Ndendé-Doussala : quand les impayés menacent de ralentir les grands chantiers gabonais

REBECCA FUNDI

La route Ndendé-Doussala avance, mais son parcours reste semé d’obstacles. Longue d’environ 49 kilomètres, cette infrastructure stratégique reliant le sud du Gabon à la frontière congolaise a connu d’importants retards depuis le lancement des travaux en novembre 2024. Après un taux d’exécution de seulement 27 % constaté au premier trimestre 2026, le chantier affichait près de 50 % d’avancement en août. Derrière cette progression, une autre difficulté apparaît : les tensions liées au paiement des travaux. Le financement des infrastructures reste-t-il l’un des principaux talons d’Achille des grands projets gabonais ?

Ndendé

Une route stratégique, un chantier sous pression

Le projet Ndendé-Doussala n’est pas une simple route départementale. Le tronçon constitue une partie du corridor reliant le Gabon au Congo et doit contribuer à faciliter la circulation des personnes et des marchandises entre les deux pays. Le projet comprend le bitumage de la route, un pont frontalier sur la Ngongo ainsi que plusieurs infrastructures connexes. La Banque africaine de développement est l’un des principaux partenaires financiers du projet. Dans sa présentation du PASIG-I, elle indique que le programme comprend la construction et l’asphaltage de la section Ndendé-Doussala ainsi que du pont frontalier sur la rivière Ngongo. Le projet est toujours officiellement indiqué comme en cours, avec une échéance de réalisation fixée à fin 2026. Le chantier a été lancé le 1er novembre 2024 et devait être exécuté sur 24 mois. 

De 27 % à près de 50 % : une accélération, mais beaucoup de retard à rattraper

En mars 2026, le constat était préoccupant. Une mission conjointe du ministère des Travaux publics et de la BAD avait alors relevé un taux d’exécution physique de seulement 27 %, à quelques mois de l’échéance prévue. L’État et le bailleur avaient appelé à une accélération du chantier. Quelques mois plus tard, la situation avait évolué. L’Union rapportait, le 7 août 2026, un taux de réalisation proche de 50 % pour les 49 kilomètres concernés. Cette progression est significative. Mais elle pose aussi une question : peut-on encore respecter les délais initiaux lorsque la moitié environ des travaux reste à réaliser alors que l’échéance approche ? La question est d’autant plus importante que le chantier ne se limite pas au bitumage.

Une route, mais aussi des infrastructures autour

Le projet prévoit plusieurs composantes connexes. Le découpage présenté par le gouvernement prévoit notamment, pour l’un des lots, deux ponts, 15 kilomètres de pistes, une gare routière, une station de pesage, une aire de stationnement et 33 ouvrages hydrauliques. Un autre lot prévoit six projets d’infrastructures socioéconomiques de base. Un appel d’offres publié en juillet 2026 porte ainsi sur la construction de ces équipements connexes à la route Ndendé-Doussala. L’enjeu est donc beaucoup plus large que le seul revêtement de la chaussée. Cette route doit contribuer au désenclavement de plusieurs localités, faciliter les échanges avec le Congo et améliorer la circulation des marchandises sur un axe transfrontalier. Un retard prolongé ne signifie donc pas uniquement quelques mois de travaux supplémentaires. Il peut repousser l’ensemble des bénéfices économiques attendus autour de l’infrastructure.

Le problème du financement revient au premier plan

C’est ici que le dossier Ndendé-Doussala rejoint une problématique plus large : celle des capacités financières de l’État à honorer ses engagements. Des informations font état de décomptes impayés d’environ 7 milliards de FCFA sur le chantier. Ce montant doit toutefois encore être rapproché des documents contractuels et des données officielles disponibles avant d’être considéré comme définitivement établi. Mais le contexte financier général, lui, est documenté. En juillet 2026, le porte-parole de la présidence avait reconnu que le Gabon comptait un peu plus de 30 milliards de FCFA d’arriérés auprès de la BAD. Il avait expliqué la suspension de certaines échéances par la nécessité de prioriser certaines dépenses, tout en affirmant que le Gabon honorerait sa dette. Le problème dépasse donc largement Ndendé-Doussala. Il pose la question de la capacité du pays à financer simultanément ses infrastructures, ses dépenses sociales, ses engagements financiers et les contreparties nationales associées aux projets cofinancés.

Quand le retard coûte plus cher que le chantier

Dans les grands projets d’infrastructures, le retard a rarement un coût limité. Plus un chantier s’allonge, plus les coûts liés à la mobilisation des entreprises, aux études de contrôle, à la surveillance, à l’approvisionnement et aux révisions éventuelles peuvent augmenter. À cela s’ajoute le coût économique supporté par les populations. Sur un axe encore difficilement praticable, les transporteurs supportent des coûts supplémentaires. Les marchandises mettent davantage de temps à circuler. Les producteurs locaux rencontrent davantage de difficultés pour accéder aux marchés. La route n’est donc pas seulement une dépense budgétaire. C’est également un investissement dont la rentabilité se mesure à travers les échanges commerciaux, la mobilité, l’accès aux services et l’activité économique qu’elle permet de générer.

Le Gabon peut-il financer tous ses projets en même temps ?

C’est probablement la question de fond. Depuis plusieurs années, le Gabon cherche à accélérer la construction et la réhabilitation de ses infrastructures. Mais les besoins sont considérables : routes, énergie, eau, transports, équipements sociaux et infrastructures industrielles. Or, les ressources publiques ne sont pas illimitées. Le choix n’est donc plus seulement de savoir quels projets lancer, mais aussi de déterminer lesquels peuvent être financés, exécutés et entretenus dans la durée. L’expérience de Ndendé-Doussala rappelle une règle élémentaire de la gestion publique : annoncer un chantier est une décision politique ; garantir son financement jusqu’à son achèvement est une décision économique.

La BAD, un partenaire mais aussi un révélateur

Le rôle de la BAD dans ce dossier est particulièrement important. L’institution ne finance pas uniquement une route. Elle accompagne un projet qui s’inscrit dans une logique de corridor régional. La BAD avait déjà identifié Ndendé-Doussala comme un élément du corridor de transport reliant le Gabon, le Congo et plus largement l’espace régional. Ses documents présentent l’objectif comme une amélioration de la circulation et de l’intégration économique. Cela signifie que la réussite du projet dépasse les frontières gabonaises. Pour Libreville, l’enjeu est donc également de préserver la crédibilité financière nécessaire pour continuer à mobiliser des partenaires internationaux sur d’autres infrastructures.

Ndendé-Doussala avance. Le passage de 27 % d’exécution en mars à près de 50 % en août montre qu’une accélération est possible. Mais le chantier rappelle surtout que la réussite d’une infrastructure ne dépend pas uniquement des engins présents sur le terrain. Elle dépend aussi de la capacité à payer les entreprises, respecter les calendriers, mobiliser les financements et maintenir la confiance des bailleurs. Le Gabon veut désenclaver ses provinces et renforcer ses corridors économiques. Mais pour transformer ces ambitions en routes réellement livrées, une question devient incontournable : comment financer durablement les infrastructures sans accumuler de nouveaux arriérés ? Car une route inachevée n’est pas seulement un chantier en retard. C’est aussi une promesse économique qui reste en attente.

Suivez-nous sur Facebook 

Rebecca FUNDI 

Ne manquez plus
l'essentiel de l'actualité

Recevez chaque jour les dernières informations, analyses et tendances directement dans votre boîte mail.

Share This Article