La capitale gabonaise est en pleine mutation urbaine. Sous l’impulsion de la municipalité de Libreville, une vaste campagne de libération des espaces publics a été lancée. L’objectif étant de restituer les trottoirs aux piétons, d’améliorer le paysage urbain et de fluidifier une circulation routière de plus en plus asphyxiée. Cependant, si cette initiative est saluée par une partie de la population lasse du désordre, elle soulève également de vives inquiétudes chez les acteurs de l’économie informelle. La libération durable des trottoirs à Libreville exige de dépasser la simple réponse répressive pour bâtir un véritable modèle d’intégration de l’économie informelle.
Les forces en action et le périmètre de l’opération
L’initiative émane directement de la mairie de Libreville, soutenue par les forces de sécurité et les brigades municipales d’inspection. Face à l’anarchie croissante qui caractérise les grandes rues de la capitale, les autorités ont décidé de passer à la phase coercitive après plusieurs campagnes de sensibilisation restées infructueuses.
L’opération cible en premier les vendeurs de rue qui ont progressivement annexé le domaine public pour y installer des étals de fortune, des conteneurs ou des hangars de stockage. Elle vise également les établissements enregistrés qui étendent illégalement leurs vitrines sur les zones piétonnes, ainsi que les propriétaires de véhicules hors d’usage abandonnés sur les bordures de route.
Géographiquement, l’action se concentre sur les zones incontournables de Libreville. Les abords des grands marchés comme Mont-Bouët et Nkembo, ainsi que les carrefours stratégiques de Rio, Nzeng-Ayong ou des Charbonnages, font l’objet d’une surveillance et d’interventions prioritaires. Ce sont en effet ces points de passage qui concentrent les plus grands blocages de la ville.
Une alarme sécuritaire, sanitaire et esthétique
Pourquoi une telle fermeté aujourd’hui ? Les motivations de l’hôtel de ville reposent sur un triple impératif.
En premier lieu figure la sécurité des usagers. L’occupation sauvage des trottoirs contraint quotidiennement des milliers de piétons, y compris des enfants, à marcher sur la chaussée. Cette situation expose directement les citoyens aux risques d’accidents de la route, particulièrement aux heures de grande affluence.
Le second enjeu est d’ordre sanitaire et environnemental. L’installation anarchique de commerces de rue s’accompagne d’une production massive de déchets non gérés qui obstruent les caniveaux, favorisant les inondations lors des saisons des pluies et la prolifération de vecteurs de maladies.
Enfin, il s’agit de restaurer l’image du Gabon. Libreville, en tant que capitale politique et diplomatique, se doit d’illustrer la modernité, la salubrité et l’attractivité pour attirer les investisseurs et les visiteurs internationaux.
La population face à la mesure
Si les arguments de salubrité et de sécurité sont incontestables, la mise en œuvre de cette politique de déguerpissement heurte frontalement la réalité de plusieurs Gabonais. Pour des milliers de familles, le commerce de rue constitue l’unique gagne-pain et le seul moyen de lutter contre le chômage et la cherté de la vie.
Les scènes de destruction d’étals et de saisie de marchandises suscitent régulièrement l’émotion et la détresse des vendeurs de rue. Nombreux sont ceux qui dénoncent l’absence de solutions alternatives viables et immédiates. Les marchés municipaux existants sont souvent jugés saturés, trop chers ou mal situés par rapport aux flux de clients, ce qui pousse les commerçants à retourner sur le trottoir quelques jours seulement après le passage des forces de l’ordre. Ce phénomène de ré envahissement continuel reste le principal obstacle à la pérennisation de la mesure.
Associer rigueur et progrès social
L’ordre public et la sécurité routière ne peuvent être sacrifiés, mais ils ne pourront s’imposer durablement par la seule force d’un boulet de démolition. Pour réussir cette transition urbaine, la municipalité devra impérativement associer chaque opération de déguerpissement à une offre concrète de relocalisation. Cela passe par la construction de marchés de proximité modernes, des tarifs de place adaptés aux petits budgets, et un dialogue permanent avec les syndicats de commerçants. L’avenir de Libreville dépendra de sa capacité à transformer le secteur informel plutôt qu’à tenter de le faire disparaître.
Estimée ANDOUCKA
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