9 août : le drapeau gabonais flotte-t-il encore dans le cœur du peuple, ou seulement au-dessus des institutions ?

Marie Celine AKANDA

À quelques jours de la 17e édition de la Journée nationale du drapeau, une question mérite d’être posée sans détour : ce symbole né de l’indépendance en 1960 est-il vraiment ancré dans l’âme des Gabonais, ou n’est-il célébré, chaque 9 août, que par obligation institutionnelle ?

Un symbole plus jeune qu’on ne le croit

Avant d’être un rituel, le drapeau gabonais est d’abord une histoire. Le 9 août 1960, huit jours avant l’indépendance proclamée le 17 août, l’Assemblée nationale adopte par la loi n°54/60 les trois bandes horizontales qui composent encore aujourd’hui l’emblème national : le vert de la forêt équatoriale, le jaune du soleil et de l’équateur qui traverse le pays d’ouest en est, le bleu de l’océan Atlantique. Trois couleurs, trois richesses, un seul pays.

Ce n’est qu’en 2009, par décret du président Ali Bongo Ondimba, que le 9 août devient officiellement la Journée nationale du drapeau. Un rituel républicain de seulement dix-sept ans, qui encore jeune, et en construction, comme la nation elle-même.

Une adhésion réelle, ou seulement organisée ?

C’est là que la question devient délicate. Chaque année, cette journée s’accompagne de cérémonies solennelles : levée des couleurs, allégeance au drapeau, pavoisement des villes, discours sur le patriotisme. Mais au-delà des palais et des institutions, qu’en est-il réellement dans les rues, dans les cœurs, dans les foyers ?
La presse gabonaise elle-même n’a pas toujours été tendre sur ce point : certaines éditions ont été vécues « dans l’indifférence », loin de l’élan populaire qu’on pourrait espérer. Un constat qui ne doit pas décourager, mais interroger : un patriotisme sincère ne se décrète pas mais il se cultive, se transmet, se vit.

Un geste fort qui change la donne : le drapeau au rythme de la semaine

Et c’est précisément là que les nouvelles autorités ont posé un acte à saluer. Par le communiqué du CTRI n°027 du 14 novembre 2023, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait décidé d’étendre la cérémonie de levée des couleurs à l’ensemble des administrations publiques du pays, chaque lundi de 7h30 à 8h30, accompagnée du chant de l’hymne national « La Concorde ». La descente des couleurs, elle, se déroule chaque vendredi en fin de journée, marquant symboliquement la fin de la semaine administrative. Un dispositif étendu dès octobre 2023 à l’ensemble des établissements scolaires du primaire au secondaire, publics comme privés, pour ancrer ces valeurs dès le plus jeune âge.

Ce n’est plus un rendez-vous isolé, une fois l’an, entre deux discours officiels. C’est un rythme, une respiration hebdomadaire, où le drapeau redevient un compagnon du quotidien plutôt qu’un symbole que l’on ressort pour l’occasion. En décembre 2025, la presse locale notait d’ailleurs une mobilisation massive et un regain de discipline lors de ces cérémonies, c’est un signe que la graine plantée commence à porter ses fruits.

Le chef de l’État lui-même a donné l’exemple, jusqu’à présider en personne des cérémonies de descente des couleurs à son retour de tournées diplomatiques, comme en mai 2026 à l’aéroport Léon-Mba. Une exemplarité qui, chaque semaine, rappelle à tout un peuple que ce drapeau n’est pas qu’un symbole de façade, mais une présence vivante dans la vie de la nation.

gabon

Ce que ce drapeau porte vraiment en lui

Car au fond, ce tissu tricolore n’est pas qu’un morceau d’étoffe hissé sur un mât. Il porte en lui la mémoire de ceux qui ont arraché l’indépendance, la sueur de ceux qui bâtissent chaque jour ce pays, l’espoir de la jeunesse qui rêve d’un Gabon plus fort. Le vert de nos forêts, le jaune de notre soleil, le bleu de notre océan : ce sont nos racines, notre lumière, notre horizon.

Faire de cette journée un vrai rendez-vous avec soi-même

À quelques jours de cette 17e édition, une chose est sûre : le chemin vers une appropriation pleine et entière de ce symbole est déjà engagé, semaine après semaine, lundi après lundi, vendredi après vendredi. Le 9 août prochain, que chaque Gabonais, en regardant flotter le vert, le jaune et le bleu, se souvienne : ce drapeau n’appartient à personne en particulier, il appartient à tous. Et c’est précisément cela, la plus belle des indépendances : celle qui se choisit, jour après jour, dans la fierté d’être un seul et même peuple.

Marie Celine AKANDA

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