Au Gabon, l’agriculture cherche encore à franchir un cap : produire davantage, attirer les investissements et réduire la dépendance aux importations. Mais derrière cette ambition se trouve une réalité souvent moins visible : produire comporte des risques. Maladie du cheptel, perte de récolte, intempéries, accidents, transport ou destruction des outils de production peuvent fragiliser une exploitation en quelques jours. Dans ce contexte, le développement de solutions d’assurance agricole apparaît comme un enjeu stratégique. Avec ses offres destinées au secteur agricole et à l’élevage, SAMB’A Assurances entend répondre à une partie de cette problématique. Mais une question demeure : l’assurance peut-elle réellement devenir un outil de sécurisation et de développement pour les producteurs gabonais ?
Produire, c’est aussi prendre des risques
Pour un agriculteur, investir dans une exploitation signifie engager du capital avant même de savoir avec certitude ce que rapportera la production. Il faut acheter des semences, préparer les terres, acquérir du matériel, nourrir les animaux, payer la main-d’œuvre, assurer le transport et parfois investir dans des infrastructures importantes. Une mauvaise saison peut alors remettre en cause l’équilibre financier de l’exploitation. Pour un petit producteur, la perte d’une récolte ou d’une partie d’un cheptel ne représente pas seulement un manque à gagner. Elle peut signifier la perte de plusieurs mois de travail et rendre difficile la capacité à financer la campagne suivante. C’est précisément sur cette vulnérabilité que repose l’intérêt économique de l’assurance agricole. Le principe est simple : permettre au producteur de transférer une partie du risque à un assureur en échange d’une cotisation. Mais dans la pratique, encore faut-il que cette assurance soit accessible, adaptée aux réalités du terrain et suffisamment connue des producteurs.
SAMB’A veut renforcer son offre agricole

SAMB’A Assurances se positionne précisément sur le segment de la micro-assurance. L’entreprise se présente comme la première société de micro-assurance du Gabon et d’Afrique centrale, agréée par la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA) et par le ministère gabonais de l’Économie. Son modèle repose notamment sur des produits destinés aux populations et aux activités qui restent parfois éloignées de l’assurance traditionnelle. Dans son portefeuille de solutions, SAMB’A Assurances mentionne notamment des assurances agricoles et collectives, avec des produits couvrant l’agriculture, l’élevage et les risques liés aux activités agricoles. L’entreprise avait déjà présenté, en 2024, des solutions destinées aux agriculteurs, notamment autour de la protection des femmes et des commerçants transportant des biens, des vivres et des animaux issus du secteur agricole. Plus récemment, SAMB’A Assurances a également communiqué sur son accompagnement des aviculteurs gabonais dans le cadre du Programme d’Urgence de Fermes Avicoles, en mettant en avant des solutions de micro-assurance adaptées aux réalités des producteurs. L’enjeu est donc moins de savoir si l’assurance agricole existe au Gabon que de déterminer jusqu’où elle peut réellement répondre aux besoins des producteurs.
Une protection contre les aléas de l’exploitation
L’assurance agricole peut intervenir sur différents types de risques. Selon les produits proposés, elle peut notamment concerner les récoltes, le bétail ou certains dommages affectant l’exploitation. Le site de SAMB’A Assurances présente ainsi des solutions agricoles couvrant notamment les risques liés aux récoltes et au bétail face aux aléas climatiques. Pour un producteur, cette protection peut changer la manière de gérer une exploitation. Prenons l’exemple d’un éleveur. Une maladie ou une mortalité importante dans un élevage peut rapidement représenter une perte financière considérable. Si une partie du risque est couverte, l’exploitation peut disposer d’un mécanisme permettant de limiter le choc économique et, potentiellement, de reprendre son activité plus rapidement. Même logique pour une exploitation agricole confrontée à une perte de production.
L’assurance ne supprime évidemment pas le risque, elle permet plutôt de réduire ses conséquences financières. Mais combien coûte réellement cette protection ? C’est probablement l’une des premières questions que se poseront les producteurs.
Pour qu’une assurance agricole soit véritablement inclusive, son coût doit rester compatible avec les revenus des exploitations. Le modèle de la micro-assurance repose justement sur cette logique : proposer des garanties plus simples, avec des cotisations adaptées à des populations qui ne peuvent pas nécessairement supporter les tarifs des produits d’assurance traditionnels. SAMB’A Assurances affirme d’ailleurs vouloir rendre l’assurance accessible grâce à des solutions inclusives et adaptées aux revenus des populations. Mais l’accessibilité ne se mesure pas uniquement au montant de la cotisation, il faut également regarder le niveau de couverture. Une assurance peu coûteuse mais qui exclut la majorité des risques auxquels un agriculteur est réellement confronté peut avoir un intérêt limité. Le véritable indicateur sera donc le rapport entre le coût de la couverture, les risques couverts et le montant effectivement indemnisé en cas de sinistre.
Le problème de la culture assurantielle
Au Gabon comme dans de nombreux pays africains, l’un des défis du secteur reste la diffusion de la culture assurantielle. Souscrire une assurance suppose d’accepter de payer aujourd’hui pour se protéger contre un événement qui pourrait se produire demain. Pour un producteur qui dispose de ressources limitées, cette logique peut sembler moins urgente que l’achat de semences, d’aliments pour animaux ou de matériel. Le défi est donc aussi pédagogique. Il faut expliquer ce que couvre une assurance, dans quelles conditions elle intervient, quelles sont les exclusions, comment déclarer un sinistre et surtout dans quel délai l’indemnisation peut être effectuée. Sans cette compréhension, le risque est de créer une relation de méfiance entre l’assureur et l’assuré. L’assurance peut-elle faciliter l’accès au financement ? C’est là que l’assurance agricole peut prendre une dimension encore plus intéressante. Pour une banque ou une institution financière, financer une exploitation agricole comporte un risque. Si le producteur subit un sinistre important et ne peut plus générer les revenus nécessaires au remboursement de son crédit, le prêteur est également exposé. Une assurance adaptée peut donc contribuer à sécuriser indirectement le financement. Le principe existe déjà dans d’autres secteurs : protéger une activité permet de réduire le risque associé au financement de cette activité. Dans le cas de l’agriculture, cette logique pourrait favoriser l’accès au crédit pour des producteurs disposant de projets viables mais considérés comme risqués. L’assurance ne devient alors plus seulement un produit de protection, elle devient potentiellement un outil de financement et d’investissement.
Line MINDZE
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