Porté par une croissance soutenue, le mobile money dans la CEMAC aurait atteint 35 000 milliards FCFA en 2024 selon un rapport de Banque des Etats de l’Afrique Centrale ( BEAC), consolidant son rôle clé dans l’inclusion financière et la transformation économique régionale.

Dans le paysage monétaire d’Afrique centrale, peu de dynamiques incarnent avec autant de force la transformation en cours que l’essor du mobile money. Longtemps perçu comme un simple outil de transfert d’argent, il s’impose désormais comme une infrastructure financière à part entière. Après avoir culminé à près de 29 000 milliards de FCFA en 2023, le volume des transactions dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pourrait, selon les tendances observées, frôler les 35 000 milliards FCFA à fin 2024.
Cette progression n’a rien d’accidentel. Elle traduit une recomposition profonde des usages financiers dans une région où le taux de bancarisation classique demeure structurellement faible. En contournant les contraintes d’accès aux services bancaires traditionnels, le mobile money a ouvert un corridor inédit vers l’inclusion financière. Des millions d’usagers, particuliers comme opérateurs économiques, accèdent désormais à des services essentiels paiements, transferts, épargne via un simple téléphone mobile.
Mais au-delà de l’inclusion, c’est toute l’architecture économique régionale qui se trouve redessinée. Le mobile money irrigue désormais les circuits marchands, soutient les échanges informels tout en contribuant progressivement à leur formalisation, et s’impose comme un levier d’efficacité dans la collecte des paiements, y compris pour certains services publics. Il réduit les frictions, abaisse les coûts de transaction et accélère la circulation de la liquidité au sein des économies nationales.
Cette montée en puissance repose sur une convergence de facteurs structurants : la diffusion rapide de la téléphonie mobile, l’agilité des opérateurs télécoms et des fintechs, ainsi que l’ajustement progressif du cadre réglementaire impulsé par les autorités monétaires de la région. À cet égard, la régulation joue un rôle d’équilibriste, cherchant à accompagner l’innovation tout en préservant la stabilité financière et la confiance des usagers.
Pour autant, cette trajectoire ascendante n’est pas exempte de vulnérabilités. L’interopérabilité des systèmes, encore perfectible, limite la fluidité des transactions entre réseaux. Les enjeux de cybersécurité s’intensifient à mesure que les volumes augmentent, exposant les utilisateurs à de nouveaux risques. Par ailleurs, la fracture numérique continue de freiner l’extension complète de ces services, notamment dans les zones rurales les plus enclavées.
Il n’en demeure pas moins que le seuil des 35 000 milliards FCFA, s’il venait à être confirmé, constituerait bien plus qu’un jalon statistique. Il consacrerait le mobile money comme un socle incontournable du système financier de la CEMAC, au même titre que les institutions bancaires traditionnelles. Mieux encore, il positionnerait l’Afrique centrale dans une dynamique continentale où la finance digitale devient un vecteur majeur de croissance, d’innovation et d’intégration économique.
Dans cette perspective, le mobile money ne relève plus de la périphérie du système financier. Il en devient l’un des centres de gravité, redéfinissant les rapports entre inclusion, innovation et souveraineté économique. Une mutation silencieuse, mais décisive.
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REVE NGOUL-ALY


