CEAG : six mois après son lancement, les ménages gabonais attendent toujours les effets sur leur panier.

Lauraine

Six mois après son lancement, la CEAG doit concrétiser ses missions : sécuriser les approvisionnements, réguler les prix, réduire l’informel et alléger le panier des ménages gabonais.

 

 

CEAG

 

Lancée en avril 2026, la Centrale d’achat du Gabon (CEAG) porte une ambition qui dépasse la simple commercialisation des produits de première nécessité. À travers ses missions, cette structure entend agir sur plusieurs leviers de l’économie nationale : sécuriser les quantités et la qualité des produits disponibles sur le marché, contribuer à la régulation des prix, alléger le panier des ménages, réduire le poids du commerce informel, élargir l’assiette fiscale et promouvoir l’achat ainsi que la consommation des produits. Six mois après son lancement, l’enjeu est désormais de mesurer la traduction de ces objectifs dans le quotidien des Gabonais et dans l’organisation du circuit commercial.

Dans un contexte où les dépenses alimentaires pèsent lourdement sur les budgets familiaux, la question de l’accès régulier aux produits essentiels demeure une préoccupation majeure. La CEAG a précisément été pensée pour apporter une réponse structurelle à cette problématique. Sa première mission consiste à sécuriser l’approvisionnement du marché, aussi bien en quantité qu’en qualité. Il ne s’agit pas uniquement de rendre certains produits disponibles lors d’opérations commerciales, mais de contribuer à garantir leur présence régulière, dans des volumes suffisants et conformément aux exigences de qualité attendues par les consommateurs. Cette sécurisation représente un enjeu important pour un pays dont une partie de l’approvisionnement dépend encore des importations et de circuits de distribution parfois complexes. En structurant les achats et en renforçant les capacités d’approvisionnement, la centrale doit pouvoir limiter les risques de rupture, améliorer la disponibilité des marchandises et offrir davantage de visibilité sur les produits proposés aux populations. Le deuxième enjeu concerne la régulation des prix. En intervenant sur les conditions d’achat et de distribution, la CEAG ambitionne de contribuer à réduire les coûts supportés par les consommateurs.

La logique est relativement simple : obtenir de meilleures conditions auprès des fournisseurs, maîtriser les différents maillons de la chaîne d’approvisionnement et proposer des prix plus accessibles. Le premier méga-marché organisé le 25 avril 2026 sur l’esplanade du stade d’Angondjé, à Akanda, avait notamment permis d’illustrer cette ambition. Le gouvernement y annonçait, entre autres, la commercialisation d’un sac de riz de 44 kg à 20 000 FCFA, contre 25 000 FCFA dans d’autres circuits commerciaux. Une différence de 5 000 FCFA qui donnait un aperçu du potentiel du dispositif. Mais l’objectif de régulation ne saurait se limiter à quelques opérations ponctuelles. Il suppose une capacité à maintenir des prix compétitifs dans la durée, à assurer une disponibilité régulière des produits et à faire en sorte que les économies réalisées sur les approvisionnements bénéficient effectivement aux ménages. C’est à cette condition que la centrale pourra contribuer à alléger durablement le panier familial.

Au-delà de la question du pouvoir d’achat, la CEAG porte également un enjeu économique et fiscal. La réduction du poids du marché informel figure parmi les objectifs poursuivis. En favorisant des circuits d’approvisionnement et de commercialisation mieux structurés, la centrale entend contribuer à orienter progressivement une partie des échanges vers des activités formalisées. Cette évolution présente un double intérêt : améliorer la traçabilité des produits et renforcer la visibilité des transactions commerciales. Elle pourrait également participer à l’élargissement de l’assiette fiscale, en favorisant une meilleure intégration des activités économiques dans les circuits déclarés. Il ne s’agit donc pas seulement de vendre des produits moins chers, mais aussi de contribuer à une organisation plus transparente du commerce et à une meilleure mobilisation des recettes publiques. Cette ambition suppose toutefois de proposer aux opérateurs économiques des conditions suffisamment attractives pour intégrer les circuits formels, tout en garantissant aux consommateurs un avantage réel sur les prix et la qualité des marchandises. La promotion de l’achat et de la consommation des produits constitue un autre volet important des missions de la centrale. À travers la disponibilité des marchandises et la valorisation de l’offre commerciale, la CEAG doit contribuer à encourager les habitudes d’achat dans des circuits structurés.

Cette orientation peut également représenter un levier pour promouvoir les produits disponibles sur le marché national et soutenir, lorsque l’offre le permet, les productions locales. La réussite de cette mission dépendra notamment de la régularité des approvisionnements, de la compétitivité des prix et de la confiance accordée par les consommateurs aux produits commercialisés. Six mois après son lancement, la question n’est donc pas uniquement de savoir combien de marchés ont été organisés ou combien de consommateurs ont participé aux premières opérations. Il s’agit surtout de déterminer dans quelle mesure les différentes missions de la CEAG commencent à produire des effets. Les quantités de produits sécurisées, leur conformité aux exigences de qualité, l’évolution des prix, le nombre de points de distribution opérationnels, les circuits commerciaux intégrés et les volumes de marchandises écoulés constituent autant d’indicateurs nécessaires à cette évaluation.

La publication régulière de ces données permettrait de mieux apprécier les avancées, mais aussi les difficultés rencontrées dans le déploiement du dispositif. Car les ambitions assignées à la centrale sont multiples et interdépendantes. Sécuriser les approvisionnements sans garantir des prix accessibles limiterait sa portée sociale. Réguler les prix sans assurer la disponibilité des marchandises ne répondrait que partiellement aux besoins des populations. De même, structurer les circuits commerciaux et élargir l’assiette fiscale ne pourraient produire des résultats durables sans l’adhésion des opérateurs économiques et des consommateurs.

La CEAG est ainsi appelée à jouer un rôle à la fois économique, commercial et social. Son efficacité devra se mesurer autant à sa capacité à contribuer à l’organisation du marché qu’à ses retombées sur le pouvoir d’achat. Pour les ménages gabonais, le résultat attendu reste concret : trouver des produits de qualité, en quantité suffisante et à des prix abordables, de manière régulière.

Pour l’économie nationale, l’enjeu est également de disposer de circuits commerciaux mieux structurés, plus transparents et susceptibles de contribuer davantage aux recettes publiques. Six mois après son lancement, la CEAG se trouve donc face à une étape déterminante : faire passer ses missions de l’ambition institutionnelle à des résultats mesurables. Car sa réussite ne dépendra pas uniquement de sa capacité à commercialiser des produits, mais de son aptitude à transformer durablement les conditions d’approvisionnement, de distribution et de consommation au Gabon.

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Reve NGOUL-ALY

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