Malgré les progrès enregistrés dans le développement des infrastructures de télécommunications, l’accès à l’internet mobile reste limité pour une partie importante de la population gabonaise. Dans un rapport présenté à Libreville le 29 octobre 2026, l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA) appelle les autorités à revoir la fiscalité du secteur et à réduire le prix des smartphones. L’objectif est de rendre les outils numériques plus accessibles aux ménages, particulièrement ceux disposant de faibles revenus, et de favoriser une utilisation plus large des services numériques.

Une couverture réseau importante, mais un accès encore limité
Le Gabon dispose d’une couverture 4G qui atteint 95 % de la population. Pourtant, selon les données présentées par la GSMA, seuls quatre habitants sur dix utilisent effectivement l’internet mobile. Cette différence entre la disponibilité du réseau et son utilisation révèle l’existence d’une fracture numérique qui ne s’explique pas uniquement par le manque d’infrastructures. Le coût des équipements constitue notamment l’un des principaux obstacles. Dans les 40 % des ménages les plus modestes, 83 % des adultes possèdent un téléphone portable, mais seulement environ la moitié disposent d’un smartphone. Or, l’accès à internet nécessite généralement un appareil compatible avec les services numériques actuels. La fiscalité appliquée aux terminaux contribue également à cette difficulté. Les smartphones sont soumis à une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 18 %, tandis que les ordinateurs fixes et portables bénéficient d’un taux réduit de 10 %. Pour la GSMA, cette différence fiscale renchérit le coût des téléphones intelligents et limite leur acquisition par les populations les plus modestes.
Pour améliorer l’accessibilité des smartphones, l’organisation recommande la mise en place d’un régime fiscal adapté aux appareils d’entrée de gamme. Elle préconise notamment de définir une catégorie de smartphones abordables pouvant bénéficier d’une réduction de la TVA. Des facilités de paiement pourraient également permettre aux ménages d’acquérir ces équipements sans supporter immédiatement leur coût total. La GSMA s’appuie notamment sur l’expérience de l’Afrique du Sud. Dans ce pays, la suppression d’une taxe d’accise de 9 % sur certains smartphones vendus à moins de 2 500 rands aurait contribué à la vente d’environ 1,1 million d’appareils d’entrée de gamme supplémentaires au cours des onze premiers mois. Cet exemple est présenté comme une piste pour faciliter l’accès aux équipements numériques au Gabon. La fiscalité des opérateurs de télécommunications figure également parmi les préoccupations soulevées dans le rapport. Les prélèvements sectoriels spécifiques représentent actuellement 11 % de leur chiffre d’affaires brut. La GSMA recommande de réduire progressivement cette proportion à 3 %. Elle propose aussi d’alléger la fiscalité sur certaines infrastructures stratégiques, notamment les centres de données, afin de soutenir les investissements et d’améliorer les services, particulièrement dans les zones rurales où la couverture 4G est estimée à 70 %.
Au-delà de la baisse des taxes, la GSMA estime que l’élargissement de l’accès à internet doit s’accompagner du développement de services utiles au quotidien. L’organisation recommande ainsi de renforcer la numérisation des démarches administratives, des services de santé et des activités éducatives. L’objectif est de donner aux populations des raisons concrètes d’utiliser régulièrement internet, au-delà de la simple communication sur les réseaux sociaux. Le mobile money constitue déjà un point d’appui. Selon le rapport, 62 % des adultes disposent d’un compte de monnaie mobile. Cette adoption montre que les services accessibles depuis un téléphone peuvent répondre à des besoins pratiques, notamment pour les transactions financières. La GSMA encourage donc le développement d’autres services numériques adaptés aux réalités des populations. Sur le plan économique, l’organisation estime que l’ensemble de ces réformes pourrait permettre de connecter environ 190 000 personnes supplémentaires à l’internet mobile d’ici 2031. Elle prévoit également que les mesures proposées pourraient compenser les pertes fiscales initiales dès 2028 et produire un gain net d’environ 63 milliards de FCFA de recettes publiques annuelles à l’horizon 2031. Ces prévisions reposent toutefois sur la mise en œuvre coordonnée des mesures fiscales, des investissements dans les réseaux et du développement des services numériques. Pour le Gabon, l’enjeu consiste désormais à transformer la couverture réseau existante en un accès réellement abordable et utile pour les populations.
Kendra Charlène NDAVOURA
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