Le Gabon veut réduire sa dépendance au pétrole en misant davantage sur les mines, le bois, l’agriculture et l’industrie. Mais changer les produits exportés ne suffit pas nécessairement à transformer une économie. Le véritable défi est de passer d’un modèle fondé sur l’extraction et l’exportation à une économie capable de produire davantage de valeur localement.

Le pétrole reste difficile à remplacer
Depuis plusieurs années, le Gabon parle de diversification économique. L’objectif est désormais clairement affiché : développer de nouveaux moteurs de croissance, notamment dans le bois, les mines, l’agriculture, l’industrie et les services. La Banque mondiale estime que la croissance gabonaise à moyen terme devrait notamment être portée par le bois, les minerais et l’agriculture. Mais cette évolution soulève une première question : diversifier les secteurs suffit-il à diversifier réellement l’économie ? Car passer du pétrole au manganèse, au fer ou au bois brut ne signifie pas nécessairement changer de modèle.
Du pétrole au minerai : le risque d’un simple déplacement
Le problème est celui de la valeur ajoutée. Un pays peut exporter plusieurs matières premières et rester fortement dépendant des cours internationaux. Le pétrole baisse ? Les recettes diminuent. Le manganèse recule ? Les exportations ralentissent. Le fer entre dans un cycle baissier ? Les projections de revenus doivent être révisées. Le véritable objectif d’une diversification économique devrait donc être de développer des activités capables de transformer localement les ressources et de créer davantage d’emplois, de compétences et d’entreprises. Le Fonds monétaire international souligne d’ailleurs que la diversification constitue un enjeu majeur pour améliorer les performances économiques de long terme du Gabon.
Le bois montre qu’une transformation est possible
Le Gabon dispose déjà d’un exemple intéressant avec la transformation du bois. La création de zones industrielles et le développement de la transformation locale ont montré qu’une matière première peut générer davantage de valeur lorsqu’elle est transformée avant exportation. Cette logique doit désormais être élargie. Elle concerne le manganèse, le fer, les produits agricoles mais également les services et les nouvelles activités industrielles. Le défi n’est donc plus simplement de savoir ce que le Gabon possède. Il faut surtout savoir ce qu’il est capable de fabriquer à partir de ce qu’il possède.
Belinga peut devenir un test grandeur nature
Le projet Belinga s’inscrit précisément dans cette problématique. Le gisement représente une nouvelle source potentielle de recettes et d’activité économique. Mais il pose également la question de l’intégration du secteur minier au reste de l’économie. La première expédition de minerai est envisagée à l’horizon 2030, sous réserve notamment de la décision finale d’investissement, des études et des autorisations nécessaires. D’ici là, le Gabon devra déterminer quelle place il veut occuper dans la chaîne de valeur. Exporter du minerai de fer est une activité économique. Mais développer autour de ce minerai des activités de transformation, de maintenance, de transport, d’ingénierie, de formation et de services serait une diversification beaucoup plus profonde.
L’agriculture, le grand défi de la diversification
L’autre secteur régulièrement présenté comme un futur moteur de croissance est l’agriculture. Mais là encore, produire davantage ne suffira pas. Le Gabon doit être capable de développer des chaînes complètes : production, stockage, transformation, transport, commercialisation et exportation. Cela suppose des infrastructures, des financements, de la formation, une meilleure organisation des producteurs et un environnement favorable aux entreprises. La diversification ne peut donc pas être uniquement une affaire de grands projets publics ou de multinationales. Elle doit aussi permettre l’émergence d’un tissu solide de PME gabonaises.
Le facteur décisif : les entreprises locales
C’est probablement là que se trouve le véritable indicateur de réussite. Une économie est-elle réellement diversifiée si les grands projets sont construits, financés et exécutés principalement par des acteurs extérieurs, tandis que les entreprises locales restent cantonnées aux petits marchés de sous-traitance ? La Banque mondiale souligne justement la nécessité de renforcer les compétences dans des secteurs comme la construction, la transformation du bois, les énergies renouvelables et les technologies numériques, dans le cadre de la diversification de l’économie gabonaise. Le Gabon ne doit pas seulement attirer des investissements. Il doit être capable de faire émerger autour de ces investissements des compétences et des entreprises nationales.
Transformer plutôt qu’additionner
Le véritable passage vers l’après-pétrole ne consistera donc pas simplement à remplacer une matière première par une autre. Il faudra transformer la structure même de l’économie. Plus d’entreprises privées. Plus de transformation locale. Plus de compétences. Plus d’exportations de produits transformés. Plus de financement pour les PME. Et surtout, une économie moins vulnérable aux variations des cours des matières premières.
Le Gabon possède les ressources nécessaires pour diversifier son économie. Le bois, le manganèse, le fer, l’agriculture et les services peuvent devenir de nouveaux moteurs de croissance. Mais le pays devra répondre à une question essentielle : veut-il seulement diversifier ce qu’il extrait, ou veut-il réellement diversifier ce qu’il produit ? La différence est fondamentale. Le premier modèle consiste à remplacer progressivement le pétrole par d’autres matières premières. Le second cherche à transformer les ressources nationales en industrie, en emplois, en entreprises et en valeur ajoutée. C’est probablement à cette frontière que se jouera réellement l’après-pétrole gabonais.
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Rebecca FUNDI


