La course à la succession d’António Guterres à la tête des Nations unies entre dans une phase décisive. Avant la désignation du prochain secrétaire général en octobre 2026, plusieurs votes indicatifs du Conseil de sécurité doivent permettre de dégager les favoris. Pour l’heure, les deux candidats africains, l’ancien président sénégalais Macky Sall et le diplomate ougandais Olara Otunnu, peinent à s’imposer. Une situation qui interroge les chances du continent africain d’accéder, une nouvelle fois, au plus haut poste de l’ONU.

Une élection stratégique pour les Nations unies
Le secrétaire général de l’ONU est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Avant cette désignation, les quinze membres du Conseil procèdent à plusieurs votes indicatifs à bulletin secret, destinés à mesurer le niveau de soutien dont bénéficie chaque candidat. Ce processus permet progressivement d’identifier les profils susceptibles de faire consensus, tout en révélant les éventuelles oppositions, notamment celles des cinq membres permanents disposant d’un droit de veto. Le choix définitif est attendu en octobre 2026, à l’issue de ces consultations diplomatiques.
Les candidats africains en difficulté
Selon les premiers votes indicatifs, les deux candidats africains ne figurent pas parmi les favoris. L’ancien président sénégalais Macky Sall apparaît même comme le candidat « le plus en difficulté », selon Carlos Lopes, professeur en Afrique du Sud et ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), interrogé par RFI. Quant au diplomate ougandais Olara Otunnu, son expérience est reconnue, mais son entrée tardive dans la course semble limiter sa dynamique. À l’issue du premier vote indicatif organisé le 30 juillet, Macky Sall s’est classé cinquième et Olara Otunnu septième, tandis que la Costaricienne Rebeca Grynspan est arrivée en tête.
Le principe de rotation régionale, principal obstacle ?
Pour Carlos Lopes, les difficultés des candidatures africaines ne s’expliquent pas uniquement par les profils des candidats. Elles tiennent surtout à une règle diplomatique non écrite : la rotation régionale. Traditionnellement, les grandes régions du monde alternent à la tête des Nations unies. Après un secrétaire général européen – António Guterres, originaire du Portugal –, de nombreux États estiment que le prochain dirigeant devrait provenir de l’Amérique latine et des Caraïbes. Carlos Lopes rappelle que l’Afrique a elle-même bénéficié de cette logique avec les mandats de Boutros Boutros-Ghali puis de Kofi Annan. Remettre aujourd’hui en cause cette alternance pourrait, selon lui, affaiblir une pratique qui a déjà servi les intérêts du continent.
L’Afrique manque-t-elle d’une stratégie commune ?
Au-delà de la question de la rotation, cette séquence met également en lumière les difficultés du continent à parler d’une seule voix. Contrairement à d’autres grandes échéances internationales, aucun consensus clair ne s’est dégagé autour d’un candidat unique soutenu officiellement par l’Union africaine. Cette absence de position commune réduit le poids diplomatique du continent face à des candidatures bénéficiant d’un soutien régional plus affirmé. Dans un scrutin où les équilibres géopolitiques comptent autant que les compétences individuelles, l’unité régionale constitue souvent un atout décisif.
Une élection qui dépasse les candidatures africaines
Même si les candidats africains semblent aujourd’hui en retrait, l’issue de cette élection reste ouverte. Les votes indicatifs ne sont pas définitifs et les équilibres diplomatiques peuvent évoluer au fil des consultations. Le futur secrétaire général devra composer avec un contexte international marqué par les conflits armés, les tensions géopolitiques, le changement climatique, les crises humanitaires et les défis du développement durable. Ces enjeux pèseront autant que les considérations régionales dans le choix final des États membres.
À quelques mois de la désignation du successeur d’António Guterres, les candidatures africaines apparaissent fragilisées par une combinaison de facteurs : la logique de rotation régionale, l’absence d’un soutien continental unanime et une concurrence internationale particulièrement relevée. Pour l’Afrique, cette élection dépasse la seule question d’un candidat. Elle pose celle de sa capacité à construire des consensus diplomatiques et à peser davantage dans les grandes nominations internationales. Si les premiers votes ne jouent pas en faveur du continent, la campagne est loin d’être terminée. Les prochaines consultations pourraient encore redistribuer les cartes, même si, pour l’heure, les pronostics semblent davantage sourire à l’Amérique latine.
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Rebecca FUNDI


