Le retrait de Macky Sall de la course au poste de secrétaire général des Nations Unies, annoncé le 17 octobre 2026, soulève une question : pourquoi sa candidature n’a-t-elle pas suscité une mobilisation plus large des pays africains ? Alors que l’ancien président sénégalais avait été officiellement présenté par le Burundi, son initiative n’a pas bénéficié d’une démarche continentale comparable à celle menée en faveur de Boutros Boutros-Ghali en 1996. Les controverses liées au bilan de Macky Sall au Sénégal, notamment celles sur les violences survenues lors des manifestations politiques, peuvent-elles éclairer cette différence ?
Dans un message rendu public le 17 octobre 2026, l’ancien président sénégalais a formalisé sa décision à la suite du vote informel d’orientation organisé au Conseil de sécurité le 16 octobre et au terme de consultations menées avec le président en exercice de l’Union africaine, le chef d’État burundais Évariste Ndayishimiye, ainsi qu’avec le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Expliquant le choix de favoriser l’émergence d’une candidature de consensus, Macky Sall a pris acte des tendances observées lors des votes tests, qui privilégiaient une personnalité issue d’Amérique latine ou des Caraïbes. Sa démarche avait été officiellement soumise par le Burundi, mais elle n’avait pas fait l’objet d’un adoubement collectif ou d’une résolution formelle d’investiture portée au nom de l’ensemble des États membres de l’Union africaine. Cette situation tranche avec le précédent de 1996, lorsque l’Organisation de l’unité africaine OUA avait formellement recommandé un second mandat pour l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali. La comparaison souligne la différence entre une candidature portée à titre individuel par un État parrain et une démarche diplomatique unifiée à l’échelle du continent.
Le bilan politique interne de l’ancien chef d’État au Sénégal entre 2021 et 2024 figure également parmi les éléments documentés de cette période. Les événements marquants comprennent les manifestations de mars 2021 consécutives à l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko, les affrontements de juin 2023 après sa condamnation judiciaire, et les tensions de février 2024 liées au report de l’élection présidentielle. Dans plusieurs rapports publiés sur cette période, l’organisation Amnesty International a répertorié les décès enregistrés lors de ces rassemblements et mis en cause l’usage de la force par les services de sécurité. Des leaders de l’opposition et des associations de victimes ont attribué la responsabilité politique de ces événements à l’ex-président, évoquant la mort de plus de 70 personnes, tandis que le gouvernement sortant invoquait le maintien de l’ordre public face à des violences urbaines avant de faire voter une loi d’amnistie générale en mars 2024. Sur le plan juridique, aucune procédure judiciaire n’a établi de responsabilité pénale personnelle à l’encontre de Macky Sall, et les données diplomatiques disponibles ne permettent pas de mesurer l’impact direct de ces événements sur le positionnement des chancelleries africaines.
La question centrale demeure donc de comprendre les ressorts de la mobilisation diplomatique continentale au sein des instances internationales. Plusieurs facteurs expliquent la trajectoire de cette candidature : les conditions initiales de sa présentation par le seul Burundi, l’absence d’une décision partagée au sein de l’Union africaine, les contraintes de la rotation géographique informelle à l’ONU et les débats entourant le bilan présidentiel du candidat. Si les controverses politiques sénégalaises ont pu rendre la défense de sa candidature plus complexe auprès de certains partenaires, leur poids réel sur les décisions des chancelleries africaines reste à déterminer. Le retrait annoncé par Macky Sall met ainsi en évidence la difficulté récurrente des pays africains à transformer une initiative individuelle en une priorité stratégique commune. En concluant sa déclaration, l’ancien chef d’État a d’ailleurs rappelé l’impératif pour le continent de poursuivre ses efforts afin d’occuper la place qui lui revient dans la gouvernance mondiale, un objectif qui interroge directement la capacité des États africains à s’accorder sur des candidatures uniques lors des futures échéances internationales.
Dorina MBA
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