ventilation précise entre les salaires de base, les diverses indemnités, les primes ou les avantages spécifiques accordés aux collaborateurs empêche d’évaluer la pertinence réelle de ces coûts d’exploitation.

 

Ce déséquilibre structurel entre la forte expansion du train de vie administratif et le gel des investissements remet directement en cause la notion d’efficacité et de redevabilité des deniers publics. Dans un contexte macroéconomique où l’État prône la maîtrise rigoureuse des finances et la rationalisation des dépenses publiques, l’incapacité à documenter les motivations réelles d’une telle augmentation de charge pose un problème central de transparence. Sans justification claire sur la création de nouveaux postes, sur d’éventuelles revalorisations statutaires ou sur l’amélioration concrète des moyens de contrôle de l’action gouvernementale, cette hausse massive risque d’être perçue comme un simple alourdissement de la machine institutionnelle. Les parlementaires devront ainsi apporter des réponses claires durant les débats budgétaires afin de démontrer aux citoyens que ces milliards de FCFA supplémentaires traduisent une réelle plus-value dans l’exercice de leur mission législative et non une simple expansion des frais de fonctionnement de leur chambre.

 

Dorina MBA

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