Présenté comme l’un des grands leviers de transformation économique du Gabon, le projet de fer de Bélinga place l’Ogooué-Ivindo au cœur d’une nouvelle dynamique industrielle. Mais alors que les premières retombées en matière d’emplois et d’investissements sont déjà revendiquées, les attentes des populations locales restent fortes. La question dépasse désormais la seule exploitation du minerai : la richesse extraite du sous-sol de l’Ogooué-Ivindo permettra-t-elle de créer suffisamment d’emplois, d’activités et d’opportunités pour ceux qui vivent sur ce territoire ?

Bélinga change d’échelle
À Makokou, le premier Forum économique de l’Ivindo, organisé le 26 août 2026 autour des infrastructures minières et de la transformation économique, a confirmé la place centrale prise par Bélinga dans les perspectives de développement de la province. Le gouvernement présente le projet comme un catalyseur potentiel d’une nouvelle ère industrielle, tandis que Fortescue Belinga poursuit les travaux d’exploration et de préparation du projet. Le projet est d’autant plus stratégique que le gisement est présenté comme l’une des grandes réserves de minerai de fer à haute teneur encore non développées. Son développement doit également s’accompagner d’infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques nécessaires à l’acheminement du minerai. Mais pour l’Ogooué-Ivindo, l’enjeu ne se résume pas aux volumes de minerai qui pourraient être produits.
L’emploi local au cœur des attentes
Les chiffres communiqués récemment montrent déjà un impact sur le marché du travail local. Selon le gouvernement, les activités actuellement déployées autour de Bélinga soutiennent 1 246 emplois directs, avec 82 % de salariés gabonais, dont 57 % originaires de l’Ogooué-Ivindo. Le site officiel de Fortescue Belinga indique pour sa part plus de 670 Gabonais employés, dont plus de 300 originaires de l’Ogooué-Ivindo. Ces chiffres peuvent varier selon le périmètre et la période considérés, mais ils traduisent une réalité : le projet génère déjà une activité économique et des emplois avant même son éventuelle phase industrielle à grande échelle. Cette première dynamique répond partiellement à la demande de priorité donnée à la main-d’œuvre nationale. Dès octobre 2023, le ministère des Mines avait demandé à Ivindo Iron de placer les nationaux au cœur de ses activités, notamment à travers la « gabonisation » des emplois.
Des emplois, mais surtout des compétences à construire
Le véritable enjeu ne sera toutefois pas seulement de compter les emplois créés. Une exploitation minière d’envergure nécessite des compétences dans des domaines variés : ingénierie, maintenance, logistique, sécurité, environnement, transport, administration ou encore gestion de projets. C’est pourquoi la formation apparaît comme un enjeu déterminant. Le programme « We Train for Gabon » prévoit notamment la formation pratique de ressortissants gabonais aux méthodes et standards de l’industrie minière australienne. Une première promotion a déjà été formée, tandis qu’une nouvelle cohorte de 50 Gabonais est engagée dans le dispositif. Pour les populations de l’Ogooué-Ivindo, l’objectif à long terme sera donc de passer du simple statut de demandeur d’emploi à celui de réservoir de compétences capables d’occuper les postes les plus qualifiés.
De la mine aux entreprises locales
L’autre enjeu se trouve dans les emplois indirects. Un projet minier de cette ampleur mobilise une chaîne de services : transport, restauration, hébergement, maintenance, fournitures, construction, sécurité, commerce ou encore prestations intellectuelles. C’est précisément là que le projet peut avoir un effet multiplicateur sur l’économie provinciale. Le gouvernement indique d’ailleurs que les retombées attendues de Bélinga doivent dépasser l’exploitation minière proprement dite et contribuer au développement des infrastructures ainsi qu’au tissu économique local. L’enjeu consiste donc à faire émerger autour de Bélinga un véritable écosystème d’entreprises de l’Ogooué-Ivindo, plutôt qu’un modèle dans lequel l’essentiel des contrats et des prestations bénéficierait à des opérateurs venus d’ailleurs.
L’hébergement, un premier signal
Les besoins générés par le projet commencent déjà à toucher d’autres secteurs. En mai 2026, le ministère du Tourisme et Ivindo Iron ont conclu un partenariat portant sur l’utilisation de l’hôtel Bélinga à Makokou pour l’hébergement des personnels en mission de la compagnie minière, à compter de septembre 2026. Le gouvernement présente cette opération comme un moyen de valoriser une infrastructure existante tout en répondant aux besoins logistiques du projet. Ce partenariat illustre une réalité simple : une mine ne fait pas travailler uniquement des mineurs. Elle crée aussi une demande pour l’hôtellerie, la restauration, le transport et une multitude de services. La capacité des entrepreneurs locaux à capter cette demande sera donc déterminante.
Les infrastructures comme autre enjeu
Bélinga implique également d’importants besoins en infrastructures. Le ministère des Mines souligne que le développement du projet doit intégrer des infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques indispensables à son fonctionnement.
Pour la province, ces investissements peuvent constituer une opportunité historique. Mais ils soulèvent aussi une exigence : ces infrastructures ne doivent pas uniquement servir à sortir le minerai du territoire. Elles doivent également contribuer à désenclaver les populations, faciliter les échanges et améliorer durablement l’activité économique locale. Autrement dit, le chemin de fer qui transporte le minerai doit aussi pouvoir contribuer au développement du territoire qu’il traverse.
Une exigence déjà formulée par les autorités
La question des retombées locales n’est d’ailleurs pas nouvelle. En mai 2025, le ministère des Mines avait demandé à Ivindo Iron de renforcer les actions concrètes au profit des populations locales et du Gabon. Le gouvernement évoquait alors la nécessité de donner au projet une « dimension citoyenne » et de dissiper les doutes quant à sa portée réelle pour les populations. Cette position rejoint une exigence plus ancienne : en 2023, le ministère avait demandé que les ressources du sous-sol contribuent également au développement des zones où elles sont exploitées, notamment à travers l’emploi des nationaux, la responsabilité sociétale et l’entretien des infrastructures. Le sujet est donc clairement identifié par les pouvoirs publics.
La question du partage de la valeur
Derrière les emplois et les infrastructures se trouve une question plus fondamentale : qui bénéficiera réellement de la valeur créée par Bélinga ? La réponse ne pourra pas uniquement se mesurer au nombre de salariés employés sur le site. Elle devra également prendre en compte les entreprises locales créées ou renforcées, les revenus générés dans la province, les infrastructures réalisées, les compétences transférées et les services publics susceptibles de bénéficier indirectement de cette activité. C’est à cette échelle que l’on pourra déterminer si Bélinga constitue seulement un grand projet minier ou s’il devient véritablement un projet de développement territorial.
L’Ogooué-Ivindo face à une occasion historique
La province dispose désormais d’une opportunité rare : transformer ses ressources naturelles en levier de diversification économique. Mais cette transformation ne sera pas automatique. Elle suppose une politique volontariste de formation, un meilleur accès des PME locales aux marchés, un accompagnement des entrepreneurs et une planification des infrastructures. Le projet devra également continuer à intégrer les communautés dans les décisions qui concernent leur territoire et prendre en compte les enjeux environnementaux. Fortescue Belinga affirme d’ailleurs placer le développement des compétences locales, le bien-être des communautés et la protection de l’environnement au cœur de son approche.
Conclusion : le vrai boom sera celui des opportunités locales
Bélinga représente une promesse considérable pour le Gabon et particulièrement pour l’Ogooué-Ivindo. Les premiers emplois, les investissements engagés et les dispositifs de formation montrent que certaines retombées sont déjà visibles. Mais le véritable test reste à venir.
Le succès de Bélinga ne pourra pas être mesuré uniquement à la quantité de fer extraite ou aux milliards investis. Il devra aussi se mesurer au nombre de jeunes de l’Ogooué-Ivindo formés et recrutés, aux entreprises locales créées, aux infrastructures dont les populations bénéficieront et à la capacité du projet à générer une économie durable autour de la mine. Pour les notables et les populations de la province, l’enjeu est donc clair : que Bélinga ne soit pas seulement une richesse située dans l’Ogooué-Ivindo, mais une richesse qui profite réellement à l’Ogooué-Ivindo.
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Rebecca FUNDI


