Le Forum africain de l’eau réunit cette semaine, les 15 et 16 juillet 2026 à N’Djamena, plusieurs chefs d’État du continent. Et la présence du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema à ce rendez-vous n’a rien d’anodin : elle intervient deux semaines seulement après que le Gabon a lui-même décrété l’état d’urgence hydrique sur tout son territoire.
Un forum de haut niveau coorganisé par le Tchad et la Banque mondiale
Placé sous le thème « De la vision à l’action », ce forum est coorganisé par la République du Tchad et le Groupe de la Banque mondiale, dans la continuité du lancement, en avril 2026, de l’initiative mondiale Water Forward. L’événement rassemble des chefs d’État africains, des institutions financières internationales et des partenaires techniques autour des grands enjeux d’accès à l’eau potable, de financement des infrastructures hydrauliques et de résilience climatique. Parmi les dirigeants attendus ou présents à N’Djamena figurent, aux côtés d’Oligui Nguema, les présidents de la RDC, de la Centrafrique, du Sénégal, de la Gambie, de la Mauritanie, du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Arrivé mardi dans la capitale tchadienne, le chef de l’État gabonais a été accueilli à l’aéroport international Hassan-Djamous par le Premier ministre tchadien, l’ambassadeur Allah-Maye Halina, un accueil qui souligne le caractère stratégique accordé à sa venue.
Le Gabon arrive au forum en pleine crise hydrique
La participation d’Oligui Nguema à ce sommet prend un relief particulier au regard du contexte national. Le 1er juillet 2026, le gouvernement gabonais a déclaré l’état d’urgence hydrique sur l’ensemble du territoire, une mesure exceptionnelle prise pour faire face à une pénurie sévère d’eau potable dans le Grand Libreville, aggravée par une faible pluviométrie et la vétusté des installations. Certains habitants de la capitale témoignaient alors de coupures ininterrompues depuis plusieurs jours. Le gouvernement a dû déployer l’armée, sapeurs-pompiers, Garde républicaine, Génie militaire, gendarmerie afin d’organiser une distribution sécurisée, après avoir découvert un vaste réseau de commerce illégal de l’eau impliquant notamment des agents de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Une nouvelle grille tarifaire officielle a également été instaurée pour encadrer les prix.

Quels enjeux et quels apports pour le Gabon ?
Pour Libreville, ce déplacement à N’Djamena répond donc à une double logique. D’une part, il s’agit de rechercher des solutions de financement et des partenariats techniques susceptibles d’accélérer la modernisation des infrastructures hydrauliques nationales, à un moment où les autorités elles-mêmes reconnaissent que les effets concrets du plan d’urgence hydrique ne seront pleinement perceptibles qu’à partir de décembre 2026. Un forum réunissant la Banque mondiale et plusieurs bailleurs internationaux constitue une occasion naturelle pour le Gabon de plaider sa cause et d’explorer des mécanismes de financement adaptés à ses besoins urgents. D’autre part, la présence du président gabonais permet à Libreville de réaffirmer son attachement à une coopération africaine renforcée sur les questions d’eau, dans un esprit de solidarité continentale plutôt que de simple gestion de crise isolée.
Un test de crédibilité pour la nouvelle doctrine de gouvernance
Au-delà de l’aspect diplomatique, cette présence à N’Djamena s’inscrit dans une séquence où le Gabon tente de démontrer sa capacité à transformer une crise en levier de réforme structurelle. Le pays a fait de l’accès universel à l’eau une priorité affichée du projet présidentiel, et la gestion de cette crise hydrique. Car entre réquisition militaire, répression du commerce illégal et quête de financements extérieurs tout cela est scrutée comme un véritable test de la capacité de l’État à transformer ses ambitions en résultats tangibles pour la population, surtout que le Gabon est un pays entouré d’eau.
Marie Celine AKANDA
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