Croissance, dette, finances publiques, investissements étrangers et diversification économique : les premiers effets des réformes engagées au Gabon se dessinent.

À l’heure où le Gabon cherche à consolider ses équilibres budgétaires tout en accélérant sa diversification économique, les cent premiers jours de l’action gouvernementale offrent les premiers indicateurs d’une stratégie fondée sur la discipline financière, la modernisation de l’administration publique et la restauration de la confiance des investisseurs.
Dans un entretien accordé à L’Union, le ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Minko, a dressé un état des lieux des réformes engagées depuis le début de l’année. Si le membre du gouvernement reconnaît que les défis demeurent considérables, il estime que plusieurs signaux économiques témoignent déjà d’une amélioration progressive des fondamentaux du pays.
Parmi les avancées majeures figure la réforme de la gestion des finances publiques. Le déploiement du Système intégré de gestion des finances publiques (SIGFIP), associé aux plateformes numériques Gabon Connect et TresorPay, marque une étape importante dans la digitalisation de l’administration financière. Ces outils visent à renforcer la traçabilité des flux publics, améliorer le recouvrement des recettes de l’État et optimiser la gestion de la trésorerie nationale.
Sur le plan budgétaire, le gouvernement a engagé une révision de sa politique de dépenses à travers une loi de finances rectificative destinée à préserver les équilibres macroéconomiques. Cette démarche intervient dans un contexte où le service de la dette continue de peser lourdement sur les finances publiques. En 2025, près de 47 % des recettes budgétaires ont été consacrées au remboursement de la dette publique, un niveau qui limite considérablement les capacités d’investissement de l’État.
Malgré ces contraintes, les autorités mettent en avant une amélioration notable de la perception du risque souverain du Gabon. Entre janvier et juin 2026, le spread souverain du pays a enregistré une baisse de près de 44 %, passant de 1 086 à 604 points de base. Cette évolution traduit un regain de confiance des marchés financiers internationaux et confirme la crédibilité retrouvée de la signature gabonaise auprès des investisseurs.
Les perspectives de croissance demeurent également favorables. Après une progression moyenne de 3,7 % du produit intérieur brut hors pétrole sur la période 2024-2025, le gouvernement table sur une croissance de 4,4 % en 2026 et une expansion proche de 5 % par an entre 2027 et 2029. Une dynamique portée notamment par les investissements publics, le développement des infrastructures et la montée en puissance de secteurs productifs hors hydrocarbures.
L’attractivité du Gabon reste par ailleurs un atout majeur. Avec 1,14 milliard de dollars d’investissements directs étrangers captés en 2024, le pays conserve sa position de premier récipiendaire des IDE au sein de la CEMAC. Une performance qui confirme l’intérêt des investisseurs pour une économie disposant d’importantes ressources naturelles et engagée dans une transformation structurelle de son modèle de développement.
Dans cette stratégie de diversification, le gouvernement entend réduire progressivement la dépendance aux revenus extractifs. L’agriculture, l’élevage, l’agro-industrie, la transformation locale du bois, la valorisation des ressources minières, le numérique, les services à forte valeur ajoutée, l’énergie et les infrastructures logistiques figurent parmi les secteurs identifiés comme moteurs de la croissance future.
Parallèlement, l’État poursuit la rationalisation de son portefeuille d’actifs. Le recensement de 162 participations publiques représentant plus de 4 649 milliards de FCFA de chiffre d’affaires consolidé constitue un levier stratégique pour accroître les recettes non fiscales. Les dividendes versés au budget de l’État devraient ainsi atteindre 115 milliards de FCFA en 2026 contre 101 milliards en 2025.
Concernant la lutte contre la vie chère, le gouvernement mise sur une combinaison de mesures conjoncturelles et structurelles. La Centrale d’Achat du Gabon, associée au maintien de la mercuriale des prix et à plusieurs mécanismes de soutien aux produits de grande consommation, s’inscrit dans une politique visant à protéger le pouvoir d’achat tout en préparant le développement d’une production locale capable de réduire durablement les coûts d’approvisionnement.
Au-delà des chiffres, l’ambition affichée par les autorités est de bâtir une économie plus résiliente, moins dépendante des matières premières et davantage créatrice de valeur ajoutée. Une trajectoire qui repose désormais sur la capacité du pays à transformer les réformes engagées en résultats tangibles pour les entreprises, les investisseurs et les ménages gabonais.
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Reve Ngoul-aly


