La crise que traverse AGROPAG et les changements de gouvernance interrogent la capacité du Gabon à atteindre ses ambitions agricoles .

Présentée comme l’un des projets phares de la stratégie de diversification économique du Gabon, la Société agropastorale du Gabon (AGROPAG) devait incarner une nouvelle étape dans la quête de la souveraineté alimentaire. L’entreprise s’était vu confier une mission ambitieuse : réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires, développer une production locale capable de répondre aux besoins des populations, créer des emplois en milieu rural et poser les bases d’une agriculture moderne. Mais quelques mois après son lancement, les turbulences qui secouent sa gouvernance, marquées notamment par la démission de son président du conseil d’administration, Raymond Ndong Sima, relancent les interrogations sur la capacité de l’entreprise à respecter le calendrier annoncé.
Le défi fixé à AGROPAG est considérable. Le projet prévoit le développement de plusieurs filières stratégiques, notamment l’aviculture, la production d’œufs, l’élevage bovin destiné à la filière laitière, le maraîchage ainsi que la pisciculture. Des fermes intégrées devaient progressivement être déployées dans différentes provinces afin d’assurer un approvisionnement régulier des marchés gabonais tout en réduisant la facture des importations. À plus long terme, l’ambition affichée est de faire du Gabon un exportateur net de produits agricoles à l’horizon 2035.
Au-delà de ces objectifs économiques, AGROPAG est également présentée comme un instrument de lutte contre la vie chère. En augmentant la production nationale, le gouvernement espère stabiliser les prix des denrées alimentaires de première nécessité et limiter les effets des fluctuations des marchés internationaux sur le pouvoir d’achat des ménages gabonais. Le projet porte également une dimension sociale importante à travers la création d’emplois, la formation de jeunes entrepreneurs agricoles et la transformation locale des matières premières afin de générer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Mais les difficultés rencontrées ces derniers mois invitent désormais à une lecture plus prudente de ces ambitions. Les changements intervenus au sein de la gouvernance de l’entreprise, ajoutés aux interrogations exprimées sur son organisation et son rythme de déploiement, interviennent alors que plusieurs échéances importantes approchent. Dans ce contexte, certains observateurs estiment que le défi n’est plus seulement de lancer les différentes activités prévues, mais de maintenir une dynamique suffisamment forte pour respecter les objectifs annoncés.
Sur le plan économique, plusieurs spécialistes rappellent que la souveraineté alimentaire ne se décrète pas et qu’elle repose sur un ensemble de facteurs qui dépassent largement la seule création d’une société publique. Construire des infrastructures agricoles, développer des élevages, sécuriser les approvisionnements en aliments pour bétail, former les producteurs, organiser les réseaux de distribution et garantir des débouchés commerciaux sont autant d’étapes qui nécessitent du temps, des investissements continus et une gouvernance stable. Même dans des pays disposant d’importants moyens financiers, la transformation structurelle du secteur agricole s’étale généralement sur plusieurs années.
Dans ces conditions, la perspective d’atteindre dès janvier 2027 les premiers résultats annoncés apparaît aujourd’hui plus incertaine qu’au moment du lancement du projet. Cela ne signifie pas que les objectifs sont devenus impossibles, mais les difficultés actuelles pourraient ralentir leur mise en œuvre si elles persistent. À l’inverse, un retour rapide à une gouvernance stabilisée, accompagné d’investissements soutenus et d’une accélération des chantiers sur le terrain, permettrait encore de préserver une partie du calendrier initial.
Pour de nombreux économistes, le véritable indicateur de réussite ne résidera pas uniquement dans les annonces institutionnelles, mais dans la capacité d’AGROPAG à produire des résultats mesurables : une augmentation de la production locale, une baisse progressive des importations alimentaires, une meilleure disponibilité des produits sur les marchés et une réduction durable des prix pour les consommateurs. C’est à cette aune que sera jugée la crédibilité de ce projet présenté comme l’un des piliers de la transformation économique du Gabon.
Plus qu’une entreprise publique, AGROPAG est devenue un symbole des ambitions du pays en matière de souveraineté alimentaire. La crise qu’elle traverse aujourd’hui rappelle toutefois qu’un projet de cette ampleur ne se mesure pas seulement à ses promesses, mais aussi à sa capacité à résister aux changements de gouvernance et à maintenir le cap dans la durée. Les prochains mois seront donc déterminants pour savoir si cette ambition peut encore se traduire en résultats concrets ou si les échéances annoncées devront être revues à la lumière des réalités du terrain.
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Reve NGOUL-ALY


