Léa Collette Bomo n’est pas rentrée chez elle après son travail. Cette jeune Gabonaise de 33 ans, mère de quatre enfants, a été retrouvée morte le jeudi 3 septembre 2026, dénudée dans le snack-bar qu’elle gérait au quartier Sogafric, dans le 3e arrondissement de Franceville. Les circonstances de son décès laissent penser à des violences. Une enquête a été ouverte par la Police judiciaire du Haut-Ogooué pour établir la vérité sur ce qui s’est passé dans la nuit du mercredi 2 au jeudi 3 septembre.
Les faits : une nuit qui ne ressemblait à aucune autre
Léa Collette Bomo travaillait comme gérante d’un débit de boissons, situé derrière l’hôtel Masuku à Franceville. Ce soir-là, elle devait fermer le commerce et rentrer chez elle comme chaque nuit. Mais plusieurs heures se sont écoulées sans que personne n’ait de ses nouvelles. Préoccupés par son silence inhabituel, les responsables de l’établissement se sont rendus sur place. La porte était fermée de l’intérieur. Ils ont dû la forcer. C’est là qu’ils ont découvert le corps de leur employée, sans vie, dans un état qui a immédiatement évoqué une agression.
L’antenne provinciale de la Police judiciaire s’est rendue sur les lieux avec Gabrielle Landimi, substitut du procureur près le tribunal de première instance de Franceville. Les enquêteurs cherchent désormais à reconstituer les dernières heures de la victime, à identifier les personnes présentes dans les environs au moment présumé des faits, et à exploiter les éventuelles images de vidéosurveillance et les relevés téléphoniques.
Une femme seule, la nuit, derrière un comptoir
Léa Collette Bomo est une mère de quatre enfants qui travaillait pour les nourrir. Voilà ce que l’on sait d’elle. Et c’est précisément ce détail qui donne à ce fait divers une dimension sociale qu’on ne peut pas ignorer. Au Gabon comme dans de nombreux pays africains, les femmes qui gèrent seules des commerces de nuit, snack-bars, débits de boissons, étals de nourriture, le font souvent dans une vulnérabilité réelle, sans dispositif de sécurité, sans alarme, sans gardien, parfois sans éclairage suffisant aux abords du commerce. Elles travaillent tard, ferment seules, et rentrent seules.
L’économie des petits commerces de nuit : entre survie et exposition au danger
Économiquement, le secteur des débits de boissons et des snack-bars représente une part significative de l’économie informelle gabonaise, particulièrement dans les villes de l’intérieur comme Franceville. Pour des milliers de femmes gabonaises, souvent cheffes de famille, ce type de commerce représente le seul revenu disponible pour payer le loyer, nourrir les enfants, payer les frais scolaires. Le profil de Léa Collette Bomo, mère de quatre enfants, gérante d’un commerce de nuit, est loin d’être exceptionnel. Il est au contraire celui de milliers de femmes que l’économie formelle n’a pas su ou pas voulu intégrer, et qui survivent dans des conditions de travail que personne ne régule vraiment.
Un drame qui pose des questions que personne ne pose
Ce meurtre présumé rappelle une réalité que l’on préfère souvent taire : les femmes qui travaillent seules la nuit dans des commerces informels gabonais sont exposées à des risques que l’État n’a pas encore pris le soin de mesurer sérieusement. Il n’existe pas, à ce jour, de politique nationale de sécurisation des travailleurs du secteur informel nocturne. Pas de programme d’installation d’éclairage autour des zones commerciales populaires. Pas de patrouilles renforcées aux heures de fermeture des commerces dans les quartiers à risque. Léa Collette Bomo méritait de rentrer chez elle cette nuit-là. Et ses quatre enfants méritaient de voir leur mère revenir.
Marie Celine AKANDA
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