Gabon : six priorités pour le chef de l’Etat , un seul verdict pour les ministres : les résultats

Lauraine
Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) célèbre le 43e anniversaire de sa création

Le Conseil des ministres du 15 octobre 2026 n’a pas seulement marqué l’installation d’une nouvelle équipe gouvernementale. Au lendemain du réaménagement du 11 octobre, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fixé le cap et rappelé les exigences auxquelles ses ministres devront désormais répondre. Eau, électricité, emploi des jeunes, infrastructures, justice sociale, transformation économique et gouvernance : six priorités pour le chef de l’Etat structurent cette feuille de route. Derrière ces priorités, une même exigence se dessine : faire passer l’action publique des engagements aux résultats tangibles.

six priorités pour le chef de l'Etat

Le message présidentiel est sans détour. Les Gabonais, a rappelé le chef de l’État, ne jugeront pas le gouvernement à ses discours, mais aux changements observables dans leur quotidien. L’accès à l’eau et à l’électricité, l’état des routes, les conditions d’apprentissage à l’école, la prise en charge dans les hôpitaux et les possibilités d’emploi constituent autant de critères à partir desquels sera appréciée l’efficacité de l’action gouvernementale.

Cette déclaration donne le ton d’une nouvelle séquence de la Ve République. Le maintien de certains ministres et l’arrivée de nouveaux profils ne sauraient être interprétés comme une récompense, mais comme une responsabilité devant le chef de l’État, la Nation et l’Histoire. Pour les membres du gouvernement, l’enjeu est désormais de démontrer leur capacité à transformer les orientations politiques en réponses concrètes.

La première urgence concerne l’eau et l’électricité, deux services essentiels dont les difficultés pèsent sur les ménages et les activités économiques. Le président de la République a instruit le gouvernement d’accélérer la réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), notamment par la séparation de ses activités. Il demande également une spécialisation des acteurs selon les différents segments de la chaîne de valeur : production, transport, distribution et commercialisation. Cette réorganisation devra être appréciée à l’aune de ses effets réels sur la qualité et la continuité du service. Car, pour les usagers, la réforme ne prendra tout son sens que si elle améliore concrètement l’accès à l’eau potable et à l’électricité.

La deuxième priorité place l’entrepreneuriat et l’employabilité des jeunes au cœur de la réponse à la question de l’emploi. Le chef de l’État estime que l’État ne peut plus demeurer la variable d’ajustement du marché du travail. Il appelle donc à un engagement plus résolu en faveur de la création et du développement d’entreprises par les jeunes Gabonais. Cette orientation implique toutefois de dépasser les appels à l’initiative individuelle : l’accès aux financements, l’accompagnement technique, la formation et l’ouverture de débouchés seront déterminants pour permettre aux projets de devenir des activités viables et créatrices d’emplois.

Le troisième pilier porte sur le logement et les infrastructures de transport et numériques. Dans un pays où la mobilité, l’accès aux services et la connectivité conditionnent largement les opportunités économiques, ces investissements constituent un levier de développement. Ils doivent contribuer à désenclaver les territoires, faciliter les échanges et améliorer les conditions de vie. Le défi pour le gouvernement sera de hiérarchiser les besoins, de mobiliser les ressources nécessaires et d’assurer un suivi rigoureux de l’exécution des projets.

La quatrième priorité, consacrée au capital humain et à la justice sociale, rappelle que le développement ne se mesure pas uniquement aux performances économiques. La santé occupe une place particulière dans les instructions présidentielles. Le chef de l’État a demandé la poursuite du renforcement des capacités d’accueil des structures sanitaires, en donnant la priorité à la prise en charge des mères, des enfants et des personnes atteintes de cancer. Au-delà des investissements, l’amélioration des conditions d’accueil, la disponibilité des équipements et la qualité des soins seront essentielles pour répondre aux attentes des populations.

Le cinquième pilier concerne l’économie et le développement durable. Sur ce terrain, le président de la République a réaffirmé que la diversification de l’économie par la transformation locale des ressources naturelles n’est pas une option. Les ministres chargés de l’Industrie et des Mines sont appelés à inciter les opérateurs économiques et leurs partenaires industriels à intégrer cette exigence dans leurs stratégies de développement. L’objectif est de faire davantage bénéficier le pays de ses propres richesses, en favorisant la création de valeur sur le territoire national. La réussite de cette ambition dépendra notamment de la capacité à développer les chaînes de transformation, à attirer les investissements productifs et à renforcer les compétences locales.

Enfin, la gouvernance et les institutions constituent le sixième pilier de cette feuille de route. Le chef de l’État a demandé que les attentes exprimées lors du Dialogue national inclusif d’avril 2024 soient traduites dans les textes et appliquées au quotidien par l’administration. Il a également pointé la lenteur de la décentralisation, alors que les collectivités locales font face à des difficultés croissantes. À cela s’ajoutent la dématérialisation de la collecte des recettes publiques, la moralisation de la vie publique et la remise à plat du fichier électoral. Le président a notamment évoqué la nécessité de mettre fin à l’instrumentalisation des populations lors des scrutins, dont le transport organisé d’électeurs, ainsi que sa volonté de rendre obligatoire la participation au vote.

Ces chantiers témoignent d’une volonté de modernisation de l’État, mais ils soulèvent aussi une question centrale : comment garantir que les décisions annoncées seront effectivement appliquées ? La réponse dépendra de la coordination entre les administrations, de la disponibilité des moyens budgétaires et de la capacité des institutions à rendre compte de leurs actions.

Sur ce point, le président de la République a fixé quatre exigences transversales : l’alignement de l’action gouvernementale sur le projet de société et le Plan national de croissance et de développement (PNCD), la cohérence entre les départements ministériels, l’obligation de résultats et l’exemplarité dans la gestion des affaires publiques. Il a rappelé qu’« une activité n’est pas un résultat, et un texte non appliqué n’est pas une réforme ». Cette formule résume la philosophie attendue de la nouvelle équipe : l’action administrative ne saurait se limiter à la tenue de réunions, à la multiplication des annonces ou à l’adoption de textes dont les effets tardent à se matérialiser.

L’urgence est d’autant plus grande que le gouvernement entre en fonction en pleine préparation du projet de loi de finances 2027. Les nouveaux ministres doivent s’approprier sans délai les dossiers de leurs prédécesseurs, dans un souci de continuité de l’État. Cette échéance budgétaire constitue un premier test de cohérence entre les ambitions affichées et les moyens effectivement mobilisés. Les arbitrages financiers devront refléter les priorités annoncées, sans perdre de vue les contraintes de ressources.

Le chef de l’État demande enfin à son gouvernement de mieux expliquer les décisions prises et les mesures engagées. Cette exigence de communication publique ne relève pas d’un simple exercice de pédagogie : elle doit permettre aux citoyens de comprendre les choix opérés, de suivre leur mise en œuvre et d’en apprécier les effets.

Au terme de ce Conseil des ministres, la feuille de route est donc clairement définie. Les six piliers donnent une direction, tandis que les quatre exigences présidentielles fixent une méthode. Reste désormais à traduire cette architecture politique en réalisations mesurables, assorties de délais, de responsabilités clairement établies et d’un suivi régulier.

Pour le gouvernement, le véritable défi ne sera pas de proclamer les priorités, mais de les faire entrer dans la vie quotidienne des Gabonais. L’eau au robinet, la lumière dans les foyers, des soins accessibles, des infrastructures fonctionnelles et des perspectives d’emploi pour la jeunesse seront les indicateurs les plus parlants de cette nouvelle séquence. Le cap est fixé ; c’est à l’épreuve des résultats que les ministres seront jugés.

Suivez nous sur Facebook

Reve Ngoul-aly

 

 

Ne manquez plus
l'essentiel de l'actualité

Recevez chaque jour les dernières informations, analyses et tendances directement dans votre boîte mail.

Share This Article