Zamboï : dans la tragédie minière, Camerounais et Centrafricains unis face au drame

REBECCA FUNDI
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À Zamboï, dans l’ouest de la République centrafricaine, l’or a laissé place au deuil. Le 18 août 2026, l’effondrement d’un site d’exploitation aurifère situé à proximité de la frontière camerounaise a enseveli plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine d’orpailleurs selon les différentes estimations disponibles. Dans cette zone où Camerounais et Centrafricains travaillent côte à côte, les populations se sont mobilisées pour rechercher les victimes et porter assistance aux survivants. Derrière cette solidarité transfrontalière se dessine pourtant une autre réalité : celle d’un secteur minier artisanal dangereux, insuffisamment encadré et régulièrement endeuillé.

tragédie minière

Une frontière frappée par le même drame

Le drame s’est produit dans l’après-midi du mardi 18 août, sur le site aurifère de Zamboï, à environ 50 kilomètres de Baboua, non loin de Garoua-Boulaï, dans la région camerounaise de l’Est. Plusieurs centaines d’orpailleurs se trouvaient alors sur le site. L’effondrement de plusieurs galeries souterraines aurait provoqué l’ensevelissement de nombreux travailleurs. Des images diffusées après le drame montrent une importante masse de terre s’effondrant dans la zone d’exploitation. Le site se trouve dans une zone frontalière où les activités économiques et les déplacements de populations dépassent largement les limites administratives. Camerounais et Centrafricains y exploitent notamment l’or, faisant de Zamboï un espace où les destins économiques des deux communautés se croisent quotidiennement.

Des populations mobilisées avant même les secours

Après l’éboulement, la recherche des victimes s’est organisée dans des conditions particulièrement difficiles. Des habitants, des orpailleurs et des proches de victimes ont participé aux opérations pour tenter de retrouver les personnes ensevelies. Cette mobilisation a donné à voir une autre réalité de la frontière : dans l’urgence, les appartenances nationales passent au second plan. Camerounais et Centrafricains se retrouvent confrontés à une même catastrophe et participent aux efforts de recherche et d’assistance. Cette solidarité est d’autant plus significative que plusieurs nationalités figurent parmi les victimes. Le premier bilan officiel communiqué par les autorités centrafricaines faisait état de 49 morts, dont 34 Centrafricains, 13 Camerounais et deux Tchadiens. Mais ce bilan a été contesté par des témoins et d’autres sources locales, qui évoquent un nombre de victimes beaucoup plus élevé. 

Un bilan encore incertain

La question du nombre exact de victimes reste l’une des difficultés majeures au lendemain de la catastrophe. Des sources locales ont évoqué 107 corps extraits des décombres, tandis que les autorités centrafricaines ont communiqué un bilan initial inférieur. Les opérations de recherche se poursuivant, le nombre définitif de morts pourrait encore évoluer. Cette divergence rappelle aussi les difficultés auxquelles sont confrontées les autorités lorsqu’un accident survient dans une zone d’orpaillage artisanal où les travailleurs sont nombreux, parfois clandestins et insuffisamment recensés. À Zamboï, l’incertitude sur le nombre de personnes présentes au moment de l’éboulement complique donc l’identification des victimes et l’établissement d’un bilan définitif.

L’orpaillage artisanal au cœur des interrogations

Derrière la catastrophe humaine se trouve une réalité économique : l’orpaillage constitue une source de revenus pour de nombreuses personnes dans cette partie de l’Afrique centrale. Mais l’exploitation artisanale s’effectue souvent dans des conditions de sécurité précaires. Les galeries sont creusées avec des moyens limités, tandis que la surveillance et l’application des normes de sécurité restent insuffisantes. Zamboï est considéré comme l’un des sites les plus dangereux de cette zone frontalière et que des syndicats du secteur dénoncent depuis longtemps le non-respect des conditions de sécurité. L’exploitation semi-industrielle et l’activité des orpailleurs camerounais et centrafricains contribuent également à fragiliser les sols.

La saison des pluies, un facteur aggravant

L’éboulement intervient par ailleurs dans une période particulièrement sensible pour les activités minières artisanales. Les fortes pluies peuvent fragiliser les terrains, augmenter l’instabilité des galeries et favoriser les effondrements. Dans une exploitation où les dispositifs de soutènement et de prévention sont parfois limités, les risques deviennent considérables. Le drame de Zamboï n’est donc pas totalement isolé. Un autre éboulement meurtrier avait déjà frappé en juin la mine d’or de Bé-Mbari, également en République centrafricaine, près de la frontière camerounaise. Plusieurs dizaines de personnes avaient alors perdu la vie. La répétition de ces accidents pose dès lors la question de la prévention.

Quand la solidarité masque l’insuffisance des moyens

La mobilisation des populations montre la capacité des communautés locales à réagir rapidement face à une catastrophe. Mais elle révèle également une autre faiblesse : l’absence de moyens suffisants pour faire face à un accident minier de cette ampleur. Les opérations de recherche ont été menées dans des conditions difficiles, alors que des victimes pouvaient encore se trouver sous les décombres. L’Associated Press rapporte que les sauveteurs ont continué à récupérer des corps, avec des moyens et une expertise jugés insuffisants pour une catastrophe de cette dimension. Cette situation rappelle que la prévention ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des populations ou sur la solidarité des mineurs eux-mêmes.

Un drame qui relance le débat sur la régulation

L’éboulement de Zamboï intervient alors que l’encadrement de l’exploitation aurifère fait déjà débat dans la région. Au Cameroun, les accidents miniers sont récurrents dans l’Est et le gouvernement a annoncé ces dernières semaines un renforcement des contrôles dans la filière aurifère. RFI rapporte également que les autorités camerounaises recensent plus de 200 sociétés exerçant des activités minières sans titre ou autorisation régulière. En Centrafrique, la réponse immédiate des autorités a été de fermer provisoirement le site de Zamboï. Le ministre des Mines et de la Géologie, Rufin Benam-Beltoungou, a annoncé la fermeture du site après la catastrophe. Mais une fermeture temporaire ne suffira pas nécessairement à régler le problème de fond.

La frontière comme espace de coopération

Zamboï rappelle également que les frontières administratives ne correspondent pas toujours aux réalités économiques et sociales vécues par les populations. Les orpailleurs camerounais et centrafricains travaillent dans le même environnement, font face aux mêmes risques et dépendent parfois des mêmes réseaux économiques. Lorsqu’un accident survient, les familles des victimes et les communautés des deux côtés de la frontière sont directement concernées. Cette réalité pourrait donc encourager une meilleure coopération entre les deux pays sur la question de l’exploitation minière artisanale : échange d’informations, contrôle des sites, prévention des accidents, identification des travailleurs et coordination des secours.

L’enjeu dépasse désormais le seul site de Zamboï

Le drame de Zamboï ne devrait pas seulement conduire à compter les morts et à rechercher les responsabilités immédiates. Il doit aussi pousser les autorités à s’interroger sur les conditions dans lesquelles des centaines de personnes continuent de travailler dans des sites miniers à haut risque pour gagner leur vie. L’orpaillage répond à une nécessité économique pour des populations souvent confrontées au manque d’emplois. Fermer un site sans proposer d’alternative peut simplement déplacer le problème vers une autre zone. La véritable réponse doit donc associer sécurité, réglementation, contrôle, protection des travailleurs et création d’alternatives économiques.

À Zamboï, la tragédie a frappé indistinctement Camerounais et Centrafricains. Dans les heures qui ont suivi l’éboulement, les populations des deux côtés de la frontière se sont retrouvées autour d’une même urgence : rechercher les disparus, sortir les victimes des décombres et soutenir les familles. Cette solidarité constitue l’une des rares lueurs dans un drame dont le bilan reste encore incertain. Mais elle ne doit pas masquer la question essentielle : combien faudra-t-il encore de morts avant que l’exploitation artisanale de l’or soit réellement sécurisée et contrôlée ? L’éboulement de Zamboï rappelle que derrière chaque gramme d’or extrait se trouvent des hommes et des femmes exposés à des risques parfois mortels. Pour les autorités centrafricaines et camerounaises, le défi est désormais de transformer ce drame en électrochoc afin que la coopération transfrontalière ne se limite plus à gérer les catastrophes, mais permette surtout de les prévenir.

RFI

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