Alerte en CEMAC : le Gabon frôle le plafond de la dette

Dorina MBA

Les chiffres enfin mis à nu par le ministère de l’Économie font l’effet d’une onde de choc : avec un niveau d’endettement frôlant le plafond de tolérance sous-régional, le Gabon se hisse au deuxième rang des pays les plus endettés de la zone CEMAC. Derrière ce gouffre financier de plus de 9 500 milliards de FCFA se cache une réalité brute, révélée par un audit d’une sévérité inédite qui remet en question des années de gestion opaque.

 

​Façade du siège de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC)
​Le siège de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC)

Le constat est sans appel et secoue les milieux financiers de la sous-région. Avec un ratio de dette publique atteignant 68,91 % de son Produit Intérieur Brut (PIB), le Gabon vient d’établir un record inquiétant. Le pays se positionne désormais juste derrière le Congo (93,5 %),devançant largement des voisins comme le Cameroun (43,4 %) ou le Tchad (32,8 %). Pire encore, le Gabon dépasse de plus de 17 points la moyenne de la zone CEMAC, fixée à 51,5 %.

 

Comment en est-on arrivé là ? Ce chiffre choc est le résultat direct d’une radiographie sans concession menée par les autorités financières à travers l’audit approfondi de la dette et des passifs exigibles. La réalité des comptes publics est désormais exposée au grand jour : un stock de dette consolidé de 9 524,643 milliards de FCFA pour un PIB nominal évalué à 13 822 milliards de FCFA, soit un ratio d’endettement de 68,91 % (à un cheveu du plafond maximal de 70 % imposé par la CEMAC). Ce grand déballage comptable met en lumière l’ampleur des engagements accumulés et laisse l’exécutif face à une marge de manœuvre quasi nulle, flirtant dangereusement avec le seuil critique des 70 %.

 

Classement de la dette publique CEMAC 2026
Le Gabon frôle le plafond CEMAC de 70 % de dette publique sur PIB.

 

Si ce bilan financier ressemble à un constat de faillite pour l’opinion publique, il s’inscrit en réalité dans une démarche d’assainissement d’urgence. Pour la première fois, l’État gabonais a fait le choix de solder le passé en transmettant ces données brutes au Fonds Monétaire International (FMI). L’objectif affiché par Libreville est d’imposer une transparence radicale pour espérer restaurer une crédibilité financière entamée auprès des bailleurs de fonds internationaux, même si le coût politique et social de cette vérité impose désormais une discipline budgétaire de fer.

Face à cette bombe à retardement, le gouvernement est pris au piège d’un arbitrage intenable : concilier la nécessité absolue d’investir dans les infrastructures et les services de base avec l’obligation d’éponger une dette abyssale avant d’étouffer l’économie nationale. Pour éviter le crash macroéconomique, la marge d’erreur est désormais nulle. Le redressement du pays ne pourra plus reposer sur la seule rente pétrolière, et seules une maximisation agressive des recettes non pétrolières et une diversification réelle du tissu économique permettront d’éviter que les générations futures ne paient le prix fort de cette ardoise historique.

 

 

Dorina MBA

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