37 milliards de FCFA pour l’eau potable : le Gabon fait le pari de l’endettement pour répondre à une urgence nationale

Jovalie ONDO
Residents fill containers with water, in front of a hotel whose owner has drilled a borehole and is selling water to the residents, in the Louis neighbourhood of Libreville, Gabon, on February 2, 2021. - In Gabon, where water reserves are vast, a large number of residents of the capital Libreville suffer from recurrent problems of access to water, both in the city centre and in the outskirts. While the government insists on the need to apply COVID-19 preventive measures, the first of these, hand washing, is difficult if not impossible to maintain. (Photo by Steeve Jordan / AFP)

Le Gabon contractera un emprunt de 56,6 millions d’euros, soit environ 37,1 milliards de FCFA, afin de renforcer la production et la distribution d’eau potable sur l’ensemble du territoire. Si l’objectif est d’améliorer un service essentiel pour les populations, cette nouvelle opération financière pose également la question de la capacité de l’État à transformer cet investissement en résultats concrets et durables.

Pendant que des milliers de Gabonais continuent de subir des coupures d’eau ou attendent pendant des heures que les robinets se remettent à couler, l’État choisit de passer à l’offensive.

Le gouvernement vient d’autoriser un emprunt de plus de 37 milliards de FCFA auprès de Deutsche Bank pour financer de nouvelles infrastructures hydrauliques. Une décision qui pourrait améliorer durablement l’accès à l’eau potable… mais qui relance aussi le débat sur le recours à l’endettement pour financer les grands projets publics.

L’eau potable, un défi qui touche encore le quotidien des Gabonais

eau potable
 

Malgré son important potentiel en ressources hydriques, le Gabon peine encore à assurer une distribution régulière d’eau potable dans plusieurs villes du pays. À Libreville comme à l’intérieur, les coupures répétitives, les baisses de pression et les interruptions prolongées du service font désormais partie du quotidien de nombreux ménages. Face à cette situation, le gouvernement entend accélérer les investissements dans le secteur. L’emprunt contracté auprès de Deutsche Bank permettra notamment de financer des infrastructures destinées à augmenter les capacités de production d’eau, moderniser les installations existantes et étendre les réseaux de distribution.

Un investissement stratégique… financé par la dette

L’autorisation de cet emprunt s’inscrit dans le cadre de l’article 81 de la Loi de finances rectificative 2026. Pour les autorités, il s’agit d’un investissement structurant capable d’améliorer durablement les services publics et d’accompagner le développement économique du pays. Mais ce choix soulève également une interrogation légitime : jusqu’où le Gabon peut-il continuer à financer ses infrastructures par l’endettement ? Si ces financements permettent d’accélérer les grands projets, ils alourdissent également les engagements financiers de l’État pour les années à venir.

Les populations attendent désormais des résultats visibles

 

Au-delà des annonces, les citoyens espèrent surtout voir les travaux se traduire rapidement par une amélioration concrète de leur quotidien. Pour de nombreux foyers, l’accès continu à l’eau potable demeure un besoin fondamental encore insuffisamment satisfait. La réussite de ce projet dépendra donc de plusieurs facteurs : la rapidité de mobilisation des fonds, le lancement effectif des chantiers, le respect des délais et surtout la qualité des ouvrages réalisés.

Un test de crédibilité pour l’action publique

Ce nouvel investissement constitue bien plus qu’un simple financement d’infrastructures. Il représente un véritable test pour la capacité de l’État à transformer un emprunt international en bénéfices tangibles pour les populations. Si les projets sont exécutés dans les délais et produisent les effets attendus, cette opération pourrait marquer un tournant dans l’amélioration de l’accès à l’eau potable au Gabon. Dans le cas contraire, elle alimenterait les interrogations sur l’efficacité du recours à l’endettement comme levier de développement.

 

Line MINDZE

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