New York, le Gabon veut faire de la 81e Assemblée générale de l’ONU un levier pour ses priorités nationales

Jovalie ONDO

La ministre des Affaires étrangères, Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny, conduit la délégation gabonaise à la semaine de haut niveau de la 81e Assemblée générale des Nations unies. Entre diplomatie, climat, développement et recherche de nouveaux partenariats, Libreville entend faire entendre ses priorités dans un contexte international marqué par les crises et les recompositions géopolitiques.

Assemblée générale

Le Gabon prend part, à partir de ce mardi, à la semaine de haut niveau de la 81e Assemblée générale des Nations unies. La délégation gabonaise est conduite par la ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, chargée de l’Intégration et de la Diaspora, Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny. À New York, Libreville entend défendre ses intérêts dans un agenda international dominé par les enjeux de paix, de développement durable, de changement climatique, de santé et de réforme du multilatéralisme.

Placée sous le thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation : des Nations Unies qui apportent des résultats pour tous », la 81e session de l’Assemblée générale se déroule du 22 au 28 septembre pour le débat général. Plusieurs rendez-vous de haut niveau sont consacrés notamment au climat, au droit au développement, à l’élévation du niveau de la mer et à la prévention des pandémies.

Pour le Gabon, cette séquence diplomatique représente donc bien davantage qu’un rendez-vous protocolaire. Elle constitue une occasion de faire avancer les dossiers nationaux à l’international, de consolider les partenariats et de renforcer la visibilité du pays.

La diplomatie comme instrument de développement

Le premier enjeu est diplomatique. Depuis 2026, le gouvernement gabonais affiche la volonté de redéployer sa politique étrangère, de diversifier ses partenariats et de renforcer la coopération internationale. La feuille de route du ministère des Affaires étrangères fait notamment de la diplomatie économique et de la recherche de partenariats structurants des axes prioritaires.

À New York, les rencontres bilatérales et multilatérales peuvent ainsi servir à rechercher des appuis pour les projets inscrits dans le Plan national de croissance et de développement (PNCD). Le gouvernement présente désormais l’action extérieure comme un levier susceptible de favoriser les investissements dans les infrastructures, la santé, l’emploi et d’autres secteurs stratégiques.

L’enjeu est donc de transformer la présence du Gabon dans les enceintes internationales en partenariats concrets, capables d’accompagner les ambitions de transformation économique du pays.

Climat et forêt : défendre un capital naturel stratégique

Autre dossier majeur : l’environnement. Avec une économie qui cherche à accélérer sa diversification et un patrimoine forestier de premier plan, le Gabon dispose d’un dossier particulièrement important à défendre dans les débats internationaux sur le climat.

La question de la forêt du bassin du Congo, de la conservation de la biodiversité, du financement climatique et de la transition vers une économie verte devrait occuper une place importante dans les échanges de la délégation gabonaise. Le gouvernement indique d’ailleurs que la participation du pays à la COP30 a contribué à lui confier des responsabilités liées à la gestion des forêts du bassin du Congo.

Cette diplomatie environnementale intervient alors que l’ONU au Gabon identifie la transition vers une économie verte et bleue comme l’une des trois grandes priorités de son cadre de coopération avec le pays pour 2023-2027. En 2025, 15 % des ressources mobilisées par le système des Nations unies au Gabon ont été consacrées à l’action climatique.

La réunion de haut niveau consacrée, le 23 septembre, à l’action climatique et à la transition juste offre donc au Gabon une tribune pour défendre ses intérêts sur le financement de l’adaptation, la valorisation durable des ressources naturelles et la reconnaissance des efforts consentis par les pays forestiers.

Obtenir davantage de retombées économiques de l’engagement climatique

Derrière la question environnementale se trouve un autre enjeu : le financement du développement.

Pour Libreville, préserver les forêts, développer l’économie bleue ou réduire les émissions ne peut être dissocié des besoins de financement de l’économie nationale. Le défi consiste à convertir les engagements internationaux en ressources, investissements et projets susceptibles de bénéficier directement à l’économie et aux populations.

Le Gabon dispose déjà d’un partenariat actif avec le système des Nations unies. En 2025, 122 interventions ont été déployées dans les neuf provinces du pays, autour notamment de la santé, de l’éducation, du climat, de la gouvernance et de l’inclusion.

La présence à New York peut ainsi être l’occasion de consolider ce partenariat et d’élargir le cercle des bailleurs, investisseurs et partenaires techniques susceptibles d’accompagner les priorités du PNCD.

Santé, éducation et inclusion : faire du développement une priorité concrète

La diplomatie gabonaise devra également s’inscrire dans les discussions consacrées au développement humain.

Les chiffres du partenariat entre le Gabon et les Nations unies illustrent l’importance de ces secteurs : en 2025, 30 % des ressources du système onusien au Gabon ont été consacrées à la santé et 25 % à l’éducation. Plus de 200 000 personnes ont notamment eu accès à des services de santé primaires et 52 000 enfants ont été vaccinés contre la rougeole et la diphtérie.

La réunion de haut niveau consacrée à la prévention, à la préparation et à la riposte face aux pandémies, prévue le 25 septembre, constitue à ce titre une autre occasion pour le Gabon de faire valoir ses besoins et ses expériences, tout en recherchant le renforcement des capacités nationales.

L’économie numérique, nouveau chantier diplomatique

Autre secteur appelé à prendre de l’importance : le numérique.

La transformation numérique figure parmi les domaines identifiés par la délégation gabonaise avant son départ pour New York. Le sujet est directement lié à l’emploi, à l’inclusion financière et à la modernisation de l’économie.

Les Nations unies soulignent d’ailleurs les progrès et les défis du Gabon dans ce domaine. Une étude publiée en juillet 2026 indique que 72 % des personnes interrogées accèdent à Internet et que 54 % disposent d’un compte financier formel, tout en relevant d’importantes disparités en matière de compétences numériques et financières.

Pour Libreville, l’enjeu sera donc de mobiliser les partenaires internationaux autour d’une transformation numérique susceptible de favoriser l’entrepreneuriat, l’inclusion financière, l’emploi des jeunes et la modernisation des services publics.

Un rendez-vous diplomatique dans une nouvelle séquence pour le Gabon

Cette participation intervient enfin dans une phase de repositionnement de la diplomatie gabonaise. Le gouvernement affirme vouloir consolider les relations avec les partenaires traditionnels tout en diversifiant les alliances et en renforçant la présence du pays dans les organisations internationales.

La 81e Assemblée générale offre ainsi à Libreville une scène où se croisent plusieurs objectifs : affirmer la voix du Gabon, défendre ses intérêts environnementaux, mobiliser des financements, attirer des partenariats économiques et renforcer la coopération dans les secteurs sociaux.

La ministre Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny aura donc pour principal défi de faire le lien entre les grands débats internationaux et les priorités nationales. Dans une ONU qui cherche elle-même à « restaurer la confiance » et à produire davantage de résultats, le Gabon entend, pour sa part, inscrire sa participation dans une logique de diplomatie de résultats, où la visibilité internationale doit se traduire par des coopérations, des investissements et des avancées concrètes pour le pays.

À New York, l’enjeu pour Libreville sera ainsi de passer du discours aux résultats : transformer les engagements multilatéraux en opportunités pour le développement, tout en consolidant la place du Gabon dans les débats sur le climat, la biodiversité, le développement durable et la coopération internationale.

 

Jovalie PENDI ONDO

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