Les conflits au Sahel atteignent un niveau de violence inédit en 2026. L’ONU tire ce lundi 16 juin la sonnette d’alarme sur l’aggravation dramatique de la crise sécuritaire au Mali, au Burkina Faso et au Niger, trois pays qui s’enfoncent dans une spirale de violence jihadiste, de déplacements massifs de populations et d’isolement diplomatique croissant.

L’alerte de l’ONU : un « dangereux point de basculement »
Ce lundi 15 juin 2026, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un avertissement sans ambiguïté : la région du Sahel central se trouve à « un dangereux point de basculement ». La multiplication des attaques de groupes extrémistes, les violences contre les civils et les accusations d’atteintes aux droits humains dessinent un tableau alarmant pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger. En 2025 seulement, l’ONU avait déjà recensé plus de 3 700 incidents sécuritaires causant près de 9 400 morts dans la seule région du Sahel central.
Le JNIM et l’État islamique : deux ennemis qui avancent
Deux organisations jihadistes dominent le paysage sécuritaire sahélien. Le JNIM (Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans), affilié à Al-Qaïda, et la Province du Sahel de l’État islamique (ISSP) se livrent une guerre d’influence tout en frappant les populations civiles et les armées nationales. Ces groupes ont considérablement étendu leur zone de contrôle, prenant le contrôle de routes commerciales stratégiques, isolant des communautés entières et s’approchant de plus en plus des capitales. L’attaque du 25 avril 2026 à Bamako en a été l’illustration la plus dramatique.
Mali, Burkina Faso, Niger : trois pays en rupture avec la communauté internationale
Les trois juntes militaires au pouvoir ont officialisé en janvier 2024 leur départ de la CEDEAO pour former la Confédération des États du Sahel (AES). Un choix souverainiste assumé, mais qui a eu un coût : la coopération sécuritaire régionale s’est effondrée, privant ces pays d’une coordination pourtant indispensable face à des groupes armés qui, eux, ne connaissent pas les frontières. Au Burkina Faso, en février 2026, le JNIM avait lancé une série d’attaques coordonnées sur une semaine à travers l’est et le nord du pays. Au Niger, plus de 2 400 personnes ont été tuées dans des violences jihadistes depuis juillet 2023, selon les données de l’ACLED.
L’Alliance des États du Sahel : une réponse autonome mais insuffisante

Face à cette menace, le Mali, le Burkina et le Niger ont annoncé la création d’une force militaire commune de 5 000 soldats dotée de moyens aériens, terrestres et de renseignement. Une réponse autonome qui illustre leur volonté d’écarter les partenaires occidentaux traditionnels France en tête au profit de la Russie et de ses soldats d’Africa Corps. Mais les résultats sur le terrain restent insuffisants : les groupes jihadistes continuent d’élargir leur emprise et de frapper des cibles de plus en plus symboliques.
Les populations civiles, grandes victimes oubliées
Derrière les chiffres et les analyses géopolitiques, une réalité humaine bouleversante : des millions de civils pris en étau entre les groupes armés et les opérations militaires. Des villages entiers désertés, des marchés paralysés par les blocus jihadistes, des enfants privés d’école, des femmes victimes de violences systématiques. L’ONU et les ONG humanitaires alertent sur l’accès de plus en plus difficile aux populations dans le besoin, dans un contexte où certains gouvernements de l’AES ont expulsé ou limité les activités des organisations non gouvernementales.
Quelle sortie de crise possible ?
Les experts s’accordent sur un constat : il n’y a pas de solution purement militaire à la crise sahélienne. La paix durable passe par un retour au dialogue politique, une gouvernance inclusive qui ne laisse pas de pans entiers de la société sur le bord du chemin, et une coopération régionale renforcée. En attendant, le Sahel reste la région du monde où la menace jihadiste connaît la croissance la plus rapide, et ses 50 millions d’habitants en première ligne méritent toute l’attention de la communauté internationale.
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Marie Céline AKANDA


