Riz au Gabon : que révèle le contrôle de la DGCCRF au marché de Nkembo ?

Jovalie ONDO

 

Au marché de Nkembo, à Libreville, une opération de contrôle menée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) remet la question du commerce du riz au centre de l’attention. Les agents ont notamment vérifié plusieurs sacs de riz, leur conditionnement, leur présentation et leur conformité, dans un contexte où la traçabilité des produits constitue un enjeu important pour la protection des consommateurs. L’opération fait également apparaître un présumé trafic autour de la commercialisation du riz. À ce stade, il s’agit toutefois d’une suspicion qui doit encore être établie. Derrière cette affaire se pose une question plus large : comment garantir au consommateur gabonais qu’un sac de riz acheté sur un marché correspond réellement au produit, au poids et au prix annoncés ?

À Nkembo, le riz au cœur d’une opération de contrôle

Le 12 août 2026, une opération de contrôle menée au marché de Nkembo, à Libreville, a été révélée par Gabon 24. Les équipes de la DGCCRF se sont rendues sur le terrain afin de vérifier la conformité de plusieurs produits et les conditions dans lesquelles ils sont commercialisés. Parmi les produits examinés figuraient différents sacs de riz, les agents ont notamment porté leur attention sur le conditionnement, la présentation et la conformité des produits proposés aux consommateurs.  L’opération intervient dans un secteur particulièrement sensible. Le riz occupe une place importante dans l’alimentation des ménages gabonais et constitue donc un produit dont la disponibilité, le prix et la qualité intéressent directement le pouvoir d’achat. Mais l’enjeu soulevé à Nkembo dépasse la seule question du prix,  il concerne également ce que le consommateur achète réellement.

Un trafic présumé, mais encore des questions

Le terme mérite d’être utilisé avec prudence. La DGCCRF a alerté sur l’existence d’un présumé trafic autour de la commercialisation du riz. Mais à ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un système frauduleux généralisé est établi. La direction générale indique que les contrôles et les vérifications doivent permettre de déterminer précisément la nature des pratiques constatées et les éventuelles responsabilités.  Cette distinction est importante.

Dans une affaire de consommation, une anomalie observée lors d’un contrôle ne signifie pas automatiquement qu’une infraction est définitivement établie. Il faut identifier les produits concernés, comprendre leur origine, vérifier les documents disponibles, examiner les conditions de stockage et de commercialisation et, le cas échéant, déterminer qui est responsable de la non-conformité. Le contrôle constitue donc une étape dans un processus plus large, la question est désormais de savoir ce que les investigations permettront effectivement d’établir.

Le consommateur face à un problème de traçabilité

Derrière les sacs de riz contrôlés à Nkembo se trouve une problématique plus générale : celle de la traçabilité. Entre le producteur, l’exportateur, l’importateur, le distributeur, le grossiste et le détaillant, plusieurs intermédiaires peuvent intervenir avant que le produit n’arrive entre les mains du consommateur. À chacune de ces étapes, l’identification du produit doit pouvoir être maintenue : Origine, marque, poids, emballage, étiquetage, conditions de conservation : autant d’informations qui permettent au consommateur de savoir ce qu’il achète. Or, lorsque le produit est reconditionné ou vendu dans des emballages différents de ceux de son conditionnement d’origine, la traçabilité peut devenir plus complexe. C’est précisément l’une des préoccupations soulevées par l’opération de Nkembo : garantir que le produit présenté au consommateur reste identifiable tout au long de sa chaîne de distribution.

Le prix du riz, autre enjeu de taille

La question de la conformité ne peut pas être dissociée de celle du prix. Depuis plusieurs mois, les autorités gabonaises renforcent les contrôles destinés à faire respecter la mercuriale et les prix homologués sur certains produits de première nécessité. En mars 2026, la DGCCRF avait déjà intensifié ses opérations dans plusieurs marchés de Libreville, notamment à Nkembo, Akébé et Mont-Bouët. Les équipes avaient notamment procédé à l’affichage de la nouvelle mercuriale et rappelé que le prix affiché devait correspondre au prix effectivement payé par le consommateur.  Cette politique poursuit un objectif : améliorer la transparence du marché et protéger les consommateurs contre les pratiques commerciales non conformes. Mais sur le terrain, l’application d’une mercuriale pose une question simple : comment s’assurer que les prix réglementés sont effectivement respectés jusqu’au dernier point de vente ? Les contrôles constituent une réponse. Encore faut-il qu’ils soient suffisamment réguliers, étendus et suivis de mesures permettant de corriger les anomalies constatées.

Pourquoi Nkembo revient régulièrement dans les contrôles ?

Le marché de Nkembo n’est pas un cas isolé dans la politique de surveillance des prix, le quartier avait déjà été ciblé par des opérations de contrôle liées à la mercuriale. En 2024, la DGCCRF avait accompagné le ministre de l’Économie lors d’une descente dans plusieurs commerces et supérettes de Nkembo, avec pour objectif de vérifier l’application des nouveaux prix. Les autorités avaient également insisté sur le contrôle des balances et l’affichage lisible des prix.  En 2026, Nkembo figure encore parmi les zones visées par les opérations de sensibilisation et de contrôle de la mercuriale. Cette récurrence pose une question intéressante : les contrôles permettent-ils seulement de sanctionner les pratiques non conformes, ou parviennent-ils à modifier durablement les comportements commerciaux ? La réponse dépend notamment du suivi effectué après les opérations.

Un contrôle ponctuel peut identifier une anomalie, mais un dispositif efficace doit pouvoir vérifier qu’elle ne se reproduit pas.

Le riz parfumé et le risque du reconditionnement

Riz

La question du conditionnement n’est d’ailleurs pas nouvelle dans le commerce du riz au Gabon. En juillet 2026, notre confrère GabonActu rapportait plusieurs témoignages de consommateurs faisant état d’un mélange présumé entre du riz parfumé et du riz ordinaire, avant reconditionnement dans de petits sachets. Le média précisait toutefois que ces témoignages ne suffisaient pas à établir l’existence d’une pratique généralisée et appelait à des vérifications par les autorités compétentes. Cette affaire rapportée précédemment permet de comprendre pourquoi le conditionnement constitue un point de vigilance. Pour le consommateur, l’emballage est une promesse, il indique un produit, une quantité, parfois une qualité et une marque, si le contenu ne correspond pas à cette présentation, le consommateur peut être trompé sans nécessairement disposer des moyens techniques permettant de le détecter immédiatement. La question devient alors celle de l’information. Que doit savoir le consommateur ?

Dans le cas du riz, cette vigilance peut être particulièrement importante lorsque le produit est vendu en petites quantités ou reconditionné. Un sac fermé et identifié ne présente pas nécessairement les mêmes garanties de traçabilité qu’un produit dont l’emballage a été ouvert puis reconditionné par un intermédiaire. Cela ne signifie pas qu’un produit reconditionné est automatiquement non conforme, cela signifie simplement que la chaîne de responsabilité et de traçabilité doit pouvoir être vérifiée. Une responsabilité qui ne repose pas uniquement sur le commerçant

La protection du consommateur ne peut pas reposer uniquement sur le détaillant.

La chaîne commence bien avant l’arrivée du riz sur le marché. Importateurs, grossistes, distributeurs, commerçants et autorités de contrôle ont chacun un rôle à jouer. Lorsqu’une anomalie est constatée dans un point de vente, il faut donc pouvoir remonter la chaîne afin de déterminer son origine. Est-elle liée au conditionnement ? À la distribution ? À l’importation ? À une modification du produit après son arrivée sur le territoire ? Ou simplement à une mauvaise présentation du produit au consommateur ? C’est précisément ce travail de traçabilité qui permet de distinguer une anomalie ponctuelle d’une pratique organisée.

Le défi de l’importation

La question est d’autant plus importante que le Gabon dépend largement des importations pour son approvisionnement en riz. À l’échelle mondiale, le marché du riz reste marqué par des évolutions importantes de l’offre, des prix et des politiques commerciales des principaux pays exportateurs. FranceAgriMer relève notamment que la campagne 2024/2025 a été marquée par le retour de l’Inde sur les marchés internationaux et par une amélioration des échanges mondiaux. Pour un pays importateur, la question de l’approvisionnement ne se limite donc pas à la quantité disponible, il faut également garantir que les produits importés arrivent dans le circuit commercial dans des conditions conformes et restent identifiables jusqu’au consommateur. Cela donne à la traçabilité une dimension économique autant que sanitaire et commerciale.

Contrôler les prix, mais aussi contrôler le produit

La lutte contre la vie chère est souvent abordée sous l’angle du prix. Mais un produit moins cher n’est pas nécessairement une bonne affaire si son poids, sa qualité ou sa composition ne correspondent pas à ce qui est annoncé. La protection du consommateur repose donc sur plusieurs piliers : le prix, la qualité, la quantité, l’information et la traçabilité. C’est pourquoi le travail de la DGCCRF ne consiste pas uniquement à vérifier les tarifs, ses missions couvrent également la concurrence, la consommation et la répression des fraudes. Les dispositifs de contrôle ont notamment pour objectif de protéger les intérêts économiques des consommateurs et de veiller à la conformité des produits commercialisés. L’opération de Nkembo rappelle ainsi que la lutte contre les pratiques frauduleuses doit être pensée sur l’ensemble de la chaîne.

Après le contrôle, quelles suites ?

C’est désormais l’une des principales questions. L’opération menée à Nkembo a permis d’attirer l’attention sur des pratiques présentées comme suspectes autour de la commercialisation du riz. Mais le véritable intérêt du contrôle résidera dans les suites qui lui seront données. Pour l’instant, le « trafic » évoqué reste présumé et les vérifications doivent permettre d’en déterminer la réalité. Mais une chose est déjà certaine : dans la lutte contre la vie chère, le prix ne suffit pas. Il faut aussi garantir la transparence du produit.

Line MINDZE

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