À chaque échéance électorale, la jeunesse gabonaise est courtisée, mobilisée, galvanisée. Elle remplit les meetings, anime les quartiers, relaie les messages sur les réseaux sociaux. Mais une fois les urnes refermées, une question revient avec insistance : quelle place réelle occupe-t-elle dans l’économie nationale ? Entre promesses politiques et chômage persistant, le contraste interroge.

Au Gabon, les jeunes représentent une part significative de la population. Lors des campagnes électorales, ils deviennent un acteur central. On les voit en première ligne : organisation logistique, mobilisation communautaire, communication digitale, animation des rassemblements.
Les discours politiques leur sont largement adressés. On parle d’avenir, d’opportunités, d’entrepreneuriat, d’insertion professionnelle. La jeunesse est présentée comme « le moteur du changement » et « la richesse de demain ».
Mais cette reconnaissance est-elle durable ou circonstancielle ?
Un chômage qui fragilise toute une génération
Une fois les élections passées, la réalité économique reprend le dessus. Beaucoup de jeunes diplômés peinent à trouver un emploi stable. D’autres, faute d’opportunités, se tournent vers le secteur informel.

Le paradoxe est frappant :
on célèbre leur énergie en période électorale, mais on peine à l’intégrer dans une stratégie économique cohérente et structurée.
Les difficultés sont multiples :
• Manque d’emplois formels
• Inadéquation entre formation académique et besoins du marché
• Faible diversification de l’économie
• Accès limité aux financements pour entreprendre
Cette situation nourrit frustration et désillusion.
Entre promesses politiques et absence de suivi;
Les campagnes électorales sont souvent marquées par des engagements forts en faveur de l’emploi des jeunes : programmes d’insertion, fonds d’aide à l’entrepreneuriat, incubateurs, recrutements dans la fonction publique.
Cependant, beaucoup dénoncent un manque de continuité et d’évaluation des politiques annoncées. Les dispositifs existent parfois sur le papier, mais leur accessibilité, leur transparence et leur impact réel sont régulièrement questionnés.
Ce décalage alimente un sentiment d’instrumentalisation :
être indispensable pour gagner une élection, mais secondaire dans les priorités budgétaires.
Une jeunesse entre résilience et fatigue
Malgré les obstacles, de nombreux jeunes Gabonais font preuve d’initiative. Création de petites entreprises, activités numériques, projets culturels, commerce indépendant : l’ingéniosité ne manque pas.
Mais entreprendre sans accompagnement structuré reste un défi. Accès au crédit bancaire complexe, lourdeurs administratives, absence de garanties financières : le parcours entrepreneurial ressemble souvent à un combat solitaire.
Cette résilience force le respect.
Mais elle ne devrait pas remplacer une politique publique ambitieuse et durable.
Vers un nouveau contrat économique ?
La question n’est pas seulement politique. Elle est structurelle.
Comment transformer la jeunesse d’acteur électoral en acteur économique central ?
Comment créer des passerelles concrètes entre engagement citoyen et insertion professionnelle ?Cela suppose :
• Des politiques d’emploi suivies et évaluées
• Une réforme adaptée de la formation professionnelle
• Un environnement favorable aux jeunes entrepreneurs
• Une gouvernance transparente des fonds dédiés à la jeunesse
Au-delà des urnes, l’urgence est d’agir.
La jeunesse gabonaise ne demande pas uniquement d’être écoutée pendant les campagnes. Elle demande des perspectives durables. La mobilisation politique ne peut être la seule reconnaissance accordée à une génération. Sans intégration économique réelle, le risque est grand de voir s’installer découragement, exil ou désengagement civique.
Transformer l’énergie électorale en énergie productive : voilà peut-être l’un des défis majeurs de l’économie gabonaise.
Rebecca FUNDI
